Optimisation des performances des collectivités locales
Les collectivités locales algériennes peinent à concrétiser leurs objectifs de développement non par manque de moyens, mais en raison d'un déficit profond de compétences au sein de leurs structures de base.
La première solution stratégique proposée est la mise en place d'un système de formation continue, conçu selon les principes de l'ingénierie de formation en quatre étapes : analyse, conception, réalisation et évaluation.
La deuxième approche repose sur l'adoption d'une Gestion Axée sur les Résultats (GAR), une méthode visant à améliorer la performance par la responsabilisation, la transparence et le suivi d'indicateurs précis.
La formation est désormais considérée comme un investissement, évalué à travers des indicateurs clés de performance et un calcul de retour sur investissement (ROI) pour en mesurer la rentabilité.
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Le Quotidien d'Oran
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Les collectivités territoriales exercent des responsabilités considérables sur le plan économique et social dans des secteurs stratégiques. Ces responsabilités concernent notamment la concrétisation des projets de développement et leur suivi, la création d’une industrie compétitive, l’amélioration du système éducatif,la relance et l’accompagnement des activités dansla construction, les transports et le social… Des plans de développement n’ont pas pu atteindre la totalité de leurs objectifs, non pas par manque de moyens matériels ou financiers,mais par une incapacité de l’administration locale à réagir,à analyser les situations, à identifier les causes des difficultés et des blocages rencontrés et à prendre des solutions correctives afin de maîtriser l’évolution des données économiques et sociales.
Depuis plusieurs décennies, les collectivités locales justifient leur incapacité à mettre en œuvre et à gérer efficacement les objectifs de développement par l’existence de blocages administratifs et de lourdeurs bureaucratiques. Mais depuis quelques années, de nombreuses mesures positives ont été prises par l’État pour réduire les obstacles administratifs dans la réalisation des projets et donner plus d’initiatives aux collectivités territoriales. Malgré cette option, l’inefficacité de certaines structures de base subsiste et se perpétue. Les conséquences sur le développement, tant auniveau local que national, sont significatives et réduisent l’impact des projets de développement sur l’ensemble de l’économie.
À notre avis, la principale cause de cette contre-performance ne réside pas dans un manque de moyens ou d’effectifs, mais plutôt dans le déficit de compétences dans différentes structures de base. Ce n’est pas le manque d’effectifs et le niveau des salaires qui bloquent une réalisation efficace et efficiente des projets ; au contraire, il y a parfois un sureffectif. Il y a une insuffisance profonde en compétences, en savoir, savoir-faire et savoir-agir.
Quelle solution pour redonner à une administration l’efficacité et la capacité à concrétiser ses objectifs dans les temps et aux moindres coûts ? Comment rendre les collectivités territoriales plus performantes ?
Les expériences de développement qui ont connu des résultats positifs nous indiquent que la stratégie la plus efficace pour améliorer, d’une manière continue, l’efficacité des collectivités locales,repose sur deux approches déterminantes : la mise en place d’un système de formation permanente soutenu par les principes et les techniques de l’ingénierie de formation et l’adoption d’une Gestion Axée sur les Résultats (GAR).
En effet, l’un des facteurs clés pour assurer la réalisation des objectifs réside dans la compétence des ressources humaines. Cette compétence ne peut être effective et durable que si un système de formation continue est mis en place au sein d’une organisation.
D’une manière générale, la formation joue un rôle essentiel dans la valorisation du personnel en améliorant le niveau de connaissances et de qualifications, tout en favorisant l’autonomie dans le travail grâce à une meilleure maîtrise des exigences du poste. Le salarié aura ainsi la capacité de s’adapter en permanence aux nouvelles techniques et de pouvoir réaliser ses objectifs conformément aux normes de qualité. L’évolution de sa carrière sera fondée sur des critères précis : le savoir et le savoir-faire.
La formation contribue également à l’instauration d’une organisation performante qui réalise ses objectifs avec efficacité et efficience. Comme toute option stratégique, la politique de formation nécessite une démarche claire établie sur la base d’une détermination des besoins de formation, des choix d’objectifs mesurables, des méthodes, des moyens et des indicateurs d’évaluation.
Parmi les démarches modernes de conception et de gestion des plans de formation, l’ingénierie de formation s’impose comme une technique structurée qui s’apparente à la conduite de projets en reprenant les étapes nécessaires à la gestion d’un projet : diagnostic et analyse, conception du projet, mise en œuvre de la réalisation, suivi des travaux, des délais et des coûts, évaluation des résultats et mesures correctives.
Thierry ARDOUIN, spécialiste dans ce domaine, retient quatre étapes essentielles pour l’ingénierie de la formation : l’analyse, la conception, la réalisation et l’évaluation.
Dans la définition et l’application d’une stratégie de développement des ressources humaines, l’ingénierie de la formation est l’approche méthodologique la plus indiquée pour concevoir un plan de formation continue, l’appliquer et l’évaluer de façon cohérente.
