Un témoin d’une partie de la mémoire nationale

Par R. N.7 min de lecture
Un témoin d’une partie de la mémoire nationale
Résumé IA

L'écrivain et journaliste Hamid Tahri, figure majeure de la presse algérienne, est décédé récemment, laissant derrière lui un riche héritage intellectuel et humain.

Après des débuts à El Moudjahid dans les années 1970, il a cofondé El Watan en 1989 puis lancé le journal Olympic en 1996, tout en s'investissant dans le sport via le Club Athletic de Kouba et la fédération de boxe.

Auteur de plusieurs ouvrages dont «Portrait» et collecteur de mémoires de moudjahidine comme Brahim Chergui, il était reconnu pour son humilité, sa bienveillance et son rôle de mentor auprès de nombreux journalistes.

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Par Bilal Zergui

Il y a quelques semaines, dans la matinée d’un triste 17 mai, Hamid Tahri a frappé à la porte de ma maison, accompagné de son épouse afin de me présenter ses condoléances à la suite du décès de mon père, le Dr Mahfoud Zergui, que Dieu lui accorde Sa miséricorde. Ensuite, après salat el Assr, il m’a accompagné pour conduire mon défunt père jusqu’à sa dernière demeure, et ce malgré sa santé fragile. Sa fidélité ne s’est toutefois pas limitée à cette visite.

