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Visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger : Relancer la coopération bilatérale

Par M. F. Gaïdi8 min de lecture
Visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger : Relancer la coopération bilatérale
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Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a effectué une visite de travail à Alger, marquant une nouvelle étape dans la normalisation des relations bilatérales après des mois de tensions.

Reçu par le Premier ministre Sifi Ghrieb et le président Tebboune, il a transmis un message du président Assimi Goïta acceptant l'invitation pour une visite officielle en Algérie.

Les deux pays entendent renforcer leur coordination sécuritaire contre le terrorisme et les réseaux criminels dans l'espace sahélo-saharien, tout en réactivant leur coopération économique et commerciale frontalière.

La stabilisation diplomatique, amorcée en juillet par le retour des ambassadeurs et la réouverture de l'espace aérien, doit désormais se traduire en mécanismes durables de coopération.

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Le Premier ministre, chef du gouvernement malien, le général de division Abdoulaye Maïga, est arrivé hier à Alger à la tête d’une importante délégation pour une visite de travail qui marque une nouvelle étape dans le rapprochement engagé entre les deux pays.

Reçu dès son arrivée à l’aéroport international Houari-Boumediène par son homologue algérien, Sifi Ghrieb, il a ensuite été reçu en audience par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Cette rencontre donne une portée particulière à la visite de Maïga, la première d’un responsable malien de ce niveau à Alger depuis la crise qui avait fortement dégradé les relations entre les deux pays. Elle traduit surtout le passage d’une phase de désescalade diplomatique à une phase de reconstruction politique.

L’audience présidentielle s’est déroulée en présence notamment du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, du conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques, Amar Abba, du directeur général de la Documentation et de la Sécurité extérieure, le général Rochdi Fethi Moussaoui, ainsi que de l’ambassadeur d’Algérie au Mali, Kamel Retieb. A l’issue de son entretien avec le président Tebboune, Abdoulaye Maïga a livré un message qui donne une profondeur particulière à cette nouvelle séquence diplomatique.

Le Premier ministre malien a souligné que l’Algérie et le Mali partagent une histoire commune constituant, selon lui, «un capital et un point de départ» pour s’engager dans la voie de la modernité et du progrès. Il a également rapporté que le chef de l’Etat algérien lui avait prodigué des «conseils avisés», dans un entretien placé sous le signe de cette histoire partagée et de la volonté commune de construire un avenir débarrassé des logiques de domination. Outre la formule diplomatique, le propos renvoie à une vision plus large de la relation entre les deux pays. Abdoulaye Maïga a souligné la conviction de leurs dirigeants quant à la nécessité d’œuvrer pour faire de la région un espace de paix, «exempt de toute forme de colonisation et de domination».

Le Premier ministre malien était également porteur d’un message du général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition et chef de l’Etat malien. Celui-ci y exprime ses remerciements au président Abdelmadjid Tebboune pour l’invitation qui lui a été adressée en vue d’effectuer une visite officielle en Algérie. Abdoulaye Maïga a précisé que le président malien considère cette invitation comme «une marque d’affection et d’estime» à son égard et envers le peuple malien. Après plusieurs mois de tensions, le dialogue semble ainsi se déplacer progressivement vers le plus haut niveau de responsabilité des deux Etats. La visite d’Abdoulaye Maïga intervient deux semaines seulement après l’entretien téléphonique qu’il avait eu avec Sifi Ghrieb, chargé par le président Tebboune de prendre contact avec son homologue malien.

Les deux Premiers ministres avaient alors réaffirmé leur attachement aux relations de «fraternité, de solidarité et de bon voisinage» entre les deux peuples et affiché la volonté de leurs dirigeants respectifs «d’insuffler une nouvelle dynamique aux relations bilatérales et de relancer la coopération dans les différents domaines». L’invitation officielle adressée à Maïga à l’issue de cet échange aura été suivie d’effet avec une célérité révélatrice de l’importance accordée par les deux capitales à cette nouvelle séquence. Le processus de normalisation avait été amorcé en juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture de l’espace aérien malien aux vols en provenance ou à destination de l’Algérie.

Le président Tebboune avait, dans le même mouvement, ordonné le retour à Bamako de Kamel Retieb en qualité d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’Algérie. Cette reprise des relations diplomatiques traduit la volonté d’Alger de replacer la relation bilatérale sur sa «trajectoire historique naturelle» fondée sur le respect mutuel, le bon voisinage et la coopération.

Coordination sécuritaire

L’enjeu est désormais de consolider ce rétablissement. Il ne s’agit plus seulement de restaurer les canaux de communication, mais de remettre en marche les mécanismes bilatéraux de coopération et de leur donner un contenu concret. Dans ce contexte, Alger entend préserver une relation de proximité avec Bamako, tout en réaffirmant une doctrine fondée sur la souveraineté des Etats et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures. L’objectif affiché est de renforcer la coordination sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et les réseaux criminels opérant dans l’espace sahélo-saharien.

Cette approche s’inscrit dans une vision plus large de la politique africaine de l’Algérie, qui considère la stabilité du Sahel comme indissociable de la sécurité de son environnement immédiat. Les propos d’Abdoulaye Maïga sur la nécessité de faire de la région un espace de paix, libéré de toute forme de colonisation et de domination, rejoignent ainsi un registre diplomatique régulièrement défendu par Alger. Ils témoignent également d’une convergence de vues sur la nécessité de préserver l’indépendance de décision des Etats africains et de promouvoir des solutions politiques aux crises qui affectent la région.

Le retour au dialogue avec Bamako apparaît dès lors comme un enjeu stratégique pour Alger. Il s’agit de préserver un voisinage stable sur une frontière de plus de 1300 kilomètres, de renforcer la coopération sécuritaire et de contribuer à créer les conditions d’une stabilité durable dans une région où les menaces transnationales ne connaissent pas de frontières. La nouvelle dynamique recherchée par les deux capitales ne saurait toutefois être réduite au seul registre sécuritaire. Alger et Bamako affichent également l’ambition de réactiver leur coopération économique et commerciale, avec une attention particulière portée aux échanges frontaliers et aux secteurs susceptibles de favoriser l’intégration des économies des deux pays.

La stabilisation des relations diplomatiques constitue, à cet égard, une condition préalable. Le rétablissement des liaisons aériennes, le retour des ambassadeurs et la reprise des contacts de haut niveau doivent permettre de réactiver progressivement les mécanismes institutionnels de coopération. L’objectif est de créer un environnement plus favorable au développement des échanges, notamment dans les zones frontalières, tout en inscrivant la relation algéro-malienne dans une perspective africaine plus large.

Cette dimension économique rejoint la vision défendue par Alger d’un espace sahélo-saharien où la sécurité et le développement doivent être traités conjointement.

La lutte contre les trafics et les réseaux criminels ne peut, dans cette approche, être dissociée de la création d’opportunités économiques et du développement des territoires. La perspective annoncée d’une visite officielle du président Assimi Goïta à Alger pourrait constituer le prochain rendez-vous majeur de cette reconstruction. Sa préparation par les canaux diplomatiques devrait permettre aux deux parties de consolider les acquis enregistrés ces dernières semaines et de donner une traduction politique aux engagements exprimés au plus haut niveau. Le déplacement d’Abdoulaye Maïga constitue donc un test important pour le processus de normalisation. Le geste politique est désormais accompli.

Les canaux diplomatiques sont rétablis. Les contacts au plus haut niveau reprennent. Reste à transformer cette volonté affichée en mécanismes durables de coopération.
M.-F. Gaïdi

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