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Alger-Bamako : une réconciliation qui consolide le Sahel

Par Cherif Lahdiri4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a scellé lundi à Alger la réconciliation diplomatique avec l'Algérie, porteur d'un message du général Assimi Goïta annonçant sa visite officielle prochaine.

La rupture d'avril 2025, marquée par le rappel des ambassadeurs et le retrait malien du comité d'état-major conjoint, s'inscrivait dans une stratégie émiratie de déstabilisation des équilibres sahéliens.

La géographie impose ce retour à la normale : 1300 kilomètres de frontière commune, des décennies de coopération sécuritaire et une expertise algérienne de médiation qu'aucun acteur du Golfe ne saurait improviser.

Ce rapprochement consolide l'Alliance des États du Sahel, les présidents nigérien et burkinabè partageant la conviction qu'Alger reste l'ancrage stabilisateur indispensable face aux tentatives de fragmentation extérieures.

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La visite effectuée lundi à Alger par le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, referme, sur le terrain diplomatique, une parenthèse ouverte il y a plus d’un an. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, porteur d’un message du général Assimi Goïta annonçant sa propre visite officielle, le chef du gouvernement malien a acté une réconciliation amorcée depuis plusieurs semaines, avec le retour des ambassadeurs le 10 juillet, la réouverture des espaces aériens et l’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres. Derrière ce ballet protocolaire se joue un enjeu autrement plus profond que la simple normalisation bilatérale.
Il faut se souvenir du contexte de la rupture. En avril 2025, les ambassadeurs sont rappelés ; cinq mois plus tard, Bamako se retire du Comité d’état-major opérationnel conjoint, instance née des accords d’Alger. Cette séquence s’inscrivait dans un contexte où Abou Dhabi a multiplié les actes de déstabilisation pour saper les équilibres du Sahel. Ce schéma est documenté au Soudan, où l’appui émirati aux Forces de soutien rapide a nourri l’une des pires crises humanitaires contemporaines. Au Sahel, l’objectif inavoué des Emirats arabes unis consistait à priver la région de son ancrage stabilisateur le plus structuré, au profit d’acteurs plus malléables. Dix mois plus tard, Abdoulaye Maïga évoque une «convergence totale de vues» avec Alger : le contraste est saisissant, et il en dit long sur l’échec de cette manœuvre toxique émiratie.
Ce retour à la normale s’explique par une réalité que la géographie impose et que les logiques d’influence importées ne sauraient durablement contourner, avec plus de 1300 kilomètres de frontière commune, des décennies de coopération sécuritaire et une expertise de médiation algérienne qu’aucun acteur du Golfe ne saurait improviser. Le Mali a besoin d’un frère algérien capable de sécuriser durablement son flanc nord, non pas d’un sponsor émirati dont les intérêts, comme au Soudan, peuvent aussi bien attiser les conflits que prétendre les résoudre. Face à ce constat, la doctrine algérienne (continuité territoriale, respect de la souveraineté, non-ingérence) se veut moins comme une posture rhétorique que comme un facteur tangible de stabilité, quand les offres de partenariats toxiques venus du Golfe ou de Rabat n’ont jamais dépassé le stade du mirage.
Au-delà du seul couple Alger-Bamako, cette réconciliation interroge la solidité de l’Alliance des Etats du Sahel. Le président Goïta a rappelé qu’Alger et Bamako «partagent la géographie», faisant écho à la formule de Abdelmadjid Tebboune selon laquelle «nous ne pouvons pas changer la réalité géographique». Une conviction que partagent, selon Maïga, le président nigérien, Abdourahamane Tiani, et le président burkinabè, Ibrahim Traoré. Ce rapprochement algéro-malien ne consolide donc pas uniquement une relation bilatérale : il conforte la cohésion d’un bloc sahélien qui, en resserrant les rangs autour d’Alger, oppose un démenti supplémentaire aux tentatives de fragmentation orchestrées par des acteurs toxiques tierces.
La portée de cet épisode ne se mesurera pas aux seules photographies protocolaires, mais à la relance effective de la coopération sécuritaire aux frontières, à la reprise des mécanismes antiterroristes et à la dynamisation des échanges économiques, à l’image des hydrocarbures, de la route transsaharienne, projets similaires à ceux déjà engagés avec le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. C’est à cette aune, plus qu’à celle des déclarations de fraternité, que le Sahel referme durablement la parenthèse ouverte par les stratégies de déstabilisation émiraties.

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