Car depuis ce jour, il n’a cessé de prendre quotidiennement de mes nouvelles, de s’enquérir de mon état et d’alléger le poids de ma dure épreuve par des paroles sincères, venues d’un cœur qui connaît le sens de la compassion… Aujourd’hui, c’est moi qui me retrouve à prier pour lui. A vrai dire, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas trouvé en moi la force de faire l’éloge funèbre de mon défunt père, ni de lui rendre hommage ne serait-ce qu’en quelques lignes… Car comment résumer une vie entière en quelques mots ? Que de souvenirs, que de bons moments, et des moins bons parfois, et puis quel désir de trouver les mots les plus justes, d’autant plus que je suis le plus jeune de ses enfants et celui qui lui était le plus proche au quotidien. Un pavé ne suffirait pas à raconter ses mérites et à faire revivre les conseils auxquels je me suis si souvent référé au cours des différentes étapes de ma vie.
Mais les circonstances m’amènent aujourd’hui à évoquer une partie du parcours de l’écrivain et grand journaliste Hamid Tahri, en hommage à un homme qui a énormément compté pour moi, un ami, parrain, mentor intellectuel et même un père spirituel. Journaliste intègre qui a consacré sa vie à enrichir la presse et la culture algériennes.
Hamid Tahri est né le 8 janvier 1950 à Sidi Aïssa, dans la wilaya de M’sila. Il a grandi dans une famille attachée au savoir. C’est le deuxième fils de Hadja Mennouba Chellali et de cheikh et imam Tahar Tahri (1915–1996) qui fut l’un des élèves de l’érudit Abdelhamid Ben Badis à l’emblématique Djamaâ Lakhdar de Constantine, avant de poursuivre ses études à Djamaâ Zitouna à Tunis. Cheikh Tahar enseigna ensuite dans les écoles de l’Association des oulémas musulmans algériens. Au lendemain de l’indépendance, il devint professeur de littérature arabe au lycée technique Ibn Haythem (Technicum de Rouisseau) à Alger et imam à la mosquée Ibn Badis de Kouba.
Cheikh Tahar donna à son deuxième fils le prénom «Abdelhamid» en hommage à l’imam Abdelhamid Ben Badis. Cette pratique était courante chez plusieurs chouyoukh de l’Association des ouléma, désireux de perpétuer la mémoire du pionnier de la renaissance et de la réforme et bâtisseur de tout un système éducatif.
Hamid Tahri reçut ses premières notions linguistiques et d’enseignement coranique tout comme son frère aîné Abdallah, de leur père. Abdallah lui-même dispensait des cours aux côtés de son père alors qu’il n’avait pas encore douze ans ! La famille finit ensuite par s’installer à Alger, dans le quartier de Noble terre, à Kouba…
Après avoir obtenu son baccalauréat, Hamid Tahri intégra la Faculté des sciences sociales, puis travailla comme assistant pédagogique au lycée Amara-Rachid de Ben Aknoun où il avait lui-même été élève dans la filière franco-musulmane. Il s’agissait d’une filière d’enseignement particulière apparue à la fin de la période coloniale et qui subsista aussi pendant une courte période après l’indépendance. Elle s’inscrivait dans la continuité de certaines traditions éducatives de l’emblématique «Medersa Thaâlibiya» et de l’héritage intellectuel de figures telles que Mohamed Ben Cheneb (premier Algérien à avoir décroché un doctorat de l’Université d’Alger) ainsi qu’Abdelhalim Ben Smaïa. Cette filière avait notamment pour objectif de former une élite algérienne (lettrés, magistrats locaux ou cadis et imams), en leur offrant une double instruction, à la fois en langue arabe et en français. Plusieurs cadres algériens en sont issus, parmi lesquels l’écrivain et ambassadeur plénipotentiaire Kamel Bouchama ainsi que l’expert en droit constitutionnel Walid Aggoune qui fut l’un des acteurs de la révision constitutionnelle de 2020, entre autres. Mais le talent de Hamid Tahri pour le journalisme et sa passion pour l’écriture finirent par l’emporter sur son parcours universitaire. C’est ainsi qu’au cours des années 1970 que sa plume s’imposa parmi celles qui comptaient au sein de l’historique quotidien El Moudjahid, par la rigueur de son style et la profondeur de ses analyses et l’étendue de sa culture auxquelles s’ajoutait un talent remarquable pour le dessin caricatural. Il s’intéressa également au sport et fonda en 1977 le Club Athletic de Kouba (CAK), réserve de l’école koubéenne du RCK. Et il fut également pendant un moment membre du bureau exécutif de la Fédération algérienne de boxe dans les années quatre-vingt.
Avec l’ouverture médiatique qu’a connue l’Algérie à la suite de la révision constitutionnelle de 1989, Monsieur Tahri fonda le quotidien El Watan aux côtés d’un groupe de journalistes anciens d’El Moudjahid. Il fonda ensuite en 1996 le journal Olympic. Au cours de sa longue carrière, il a laissé derrière lui des centaines d’articles et d’éditos, dans lesquels il s’est intéressé à ce qui traversait la société algérienne, abordant aussi bien les questions culturelles que sportives et politiques. Plus récemment, il a tenu quotidiennement sa chronique intitulée «Les chroniques de Hamid Tahri» qu’il a publiée tout au long de la période de la Coupe du monde 2026.
Il a également publié plusieurs ouvrages, dont Portrait (préface de Zahir Ihaddadene) et contribué à recueillir et à mettre en forme les mémoires de plusieurs moudjahidine et figures du Mouvement national et personnalités algériennes, parmi lesquels Brahim Chergui et Sidali Abdelhamid intitulé : «Ce que j’ai vécu, parcours d’un militant engagé PPA-MTLD 1937-1962.
Hamid Tahri fut ainsi un témoin important d’une partie de la mémoire nationale. D’autres projets d’écriture étaient par ailleurs en cours, notamment autour de l’histoire du sport algérien et d’autres thématiques. Parmi les souvenirs que Hamid Tahri m’a laissés et qui restent profondément gravés dans ma mémoire, il en est un qui me touche particulièrement. Un jour, une personnalité connue du monde culturel lui demanda si j’étais son fils. Il lui répondit : «Non, mais je l’aurais souhaité.» Hamid Tahri, journaliste émérite, est un homme reconnu pour son humilité et sa bienveillance ainsi que ses nobles qualités humaines. Puisse Dieu Tout-Puissant lui accorder Sa miséricorde et combler sa famille, notamment son épouse ainsi que ses filles, de courage et de patience.

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