Économie

Des voitures à un milliard : enquête sur le nouveau marché automobile algérien

Par Ali Idir5 min de lecture
Des voitures à un milliard : enquête sur le nouveau marché automobile algérien
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Face à la pénurie et au gel des importations, les Algériens se tournent vers la filière chinoise: des voitures neuves ou quasi‑neuves venues de Chine gagnent les routes et les showrooms privés, et le marché oscille entre légal et informel, même sur Internet. Cette filière est dominée par l’informel, couvrant achat, vente, SAV et pièces, avec des véhicules échangés à des prix très élevés — parfois des centaines de millions, voire des milliards de dinars — financés en devises sur le marché noir. L’économiste Mourad Preure interpelle sur les risques pour l’économie et les mécanismes de financement et de déclaration; il propose des options comme permettre l’importation par les constructeurs ou la vente privée de véhicules d’occasion, mais l’informalité et les flux de devises compliquent toute régularisation.

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Face à la pénurie de véhicules sur le marché, les Algériens ont opté pour la filière chinoise. De plus en plus de voitures importées de Chine, neuves ou presque, sont visibles sur les routes algériennes et dans les showrooms privés qui proposent des véhicules des marques chinoises ou occidentales.

Sur Internet aussi, le même type de voitures est proposé. Ce marché, à la limite entre le légal et l’informel, prospère à la faveur de la faiblesse de l’offre générée par le gel des importations et une production locale limitée assurée par Fiat Algérie.

En attendant l’entrée en production des nombreuses usines annoncées, les véhicules venus de Chine ont la cote. Sur les routes algériennes, on voit par exemple de plus en plus de voitures de la marque allemande Volkswagen, des T-Roc et T-Cross notamment, ou des SUV Jetour chinois.

Quand les Algériens vont jusqu’en Chine pour importer des voitures

Dans les showrooms et sur les pages spécialisées sur les réseaux sociaux, d’autres véhicules, parfois de luxe, sont proposés. Ils sont neufs ou généralement des véhicules de moins de trois ans d’âge dont la législation permet désormais l’importation, mais uniquement pour un usage personnel et sur les devises propres de l’acquéreur.

Le nouveau et florissant marché des véhicules en Algérie est entièrement dominé par l’informel : de l’achat jusqu’à la vente en passant par le service après-vente et les pièces de rechange.

Sur les réseaux sociaux, un certain Handhala est l’une des stars de ce nouveau business. Il multiplie les interventions et répond volontiers aux sollicitations des médias pour expliquer qu’il est dans la légalité et qu’il ne prend pas des marges indécentes.

« Nous vendons avec la carte grise et tous les documents. Avant, les revendeurs prenaient jusqu’à 150 millions de centimes (1,5 million de dinars) par véhicule et ils disent que Handhala fait du blanchiment d’argent. Et ce sont eux les vampires et ils m’accusent moi », dit-il au micro de la chaîne Web Dz News TV, devant une Golf VIII rutilante.

Qui peut en Algérie se payer un véhicule à plus d’un milliard ?

Le vendeur se targue ainsi d’avoir cassé les prix. Mais ces véhicules sont-ils réellement accessibles à l’ensemble des Algériens ?

Il faut souligner d’abord que leur importation est réglée avec des devises achetées au marché noir, 80 % plus chères qu’au taux officiel de la banque d’Algérie. Au-delà de la légalité ou pas de la pratique, l’économiste Mourad Preure souligne d’abord les prix pratiqués et pose une question pertinente : qui peut aujourd’hui en Algérie se permettre de payer cash un véhicule à plusieurs centaines de millions de centimes, voire à plusieurs milliards ?

« 500, 600, 700 millions, c’est beaucoup d’argent pour le commun des Algériens. Je ne parle même pas du milliard, voire plus. Peut-être suis-je décalé par rapport aux réalités économiques de mon pays, mais tout ça me semble exagéré », écrit l’économiste sur LinkedIn.

Preure ne comprend pas non plus comment des commerçants qui ont pignon sur rue « vendent en dinars des véhicules qu’ils ont importés en devises sonnantes et trébuchantes », alors que, rappelle-t-il, le transfert de devises à l’étranger n’est autorisé que dans une certaine limite.

L’économiste se pose alors toute une série de questions, tout aussi pertinentes : « Comment font-ils pour avoir dans leurs showrooms souvent plusieurs dizaines de voitures » et « les immenses revenus qu’ils tirent de ce commerce sont-ils déclarés au fisc ? ».

Flambée spectaculaire de l’euro

Mourad Preure ne s’empêche pas de voir une « corrélation forte » entre « la dépréciation du dinar » sur le marché noir des devises où l’euro ne cesse de battre des records et ce « micmac pompeusement justifié par ces commerçants comme la solution à la pénurie de véhicules neuf ».

« Pour répondre à la pénurie de véhicules, l’État peut commencer par autoriser les constructeurs automobiles qui ont déjà engagé des projets en Algérie à importer des véhicules tout en donnant à des privés des concessions pour vendre des véhicules d’occasion », suggère-t-il.

 Car, met-il en garde, ce phénomène porte atteinte à l’économie algérienne et « enveloppe d’un brouillard suspect toute l’activité entre chien et loup du secteur informel, y compris ses secteurs les plus inavouables ».

Même le souci de l’État de légaliser le commerce du cabas devient impossible à réaliser car « ces petits importateurs sont emportés par la puissante dynamique créée par ces capitaux informels engagés dans le commerce des véhicules », souligne en outre l’économiste.

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