Assassiné par les terroristes en 1994 : Salah Badir, hommage à une figure de la résistance contre l’intégrisme

Éducateur et militant politique à Si Mustapha (Boumerdès), Salah Badir a été enlevé puis assassiné par des terroristes le 20 août 1994.
Après l'attaque du CFPA où il travaillait comme maître d'internat, il fut retrouvé pendu le 22 août à un pont près de Thénia.
Militant du PAGS puis d'Ettahadi et fondateur de l'UNJA en 1975, il s'était consacré à la paysannerie et à la résistance citoyenne contre l'intégrisme, laissant derrière lui une épouse et deux jeunes orphelins.
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Sa vie fût comme un hymne silencieux à la liberté et au progrès », estime Rabah (56 ans), un de ses anciens camarades. Éducateur, militant politique, défenseur infatigable de la paysannerie et figure emblématique de la résistance citoyenne à Si Mustapha (Wilaya de Boumerdès), Salah il fut lâchement assassiné le 20 août 1994, une date charnière dans l’histoire de la Guerre de libération fêtée par Salah et les citoyens de la localité par la mise en service d’un puits foré au sein du CFPA, où il travaillait comme maître d’internat.
Cette réalisation fondamentale résolvait non seulement le problème d’eau potable du centre, mais elle servait également la population locale grâce à un robinet extérieur installé pour les habitants, alors éprouvés par les pénuries prolongées d’eau. Après cette journée de fête et de fierté partagée, la nuit tombée, chacun regagna son foyer… sauf Salah. Par conscience professionnelle et amour du bien public, il décida de faire une dernière ronde de sécurité dans le centre. C’est à ce moment que la horde terroriste investit les lieux. « Les terroristes encerclèrent le centre, ligotèrent Salah et l’enfermèrent dans une chambre. Ils exigèrent du gardien qu’il les conduise vers le logement du directeur pour l’assassiner ou l’enlever. Alerté par les aboiements de son chien, Atmane eut le réflexe d’actionner la sirène d’alarme. Les assaillants, pris de panique, tirèrent dans tous les sens et incendièrent mobilier et véhicules avant de battre en retraite… emmenant Salah avec eux. Deux jours plus tard, le 22 août 1994, notre camarade fut retrouvé pendu à un pont traversant l’autoroute au niveau de Thénia », témoigne dans une publication Nordine Bouderba dans une publication en hommage au défunt.
Un défenseur de la paysannerie
Plus de trois décennies après sa disparition, son souvenir demeure une lueur vive face au péril de l’amnésie. «Salah était un humble parmi les humbles. Il ne restait jamais à l’écart des luttes menées par les habitants de Si Mustapha pour améliorer leurs conditions de vie. Il consacrait la majeure partie de son temps à aider les jeunes, garçons et filles, à s’organiser pour prendre en charge leur quotidien et leur avenir. Il mit toute son énergie au service de la paysannerie pauvre de Si Mustapha et des villages agricoles environnants, qu’il aidait à se libérer de l’emprise des s’massrias (spéculateurs et intermédiaires, ndlr)», rapporte encore M.Bouderba. Militant convaincu du Parti de l’Avant-Garde Socialiste (PAGS), puis membre du Conseil National du mouvement Ettahadi, le défunt incarnait la modestie et la rigueur morale. Dès 1975, mû par une foi inébranlable dans l’émancipation populaire, il fut parmi les fondateurs de l’Union Nationale de la Jeunesse Algérienne (UNJA) à Si Mustapha. C’est là que toute une génération d’activistes et d’amis découvrit ses qualités humaines exceptionnelles. Pour bien mesurer la portée du sacrifice de Salah Badir, il convient de replacer son martyre dans le contexte effroyable des années 1990 en Algérie. Durant cette période d’une violence inouïe, le pays mena un combat existentiel contre des groupes terroristes armés porteurs d’un projet théocratique et obscurantiste. Ces hordes intégristes ciblèrent délibérément l’intelligentsia, les syndicalistes, les journalistes, mais aussi les militants du quotidien. Salah laisse derrière lui son épouse et deux jeunes orphelins, Amina (6 ans) et Amine (2 ans). « Son assassinat visait à éteindre une conscience politique vive et un repère pour les défenseurs de la liberté », estime un ancien du PAGS. Lui rendre hommage aujourd›hui, dit-il, « c’est s›opposer fermement à l›amnésie. C›est préserver la mémoire des hommes qui ont payé de leur vie pour préserver la République et éviter l’instauration d’un état théocratique en Algérie».
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