Hydrogène vert : ce que l’Algérie attend de l’Allemagne

L'Algérie et l'Allemagne approfondissent leur coopération sur l'hydrogène vert via l'accord Sonatrach-VNG et l'alliance Altehra, qui étudient la faisabilité d'une production algérienne à grande échelle.
Alger ambitionne un transfert de technologie et une industrialisation locale inspirés du modèle chilien de codéveloppement avec Siemens Energy, plutôt qu'une simple importation clé en main.
Berlin considère l'Algérie comme site prioritaire grâce à l'avantage logistique du corridor SoutH2, et organise une mission d'État en septembre pour sécuriser cet approvisionnement stratégique.
Ce corridor de 3 300 km, projet d'intérêt commun européen, pourrait acheminer 4 millions de tonnes annuelles, soit 40 % de l'objectif d'importation de l'UE pour 2030.
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L’Algérie et l’Allemagne jouent autour de l’hydrogène vert une partition déjà familière : celle d’un Nord industriel en quête de sécurité énergétique et d’un Sud pourvu de ressources et qui aspire désormais de ne plus seulement s’en tenir au rôle de fournisseur brut.
Le protocole signé récemment entre Sonatrach et VNG AG, dans la continuité d’un premier accord de décembre 2022, illustre cette projection productive. Ce texte n’est pas un contrat d’exportation : c’est un cadre d’exploration commune, prolongé depuis 2025 par l’Alliance de l’hydrogène Algérie-Europe (Altehra), qui réunit VNG, SNAM, SeaCorridor et Verbund autour d’une même question, la faisabilité technique et économique d’une production algérienne à grande échelle. Voilà précisément où se joue l’enjeu du transfert de technologie. L’Algérie ambitionne de disposer de l’ingénierie et du maillage de sous-traitance qui font, en Allemagne, la force du Mittelstand ; ce tissu de PME spécialisées qui irrigue l’industrie lourde sans en dépendre entièrement. L’Algérie peut s’en inspirer : former des ingénieurs et techniciens de l’hydrogène, faire émerger des sous-traitants nationaux pour fabriquer électrolyseurs et équipements de compression, plutôt que d’importer clé en main une filière conçue en Allemagne.
L’Allemagne a déjà à son actif un modèle concret de transfert de technologie bidirectionnel qui s’est opéré au cœur d’un partenariat avec le Chili, sous la forme d’un modèle de type «Codéveloppement». Le géant industriel Siemens Energy a transféré et implanté au Chili ses électrolyseurs de dernière génération. De plus, les technologies allemandes de capture directe du CO2 dans l’air et de synthèse de méthanol ont été intégrées sur place pour permettre aux ingénieurs chiliens de maîtriser la fabrication industrielle de carburants de synthèse. Le Chili est ainsi passé d’un statut de simple exportateur d’électrons à celui de transformateur industriel. C’est précisément ce type de montage, où le savoir-faire s’implante autant que la technologie elle-même, auquel aspire l’Algérie, plutôt que de s’en tenir à une simple fourniture d’équipements clé en main.
Car, de son côté, Berlin ne laisse rien au hasard. Un rapport gouvernemental allemand désigne explicitement l’Algérie comme site prioritaire, en avançant un argument imparable : le raccordement au corridor SoutH2 confère à l’hydrogène algérien un avantage de coût de transport que ne peuvent revendiquer des producteurs plus lointains, contraints de convertir leur hydrogène en ammoniac ou en méthanol avant expédition, au prix de pertes énergétiques substantielles. Cette conviction se traduit en actes : une mission de prospection économique organisée par l’agence energiewaechter GmbH, dans le cadre de l’initiative fédérale d’exportation énergétique, est prévue du 21 au 25 septembre entre l’Algérie et la Tunisie. L’incitation n’est donc pas une affaire de bonne volonté privée : elle procède d’une stratégie d’Etat assumée, où Berlin organise méthodiquement l’accès de ses entreprises à un gisement qu’elle juge stratégique pour sa propre sécurité énergétique.
La question de fond est celle que le président Tebboune et le chancelier Merz ont réaffirmée à Berlin le 16 juillet : le lancement, annoncé «bientôt», d’un corridor de 3300 kilomètres capable d’acheminer jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an, plus de 40% de l’objectif d’importation que s’est fixé l’Union européenne à l’horizon 2030. Porté depuis décembre 2025 au rang de projet d’intérêt commun européen, ce qui lui ouvre un accès facilité aux financements communautaires, le corridor SoutH2 permettrait à l’Algérie de transformer sa position de troisième fournisseur de gaz naturel de l’Europe en position de tête de pont hydrogène du continent européen. L’ambition est cohérente pour rendre cette filière réellement opérationnelle.
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