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La guerre contre l’Iran six mois après : Quand la «fureur épique» de Trump bute sur la résilience des Iraniens

Par Mustapha Benfodil10 min de lecture
La guerre contre l’Iran six mois après : Quand la «fureur épique» de Trump bute sur la résilience des Iraniens
Résumé IA

Six mois après le lancement de l'opération «Epic Fury» par Trump et Israël, le conflit contre l'Iran s'enlise dans une impasse sans qu'aucun des quatre objectifs américains n'ait été atteint.

La mort de Khamenei dès le premier jour et le bombardement d'une école tuant 168 fillettes n'ont pas empêché la résilience iranienne, qui a riposté en harcelant les monarchies du Golfe et fermant le détroit d'Ormuz.

L'accord d'Islamabad du 17 juin a volé en éclats le 8 juillet, laissant place à treize jours de frappes américaines avant que Trump ne menace désormais d'une guerre économique «la plus dévastatrice jamais menée».

L'Iran raille ces menaces, misant sur son partenariat avec la Chine pour neutraliser l'embargo, tandis que le trafic dans le détroit d'Ormuz reste bien en deçà de son niveau d'avant-guerre.

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28 février-28 août 2026 : six mois sont passés depuis le déclenchement de l’opération «Epic Fury» par Donald Trump contre l’Iran, faisant alterner escalade militaire et guerre économique. Il faut dire que ni le Pentagone ni le Mossad n’ont vu venir la riposte iranienne sous la forme de harcèlement, par des tirs de missiles et de drones, des monarchies du Golfe, alliées de longue date de Washington. Téhéran fera jouer un autre atout majeur : le détroit d’Ormuz.

La guerre contre l’Iran vient de boucler son sixième mois et elle n’a toujours pas livré son verdict. Le conflit s’enlise et semble dans l’impasse. Les négociations sont au point mort. Pour rappel, le 28 février 2026, en plein Ramadhan, les Etats-Unis, soutenus par Israël, ont déclenché une vaste offensive militaire contre la République islamique d’Iran sous le nom de code «Epic Fury» (Fureur épique). Des bombardements massifs ont ciblé Téhéran et d’autres provinces perses.
Dès le premier jour de la guerre, le Guide suprême de la révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, est tué dans un raid. Dans cette attaque ont péri également sa fille, sa petite-fille et son gendre. Son fils aîné, Mojtaba, était avec lui et a été grièvement blessé. Une hypothèse confortée par le fait que le nouveau dirigeant suprême iranien de 56 ans n’a jamais fait d’apparition publique. Lors de son premier message adressé au peuple iranien après sa nomination, Mojtaba Khamenei avait cité les victimes de cette attaque parmi ses proches, affirmant que son épouse aussi avait trouvé la mort dans ce bombardement. «Outre mon père, j’ai fait mes adieux à ma chère et fidèle épouse en qui je plaçais tant d’espoirs, à ma sœur dévouée qui s’est consacrée au service de ses parents et a finalement reçu sa récompense, ainsi qu’à son petit enfant, et au mari de mon autre sœur qui était un homme savant et intègre, tous rejoignant le cortège des martyrs», avait-il énuméré lors de ce message diffusé par la télévision officielle iranienne le 12 mars 2026.
On se souvient aussi qu’au premier jour de cette campagne américano-sioniste, 168 fillettes âgées de 7 à 12 ans de l’école Al Shajarah Al Tayiba, un établissement primaire situé dans la localité de Minab, au sud de l’Iran, ont été sauvagement arrachées à la vie dans un bombardement aveugle. Selon une enquête du New York Times, l’école a été touchée par une salve de missiles de croisière Tomahawk de l’armée américaine qui ciblaient une base militaire du Corps des gardiens de la révolution (CGRI) jouxtant cet établissement.

Première résilience : le régime survit à la mort de Khamenei

Au début de la guerre, Trump et son allié israélien étaient persuadés que le «régime des Mollahs» ne survivrait pas à la décapitation de son leadership et tomberait en quelques jours, et cela mettrait fin de facto au programme nucléaire iranien. Ce sont d’ailleurs deux parmi les principaux objectifs de l’administration américaine en déclenchant cette guerre. Cette offensive visait également deux autres objectifs clairement affichés : la destruction des missiles balistiques de la République islamique et la neutralisation des «proxys» iraniens, en premier lieu le Hezbollah libanais et le groupe Ansar Allah, communément appelé les Houthis, au Yémen, qui pendant plusieurs mois ont perturbé la navigation maritime dans le détroit de Bab El Mandab, en mer Rouge, en soutien au peuple palestinien pendant la guerre génocidaire contre Ghaza.
Dès les premières semaines du conflit, les Etats-Unis et Israël ont pris la mesure du potentiel de résistance de Téhéran malgré l’impressionnante force de frappe de la coalition américano-sioniste. La riposte iranienne s’est notamment illustrée par la remarquable résilience de son infrastructure balistique avec une étonnante capacité à frapper Israël en profondeur. La surprise iranienne est également venue de sa stratégie militaire que ni le Pentagone, ni le renseignement américain, ni le Mossad israélien n’ont vu venir : les représailles sous la forme de harcèlement, par des tirs de missiles et de drones, des monarchies du Golfe, alliées traditionnels des Etats-Unis. Des attaques répétées que les bases américaines en Arabie Saoudite, au Qatar, aux Emirats arabes unis, au Koweït et au Bahreïn n’ont réussi à contrer. L’Iran n’a eu de cesse de frapper différents sites et infrastructures d’importance, y compris civils, tels que les aéroports de Dubaï et de Koweït-City, causant des dommages colossaux dans ces régions longtemps réputées être à l’abri du fait de la présence américaine sur leur sol.
Last but not least : l’Iran a fait valoir un autre atout majeur dans sa stratégie de riposte : la fermeture du détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique par lequel transite 20% de la production énergétique mondiale, avec des conséquences économiques considérables.

