Les trois visages de la souveraineté africaine

Un vent de souveraineté resource traverse l'Afrique subsaharienne, où trois voies distinctes émergent pour reprendre le contrôle des richesses minières.
Au Sahel, le Mali, le Niger et le Burkina Faso nationalisent leurs mines et arrachent des accords financiers majeurs aux multinationales occidentales. Le Sénégal et la RDC privilégient la renégociation contractuelle sans rupture diplomatique, révisant contrats pétroliers, gaziers et miniers. La Namibie, le Zimbabwe et la Guinée interdisent l'exportation de minerais bruts pour imposer la transformation locale sur leur sol. Ces stratégies convergent vers un même objectif : faire irriguer les ressources du sous-sol les caisses de l'État avant d'enrichir des actionnaires étrangers.
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Un vent nouveau traverse l’Afrique subsaharienne.
De Bamako à Niamey, en passant par
Ouagadougou, Dakar ou Kinshasa, un même
mot revient dans la bouche des dirigeants :
souveraineté.
Cette dynamique inédite ne se décline
pourtant pas d’une seule voix; elle emprunte au moins
trois chemins distincts, qui dessinent ensemble une
reconfiguration profonde du rapport entre le continent et
les grandes puissances géopolitiques.
Le premier chemin est celui de la rupture. Au Mali, au
Niger et au Burkina Faso, les nouvelles autorités ont fait
de la reconquête des ressources souterraines un acte
fondateur. Bamako a porté à 35% la part de l’Etat dans
les projets miniers, arrachant au canadien Barrick Gold
un accord chiffré à 430 millions de dollars. Niamey a
nationalisé la Somaïr (détenue à 63% par Orano) au
profit de la société publique Tsumco.
Ouagadougou a
transféré à la Sopamib les actifs de plusieurs sociétés
minières, jusqu’à créer la première mine d’or entièrement
publique du pays. Ensemble, ces trois Etats
esquissent une véritable matrice sahélo-saharienne de la
souveraineté.
Les chancelleries occidentales y voient un
nationalisme des ressources brutal ; pourtant elles ne
font qu’appliquer chez elles ce que la Norvège applique
à son pétrole ou le Canada à ses terres rares.
Cette doctrine rappelle la nationalisation algérienne des hydrocarbures
de 1971 ; un précédent historique qui inscrit
l’AES dans une généalogie souverainiste bien plus
ancienne que la seule rupture avec la Cédéao.
Le second chemin est celui de la réforme sans rupture.
Le Sénégal en offre l’exemple le plus abouti : renégociation
des contrats pétroliers et gaziers, réévaluation
des accords de pêche jugés déséquilibrés avec l’UE,
volonté de réformer de l’intérieur le franc CFA. La RDC
suit une trajectoire comparable, en exigeant la renégociation
des contrats de cobalt et de cuivre pour forcer le
raffinage local. Entre l’AES et ces voies institutionnelles,
la divergence est moins idéologique que méthodologique
: nationalisation et rupture diplomatique d’un
côté, renégociation contractuelle et maintien des équilibres
traditionnels de l’autre.
Le troisième chemin, enfin, est géoéconomique. La
Namibie et le Zimbabwe ont interdit l’exportation de
lithium brut, contraignant les investisseurs à bâtir des
usines de transformation sur place. La Guinée impose
désormais des usines d’alumine locales plutôt que l’exportation
de bauxite brute. Cette «guerre des minerais»
s’inscrit dans un basculement à large spectre : à mesure
que la transition énergétique mondiale rend le lithium,
le cobalt et les terres rares plus stratégiques que jamais,
l’Afrique des ressources refuse de n’être qu’un réservoir
de matières premières.
Ce mouvement se prolonge sur le plan financier avec la
multiplication des fonds souverains africains, du Ghana
au Kenya, portés par l’Union africaine pour financer le
développement par des ressources domestiques (fonds
de pension, crédits carbone) et s’émanciper des institutions
financières multilatérales.
Trois voies, donc, mais une même intuition : la richesse
du sous-sol africain doit désormais irriguer les caisses
de l’Etat avant d’enrichir des actionnaires étrangers. Ce
n’est pas une question rhétorique ; c’est l’expression
d’un nouveau contrat, que l’Afrique subsaharienne,
dans sa diversité de méthodes, est en train d’écrire elle même
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