Antonio Guterres alerte sur les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz : «Des prix plus élevés et une faim qui s’aggrave»

Antonio Guterres a alerté sur les conséquences de la crise du détroit d'Ormuz, évoquant «des prix plus élevés et une faim qui s'aggrave» lors d'une conférence de presse à New York le 24 août.
Le trafic maritime par ce détroit, par lequel transite une part cruciale des hydrocarbures mondiaux, reste environ 90% inférieur à son niveau d'avant le conflit entre les États-Unis et l'Iran.
L'ONU propose un mécanisme, en préparation depuis mars, centré sur les engrais et les matières premières, faisant de l'organisation un intermédiaire neutre pour sécuriser le transit.
Guterres admet toutefois que ce dispositif manque de «la coopération et la volonté politique des parties» et ne remplacera pas le règlement politique des conflits.
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L’ONU peut-elle aider à débloquer la situation dans le détroit d’Ormuz ? La crise dans le golfe Persique est d’une ampleur telle que cela paraît improbable. Néanmoins, la proposition émise lundi par Antonio Gueterres mérite d’être examinée. Le secrétaire général des Nations unies a présenté au cours d’une conférence de presse ce 24 août, à New York, un «mécanisme pour sécuriser le passage de produits essentiels par le détroit d’Ormuz», rapporte un document d’ONU-Info.
Antonio Guterres a commencé par dresser un état des lieux de la situation critique qui prévaut au niveau de plusieurs points de passage maritimes de par le monde en raison des conflits qui gangrènent la planète. Il relève que les guerres touchent de plus en plus les routes maritimes stratégiques. Du détroit d’Ormuz à la mer Noire, en passant par la mer Rouge et le golfe d’Aden, le chef de l’ONU a alerté contre «une convergence des conflits dont les conséquences se font sentir bien au-delà des champs de bataille». «Ces crises étouffent les artères du commerce mondial et mettent le système alimentaire mondial sous une pression particulièrement forte», a mis en garde le secrétaire général des Nations unies devant la presse à New York et dont les propos ont été relayés par le site d’information de l’ONU.
Cette extension critique du champ de bataille au domaine maritime a transformé les détroits en goulots d’étranglement. Et cela a fatalement impacté les flux d’approvisionnement de denrées vitales et leurs prix sur le marché. Guterres fait le constat à ce propos de «prix plus élevés, une faim qui s’aggrave, des récoltes plus faibles et des difficultés accrues, en particulier pour les populations les plus vulnérables du monde».
«Les détroits sont devenus des armes de guerre»
L’Organisation des Nations unies observe que «la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part cruciale des hydrocarbures mondiaux, reste extrêmement réduite». Le document d’ONU-Info s’est fait l’écho de données rapportées dans la presse selon lesquelles «seuls quatre navires transportant des matières premières ont franchi le passage dimanche». Et d’ajouter : «Sur la semaine écoulée, le trafic détecté par les systèmes d’identification des navires restait environ 90% inférieur à son niveau d’avant le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran.» Par ailleurs, Téhéran a fait état, il y a quelques jours, de l’inscription de 45 pétroliers sur une liste noire pour «violation des règles de transit».
«Ils s’exposent désormais, selon les autorités du pays, à des amendes, voire à une immobilisation ou à la confiscation de leur cargaison», note ONU-Info. L’Organisation des Nations unies s’inquiète de ce que les détroits soient «devenus des armes de guerre». Le même document d’ONU-Info fera remarquer que «la bataille autour d’Ormuz, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman, est devenue l’un des points de fixation du conflit. Les négociations conduites par Oman pour tenter de rétablir la navigation n’ont pas permis de sortir de l’impasse».
Un dispositif de l’ONU pour les engrais
António Guterres insiste sur le fait que «la liberté de navigation ne saurait devenir une monnaie d’échange». «Les droits et libertés de navigation ne sont pas des principes abstraits. Ils relèvent du droit international», a-t-il plaidé lors de son point de presse de lundi, selon ONU-Info, appelant «à la protection des navires civils et des marins», et à «la fin des attaques contre la navigation commerciale». Pour le patron des Nations unies, «Ormuz, Bab El Mandeb et la mer Noire dessinent un commerce mondial dont plusieurs passages névralgiques se retrouvent simultanément happés par les conflits». Or, «les goulets d’étranglement maritimes ne doivent jamais devenir des instruments de coercition. Et l’approvisionnement alimentaire mondial ne doit jamais devenir un dommage collatéral des conflits», martèle Guterres.
Pour faire face à ce péril, l’ONU préconise un «mécanisme sur lequel travaille depuis mars une équipe dirigée par le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets, Jorge Moreira da Silva, et associant aussi la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, et l’Organisation maritime internationale ainsi que la Chambre de commerce internationale», affirme ONU-Info. Et d’expliquer : «Le dispositif, centré dans un premier temps sur les engrais et les matières premières nécessaires à leur fabrication, ferait de l’ONU un intermédiaire neutre : les cargaisons seraient identifiées et vérifiées en amont, afin de rendre leur transit par Ormuz plus ordonné et prévisible. Il ne créerait toutefois aucun droit de passage et ne modifierait pas les obligations des Etats en vertu du droit international, les décisions souveraines restant entre les mains des pays participants.»
Questionné sur la fiabilité de ce dispositif, Guterres admet qu’il lui manque l’essentiel : «La coopération et la volonté politique des parties.» Le secrétaire général des Nations unies a précisé dans la foulée que la proposition onusienne «ne remplacera ni le rétablissement complet de la liberté de navigation ni le règlement politique des conflits». Le mécanisme proposé «vise plus modestement à empêcher que plusieurs guerres, en se rejoignant sur les routes maritimes, ne finissent par présenter leur facture aux pays qui en sont les plus éloignés et les moins capables de la payer», conclut le document d’ONU-Info.
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