Des «arches de glace» artificielles pour renforcer la banquise : La solution de chercheurs pour l’Arctique

Des chercheurs proposent de renforcer artificiellement les arches de glace naturelles du détroit de Nares pour retenir la banquise arctique qui s'en échappe vers le sud.
La start-up néerlandaise Arctic Reflections, financée par le Royaume-Uni, teste une méthode consistant à pomper de l'eau de mer en surface pour l'épaissir par gel, avec un premier essai concluant au Svalbard.
Cette géo-ingénierie ne peut toutefois rien là où les arches ne se forment plus et ne saurait remplacer la réduction des émissions, mais vise à gagner du temps pour un refuge climatique vital.
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El Watan
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Pour donner plus de temps à la banquise arctique, victime du réchauffement climatique, des chercheurs veulent renforcer artificiellement ses barrières naturelles, spécifiquement les arches de glace présentes dans le détroit de Nares. Cette solution spectaculaire éviterait à des milliers de kilomètres carrés de glace de se détacher et de fondre.
Dans le détroit de Nares, entre le Groenland et le Canada, d’immenses arches de glace se forment naturellement en hiver et retiennent une partie de la banquise arctique. Problème, ces structures disparaissent de plus en plus tôt. Pire, certaines années, elles ne se forment même plus. Des chercheurs ont donc imaginé une solution étonnante qui consisterait à épaissir artificiellement ces arches pour empêcher une partie de la glace de partir vers le sud et de fondre.
«Si le pont de glace pouvait être soutenu d’une manière ou d’une autre», cela permettrait à la fois de limiter les pertes estivales, d’augmenter l’effet réfléchissant (l’albédo) et de refroidissement de l’océan Arctique, explique Malcolm Davidson de l’Agence spatiale européenne à la revue New Scientist.
Une prouesse de géo-ingénierie
Lorsque ces arches, qui mesurent plusieurs kilomètres de large, se brisent, la glace accumulée au nord du détroit de Nares peut s’échapper rapidement vers l’océan, «comme une chasse d’eau», indique Malcolm Davidson. En moyenne, environ 95 000 km² de glace traversent, chaque année, ce passage maritime pour aller fondre plus au sud.
L’idée serait de renforcer une structure relativement petite pour retenir une quantité beaucoup plus importante de glace et, aux Pays-Bas, la start-up Arctic Reflections travaille déjà sur cette piste.
Inspirée par les travaux de Malcolm Davidson et ses confrères, la société hollandaise a bénéficié d’une subvention du gouvernement britannique de 9,9 millions de livres (près de 11,6 millions d’euros) pour développer des techniques destinées à épaissir la banquise. Leur méthode ? Forer des trous dans la glace et pomper de l’eau de mer à la surface pour la faire geler et créer une nouvelle couche.
Une première intervention réussie
Lors d’un essai réalisé au Svalbard (Norvège) en 2024, cette technique a fait passer l’épaisseur de la banquise de 90 à 116 centimètres, rapportent les chercheurs derrière le projet. Ils veulent maintenant savoir si une méthode similaire pourrait rendre les arches «suffisamment solides» pour résister plus longtemps aux vents, aux courants et aux températures estivales.
«C’est comme si du ciment était ajouté entre les blocs de l’arche pour l’empêcher de s’effondrer», résume l’un des scientifiques, Ado Farsi. Mais les obstacles restent nombreux.
Si ces ajustements devraient fonctionner pendant des mois sur une glace mouvante, dans l’une des régions les plus isolées de la planète, ils n’aideront en rien les zones où les arches ne se forment plus du tout. Là-bas, il n’y aura tout simplement rien à renforcer. «Même avec des ressources infinies, si les arches ne se forment pas, il n’y a rien à épaissir», prévient le chercheur Kent Moore.
D’autres de ses collègues estiment aussi qu’une grande partie de la glace retenue finirait, malgré tout, par fondre pendant l’été, en raison du réchauffement de l’océan et de l’atmosphère.
Cette solution, rappellent ses défenseurs, ne prétend pas stopper le changement climatique. Elle cherche surtout à gagner du temps dans une région essentielle pour la faune (ours polaires, phoques, morses…) et les populations locales.
Au nord du détroit se trouve une zone où la banquise estivale pourrait subsister plus longtemps, un potentiel refuge pour les animaux et les hommes. Au sud, la polynie des eaux du Nord, ou Pikialasorsuaq, constitue également «un pansement», reconnaît le climatologue Mark Serreze.
Tout de même, renoncer à agir au motif que la disparition de la glace serait inévitable n’est pas acceptable pour Geoffrey Evatt, qui soutient ces recherches. «Ce n’est pas le monde dans lequel j’ai envie de vivre», conclut-il.
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