Cette approche s’articule autour de plusieurs étapes. En premier lieu, la précision des objectifs visés à moyen et long terme et l’identification des écarts de compétences entre celles requises pour un poste ou un objectif et celles réellement maîtrisées par le titulaire du poste.
Ensuite, il convient de procéder à la mise en place d’un dispositif de formation pour atteindre les objectifs et réduire le déficit en savoir et savoir-faire, de définir les étapes et leurs objectifs, et de mettre en place ainsi un système d’évaluation permanente de l’impact sur l’efficacité et les performances des collectivités territoriales en s’appuyant sur des indicateurs spécifiques.
En d’autres termes, l’ingénierie de formation permet de répondre aux principales questions qui permettent d’établir un plan de formation : pourquoi cette formation ? Qui est concerné ? Quel est l’objectif ? Selon quelle technique ? Quels sont les délais ? Quel est le budget nécessaire ? Sur quels critères l’évaluation sera-t-elle établie ?
La formation est considérée aujourd’hui comme un investissement ; elle obéit à des calculs de rentabilité et de retour sur investissement comme tout projet de développement. Pour évaluer la formation, il est utile d’avoir un tableau de bord spécifique à l’activité formation. Le calcul de quelques ratios est indispensable. Ces indicateurs aident à piloter la stratégie retenue et à évaluer les résultats. Le recours à des indicateurs clés (KPI) est utile pour apprécier l’efficacité des plans de formation, la qualité de l’organisation, le coût de la formation, le taux de participation et de satisfaction, le taux de compétences acquises et l’impact de la formation sur les performances de l’organisation.
Le calcul du taux de retour sur investissements, le ROI, (Return On Investment) est un indicateur déterminant dans le calcul de la rentabilité d’un plan de formation.
Il est évident que piloter un plan de formation permet d’optimiser les résultats, le taux de réalisation des objectifs et la satisfaction des participants, de cerner les acquis professionnels réels et l’impact sur les performances de toute organisation.
Le deuxième facteur stratégique qui conditionne l’amélioration de la gestion des collectivités territoriales consiste en l’instauration d’une gestion axée sur les résultats (GAR).
La GAR est une approche méthodique de gestion qui a pour but l’amélioration des performances d’une organisation ou d’une administration dans sa gestion des activités principales ou dans la réalisation des projets et des programmes de développement. C’est une démarche qui répond à un souci de rationalisation budgétaire dans le secteur public. Elle repose sur des principes et des outils conçus pour améliorer la définition des objectifs et leur réalisation, pour assurer le suivi, l’évaluation et la prise de décisions correctives.Le but ultime est d’atteindre les résultats initialement définis.
La GAR s’appuie également sur des principes fondamentaux qui favorisent la transparence dans l’ensemble de ses activités, souvent ignorés par une gestion administrative classique. Ces principes incluent la responsabilisation de chaque agent intervenant dans les différentes étapes de la réalisation d’un projet, la disponibilité d’une information fiable, actualisée et accessible à tous, ainsi qu’une simplification des procédures.
Le PNUD définit la gestion axée sur les résultats comme« une stratégie ou méthode de gestion appliquée par une organisation pour veiller à ce que ses procédures, produits et services contribuent à la réalisation de résultats clairement définis».
Certains pays développés, notamment ceux de l’Union européenne, ont retenu la GAR comme méthode prépondérante pour améliorer l’efficacité et l’efficience des collectivités locales. La Gestion Axée sur les Résultats nous permet d’apprécier l’impact des résultats obtenus sur l’évolution générale des plans et programmes sélectionnés. Elle se concentre essentiellement sur la réalisation d’objectifs précis et mesurables, en optimisant l’utilisation des ressources humaines et financières. Elle va au-delà des actions assurées quotidiennement. Elle aide les services et les équipes à assurer une clarté dans la fixation des objectifs, à planifier, agir, suivre et évaluer les résultats obtenus, et à apporter les ajustements nécessaires.
Comme toute approche structurée et systématique la gestion axée sur les résultats repose sur des indicateurs de mesure des résultats sur le plan qualitatif et quantitatif, pour cerner l’impact des projets sur le plan financier, économique, social et environnemental.
En résumé, l’objectif de la GAR est de pouvoir cerner concrètement les résultats et dévaluer leur impact sur le plan économique et social. Elle représente un changement dans la conception de la gestion administrative. Il ne s’agit plus de constater ce qui a été fait, mais de démontrer que les objectifs prévus et les résultats attendus ont été concrétisés d’une manière conséquente.
En conclusion, il est important de souligner qu’une stratégie de formation continue, combinée à une gestion axée sur les résultats, conduit inlassablement à la réalisation des objectifs, à l’amélioration des performances et à la concrétisation effective des résultats ciblés.
*Economiste