Sur le front des incendies de forêt : Un été marqué par les risques climatiques

L'Algérie a enregistré 193 incendies en 24 heures selon la Protection civile le 27 août, avec 147 foyers éteints et 46 encore actifs dans sept wilayas dont Jijel, Béjaïa et El Tarf.
L'expert météorologique Cheikh Ferhat relie cette intensité au changement climatique et avertit que la saison des feux peut se prolonger jusqu'en octobre avec des températures supérieures aux normales.
Les causes humaines, notamment les déchets et comportements imprudents, aggravent la vulnérabilité des forêts, dont la destruction cause un traumatisme écologique nécessitant des décennies pour se reconstituer.
La Protection civile prépare un retour d'expérience pour adapter le plan 2026, tandis que l'expert appelle à une responsabilité citoyenne accrue et à une éducation environnementale dès l'école.
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La priorité des secours a été la protection des populations. Des habitants ont été évacués des zones menacées, tandis que les équipes intervenaient simultanément pour protéger les infrastructures, les habitations et le cheptel.
L’Algérie traverse une période particulièrement difficile sur le front des incendies de forêt. Selon le bilan communiqué le 27 août par la Protection civile, 193 incendies ont été enregistrés durant les dernières 24 heures à travers plusieurs wilayas. Les équipes d’intervention ont réussi à éteindre 147 foyers, tandis que 46 autres restaient en cours d’extinction, notamment à Jijel, Béjaïa, El Tarf, Sétif, Annaba, Souk Ahras et Tlemcen.
La situation a été marquée par une propagation rapide des flammes, une forte intensité thermique ainsi que d’importants dégagements de fumée. Pour y faire face, d’importants moyens humains et matériels ont été mobilisés, avec la participation de la Protection civile, de l’Armée nationale populaire, des services des forêts, des services agricoles et des collectivités locales.
La priorité des secours a été la protection des populations. Des habitants ont été évacués des zones menacées, tandis que les équipes intervenaient simultanément pour protéger les infrastructures, les habitations et le cheptel.
Pour Cheikh Ferhat, expert en météo qui intervient régulièrement sur les chaînes de radio et télévision, cette multiplication des phénomènes extrêmes doit être replacée dans le contexte plus large du changement climatique. «On ne peut pas continuer à combattre la nature comme si elle était notre adversaire. Il faut apprendre à composer avec elle et surtout écouter les spécialistes.» Selon lui, l’expérience des professionnels de la lutte contre les incendies, les inondations et les autres risques naturels doit être davantage intégrée dans les politiques de prévention et d’anticipation. L’expert souligne également que l’Algérie n’est pas seule face à cette évolution. «Ce n’est pas uniquement l’Algérie qui vit ces problèmes», rappelle-t-il, en évoquant les incendies et catastrophes naturelles observés récemment dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Une saison des incendies qui peut se prolonger jusqu’en octobre. Cheikh Ferhat appelle, par ailleurs, à ne pas considérer la fin du mois d’août comme la fin de la période à risque. «L’été est encore long. Aujourd’hui, nous pouvons considérer que la période estivale s’étend pratiquement jusqu’au mois d’octobre, avec des journées où les températures peuvent rester supérieures aux normales.» Cette évolution impose, selon lui, de maintenir la vigilance des citoyens et les dispositifs de surveillance et d’intervention. Les déplacements vers les zones montagneuses et forestières doivent notamment s’accompagner d’une plus grande prudence.
Une saison qui se prolonge jusqu’en octobre
Pour l’expert, les conditions climatiques ne peuvent cependant expliquer à elles seules l’ampleur des incendies. L’action humaine joue également un rôle déterminant. L’accumulation de végétation sèche augmente la vulnérabilité des forêts, tandis que les déchets abandonnés, les comportements imprudents ou le non-respect des règles de prévention peuvent favoriser le déclenchement des feux. «L’homme est à l’origine d’une partie de ces problèmes parce qu’il n’a pas suffisamment pris soin de la nature», estime Cheikh Ferhat, appelant à développer une véritable culture environnementale. Cette sensibilisation doit commencer dès l’école. «Il faut apprendre aux enfants à connaître la forêt, à comprendre les arbres et surtout à les aimer», insiste-t-il.
Au-delà des pertes matérielles, les incendies constituent un traumatisme écologique. La destruction des arbres et de la végétation entraîne également la disparition ou le déplacement de nombreuses espèces animales. «Quand on traverse une forêt et qu’on voit des arbres et parfois des animaux brûlés, cela nous touche profondément», témoigne l’expert, qui rappelle également les conséquences sur les sols. Une forêt ne se reconstitue pas en quelques années. Plusieurs décennies peuvent être nécessaires pour retrouver un véritable écosystème forestier, alors que la disparition du couvert végétal expose davantage les sols à l’érosion lors des épisodes de fortes pluies.
Du côté de la Protection civile, cette saison doit également faire l’objet d’un «retour d’expérience approfondi». Après chaque intervention, une analyse est menée afin d’identifier les points positifs, mais aussi les éventuelles insuffisances en matière de moyens, de coordination, de stratégies et de dispositifs opérationnels. Ces données serviront à préparer le plan préventif de lutte contre les incendies de la prochaine saison et à adapter les moyens aux réalités observées en 2026.
Mais la prévention ne relève pas uniquement des institutions. Le citoyen constitue lui aussi un acteur essentiel. Ne pas jeter de déchets en forêt, éviter tout comportement pouvant provoquer un départ de feu, respecter les consignes de sécurité et signaler rapidement toute fumée suspecte sont des gestes simples mais déterminants.
Pour Cheikh Ferhat, la réponse passe finalement par un changement de rapport à l’environnement : «Nous devons apprendre à vivre avec la nature, à l’aider et à la protéger, plutôt que de la considérer comme quelque chose dont nous pouvons disposer sans conséquences.» Dans un contexte où les épisodes climatiques extrêmes deviennent plus fréquents et où la période à risque tend à s’allonger, l’Algérie devra donc conjuguer anticipation, moyens d’intervention, prévention et responsabilité citoyenne pour mieux protéger ses forêts et ses populations.
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