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El Niño inquiète les scientifiques : «Le phénomène pourrait être le plus intense depuis plus d’un siècle»

Par Amel Blidi6 min de lecture
El Niño inquiète les scientifiques : «Le phénomène pourrait être le plus intense depuis plus d’un siècle»
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Le prochain épisode d'El Niño pourrait être le plus intense depuis plus d'un siècle, selon le Met Office britannique qui prévoit un réchauffement pacifique dépassant trois degrés.

L'OMM estime à 80-90% la probabilité de conditions El Niño entre juin 2026 et novembre, avec des températures sous-marines déjà supérieures de 6°C aux moyennes dans le Pacifique tropical.

Ce phénomène naturel amplifié par le changement climatique pourrait provoquer sécheresses, tempêtes et faire de 2027 l'année la plus chaude jamais enregistrée, l'ONU réclamant une action climatique urgente.

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Le prochain épisode d’El Niño pourrait être le plus intense observé depuis plus d’un siècle. L’alerte qui a été lancée par Adam Scaife, responsable des prévisions de long terme au Met Office britannique, confirme les inquiétudes exprimées ces derniers mois par les organismes météorologiques internationaux.

Selon cet expert, les modèles actuels dessinent un phénomène d’une ampleur exceptionnelle, avec un réchauffement de la surface de la mer dans une zone de référence du Pacifique pouvant dépasser trois degrés. «Je n’ai jamais vu un tel phénomène se dessiner dans nos prévisions», a déclaré Adam Scaife. «Nous nous attendons à l’épisode El Niño le plus intense depuis plus d’un siècle, avec un pic dépassant les trois degrés (…) ce qui est inédit dans les relevés climatiques modernes.»

Ce chiffre correspondrait à l’anomalie de température de la surface de la mer dans une région déterminée du Pacifique tropical, utilisée par les climatologues pour mesurer l’intensité d’El Niño. Mais ses conséquences peuvent se propager bien au-delà de cette zone océanique, avec en prime, sécheresses, pluies diluviennes, tempêtes, vagues de chaleur ou perturbations agricoles pouvant affecter des régions situées à des milliers de kilomètres du Pacifique.

Il est important de souligner qu’El Niño n’est pas provoqué par le changement climatique. Le phénomène appartient au fonctionnement naturel du système climatique. Il apparaît dans le cadre de l’oscillation australe El Niño-La Niña, qui modifie périodiquement la circulation atmosphérique et la répartition de la chaleur dans le Pacifique tropical. Les épisodes surviennent généralement tous les deux à sept ans et durent entre neuf et douze mois. Lors d’un épisode El Niño, les eaux de surface du Pacifique équatorial se réchauffent anormalement, ce qui entraîne une cascade de perturbations atmosphériques et météorologiques à l’échelle mondiale. Depuis le début de l’ère industrielle, les émissions de gaz à effet de serre ont considérablement augmenté la quantité de chaleur accumulée dans le système climatique. Les océans en absorbent l’essentiel, environ 90% de l’excès de chaleur lié au réchauffement mondial est stocké dans les mers. Lorsqu’El Niño se développe, une partie de cette chaleur accumulée dans l’océan peut être transférée vers l’atmosphère. Les températures mondiales peuvent alors grimper rapidement.
Des signes inquiétants déjà visibles
En juin, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) estimait à 80% la probabilité que des conditions El Niño s’installent entre juin et août 2026. Elle évaluait à environ 90%, voire davantage, la probabilité que ces conditions persistent jusqu’au mois de novembre. Au printemps, les températures de surface du Pacifique équatorial avaient commencé à se rapprocher des seuils caractéristiques d’El Niño. Mais c’est surtout ce qui se passe sous la surface qui retient l’attention des spécialistes. L’OMM signalait alors des températures dépassant localement de plus de 6°C les moyennes dans certaines parties du Pacifique tropical. A cela s’ajoutent des températures marines mondiales qui demeurent à des niveaux exceptionnellement élevés. Autour des Tropiques, les conséquences pourraient être particulièrement sévères. Adam Scaife évoque notamment des sécheresses en Amérique du Sud et dans l’ouest du Pacifique. A l’inverse, certaines régions peuvent connaître des précipitations beaucoup plus importantes et des épisodes de tempêtes plus fréquents ou plus violents.
2027 pourrait battre de nouveaux records de chaleur
Le Royaume-Uni pourrait lui aussi subir les conséquences de cette perturbation du système climatique. «Nous décelons d’ailleurs déjà des signes annonçant une intensification des précipitations et des tempêtes ici, au Royaume-Uni, vers le mois de novembre», a indiqué Adam Scaife, évoquant également l’Europe du Nord-Ouest. L’OMM rappelle que l’influence d’El Niño sur les températures mondiales est généralement la plus marquée au cours de la deuxième année de développement du phénomène. Aussi, l’année 2027 est au centre des préoccupations. Les prévisions du Met Office et d’autres équipes scientifiques suggèrent que 2027 pourrait ainsi devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée. Le précédent épisode d’El Niño, en 2023-2024, avait déjà contribué à faire grimper les températures mondiales à des niveaux jamais observés auparavant. L’OMM l’avait classé parmi les cinq épisodes les plus intenses jamais enregistrés et avait souligné son rôle dans les records de chaleur atteints en 2024. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait déjà appelé à prendre au sérieux la perspective d’un nouvel épisode d’El Niño. «Les données scientifiques sont sans équivoque : il y a 90% de chances qu’El Niño arrive à nos portes dans les mois à venir», avait-il déclaré. «Nous devons tous accorder à cette situation le degré d’urgence climatique qu’elle représente. Les conditions El Niño jetteront de l’huile sur le feu d’une planète qui se réchauffe.» Pour M. Guterres, la seule réponse efficace est une action climatique à la hauteur de la crise. «Il s’agit, dit-il, de mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles, d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables, de protéger les plus vulnérables et de mettre en place des systèmes d’alerte précoce pour tous.» Amel B.

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