Pétrole à 85 dollars : ce que l'Algérie pourrait engranger en recettes supplémentaires

L'Algérie pourrait engranger 3 à 3,8 milliards de dollars de recettes supplémentaires en 2026 si le Brent moyenne 85 dollars, selon une note de l'ex-conseiller du FMI Abdelrahmi Bessaha.
Ce gain net serait toutefois réduit par une transmission imparfaite des prix au gaz, des coûts de fret et d'assurance plus élevés, et des importations qui renchérissent au même rythme.
L'économiste prévient que cette manne ne corrige rien structurellement — dépendance aux hydrocarbures, fiscalité faible, diversification absente — et trace une feuille de route : réduire le déficit, reconstituer l'épargne de stabilisation, renforcer les réserves et financer des investissements productifs ciblés.
Bessaha insiste que ces recettes ne doivent pas financer de dépenses permanentes, le choc offrant un répit temporaire et non une stratégie, d'autant que le scénario repose sur un Brent stable à 85 dollars toute l'année.
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L'Algérie pourrait engranger entre 3 et 3,8 milliards de dollars de recettes supplémentaires en 2026, en raison de la guerre au Moyen-Orient et de la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz. Ce scénario, basé sur un prix du Brent à 85 dollars le baril en moyenne sur l'année, offrirait un répit budgétaire à l'État algérien.
Abdelrahmi Bessaha, ancien conseiller au Fonds monétaire international (FMI), a consacré une note aux effets du choc pétrolier de 2026 sur les finances de l'Algérie. Ses calculs, arrêtés au 8 août 2026 et relayés par Maghreb Emergent, estiment qu'un baril de Brent à 85 dollars en moyenne sur l'année permettrait à l'État algérien d'encaisser entre 400 et 500 milliards de dinars de recettes supplémentaires, soit environ 3 à 3,8 milliards de dollars.
Cette manne résulte de la guerre au Moyen-Orient et de la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, qui ont fait grimper les prix du pétrole. Sur le papier budgétaire, l'effet reste toutefois modeste : les recettes totales de l'État ne progresseraient que d'environ 5 %. Le déficit du Trésor reculerait de 8 à 11 %, sans passer sous la barre des 11 % du produit intérieur brut, ce qui rejoint le diagnostic que le FMI posait déjà en juillet 2026.
Des fuites qui réduisent le gain net de l’Algérie
Le gain net serait inférieur au gain affiché, prévient Bessaha dans sa note, parce qu'une partie de la somme fuit avant d'arriver dans les caisses de l'État. Le gaz algérien ne suit pas fidèlement le Brent, la note évoquant une "transmission imparfaite des prix du pétrole aux recettes gazières". Les volumes exportés peuvent reculer, le fret et l'assurance coûtent plus cher depuis que la mer Rouge est sous tension, et les importations renchérissent au même rythme que les recettes gonflent.
Chacune de ces fuites grignote une partie de la manne de départ. Ce qui reste, une fois converti en dinars, ne corrige rien de structurel, tranche Bessaha, qui pointe la dépendance aux hydrocarbures, une fiscalité ordinaire toujours aussi faible et une diversification productive qui n'a pas vraiment démarré.
Une feuille de route pour utiliser la manne
La note trace une feuille de route précise pour l'utilisation de ces recettes supplémentaires : réduire le déficit et le recours à la planche à billets, reconstituer une épargne de stabilisation, renforcer les réserves de change et financer quelques investissements productifs bien choisis. Bessaha formule une mise en garde : les recettes "ne devraient en aucun cas financer de nouvelles dépenses permanentes".
"Le choc de 2026 offre ainsi à l'Algérie un répit limité et temporaire, non une stratégie de développement", résume l'économiste. La réussite, précise-t-il, ne se mesurera pas au montant encaissé, mais à ce qui en sera fait une fois la fenêtre refermée. Tout le scénario de Bessaha repose sur un Brent qui resterait à 85 dollars toute l'année. L'économiste situe le monde à un moment charnière, celui où les stocks pétroliers mondiaux amortissent encore le choc, avant une phase plus dure où leur épuisement pousserait les prix plus haut. Si ce basculement survient, la manne algérienne grossira.