Aucun des objectifs de Trump n’a été atteint

La capacité de résistance dont a fait preuve l’Iran durant ces six mois de conflit a fait qu’aucun des objectifs affichés par Donald Trump et son poulain Benyamin Netanyahu n’ont été atteints. En effet, ni le «régime des Mollahs» n’est tombé, ni le programme nucléaire iranien n’a été stoppé, ni son infrastructure balistique n’a été détruite, ni ses proxys n’ont été neutralisés. Quant au détroit d’Ormuz, Trump a beau répéter qu’il a libéré cette route maritime névralgique, force est de constater que le trafic autour du corridor est loin d’avoir atteint son niveau d’avant-guerre, et que la violation des règles édictées par Téhéran pour le franchissement du détroit est toujours risquée. En témoigne le nombre élevé de navires qui ont été touchés par les projectiles et les drones de la marine des Gardiens de la révolution, sans compter que des mines navales ont été semées au fond du Golfe persique.
Voyant que l’intervention militaire n’a rien donné, Trump a consenti à passer un accord avec l’Iran visant à obtenir par la négociation ce qu’il n’a pas réussi à obtenir par la force, à savoir amener Téhéran à réduire ses ambitions nucléaires. C’est ainsi qu’un protocole d’Accord dit «accord d’Islamabad» a été signé le 17 juin entre les deux parties. Ce protocole prévoyait notamment la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz contre l’engagement des Etats-Unis à lever les sanctions américaines contre l’Iran en commençant par débloquer un certain nombre d’avoirs iraniens gelés. Pour le volet atomique, le protocole préconise des discussions dites «techniques» étalées sur 60 jours, et un premier round de ces pourparlers a eu lieu les 21 et 22 juin à Bürgenstock, dans les Alpes suisses. Mais l’accalmie sera de courte durée.

«La pression ne fonctionne pas»

Le 8 juillet, Trump annonce la rupture des négociations, et des frappes massives ont été déclenchées dans la foulée par les forces du Centcom, le Commandement central de l’armée américaine au Moyen-Orient. Ces attaques se sont répétées durant 13 jours d’affilée. Cette escalade militaire a été présentée par les Etats-Unis comme une riposte aux attaques du Corps des gardiens de la révolution iranienne contre des navires marchands, dont plusieurs pétroliers, dans le détroit d’Ormuz. Si les opérations militaires américaines ont cessé depuis la fin juillet, les deux parties n’ont jamais renoué avec les négociations. Pour autant, les Etats-Unis ne sont pas chauds pour une nouvelle campagne militaire. Ils misent plutôt sur «l’asphyxie économique» de leur bête noire au Moyen-Orient. Le 19 août, Donald Trump déclarait sur Truth Social : «J’annonce aujourd’hui l’opération économique la plus dévastatrice jamais menée contre un pays ! Il s’agira d’une guerre économique et d’un isolement d’une ampleur sans précédent.» L’Iran se gausse des menaces de Trump, prédisant un échec de cette offensive qui se joindra aux échecs précédents. Cet embargo inédit a d’autant moins de chance de marcher que la Chine, un des plus grands partenaires commerciaux de Téhéran, a d’ores et déjà fait savoir qu’elle «défendra fermement ses intérêts», appelant Washington à abandonner son plan. Le quotidien gouvernemental China Daily, cité par Le Monde, écrivait le 25 août : «Washington devrait abandonner l’idée illusoire qu’il peut contraindre la Chine à rompre ses liens économiques avec l’Iran. Si le reste du monde est forcé d’exécuter les ordres des Etats-Unis, le commerce international cesse d’être du commerce pour devenir une mondialisation sous autorisation, où Washington décide qui peut commercer avec qui.» L’échec de la guerre américano-israélienne, et d’une, à renverser le régime iranien, et de deux à offrir la sécurité escomptée aux monarchies du Golfe qui ont accepté l’installation de bases américaines sur leur sol, et qui ont payé des milliards de dollars en armement acquis auprès des Etats-Unis, a poussé l’Arabie Saoudite à sceller le 7 août le «Pacte de la Mecque», un traité de défense mutuelle, avec la Turquie et le Pakistan. D’aucuns ont vu dans ce pacte un désir de la part des monarchies du Golfe de rompre leur dépendance vis-à-vis du «parapluie américain» et, de facto, un camouflet à la suprématie américaine dans la région. Ce post de Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, publié hier sur X, résume l’état d’esprit des Iraniens durant ces six mois de conflit et leur formidable résilience : «Remettre la diplomatie sur les rails, écrit-il, n’est pas impossible. Cela dépend de la compréhension, par les Etats-Unis, d’un fait simple : la pression ne fonctionne pas.» 

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