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Contraintes techniques, sécurité aérienne : Pourquoi les bombardiers d’eau n’opèrent pas de nuit

Par M. F. Gaïdi5 min de lecture
Contraintes techniques, sécurité aérienne : Pourquoi les bombardiers d’eau n’opèrent pas de nuit
Résumé IA

À Jijel, les bombardiers d'eau (AT-802, Be-200) et hélicoptères lourds n'ont pas pu opérer de nuit ni lors des pics d'incendie, en raison de contraintes techniques et météorologiques cumulées.

Les vents de 80 à 100 km/h, la fumée, les turbulences et l'absence de repères visuels la nuit rendent ces missions de vol à très basse altitude trop dangereuses pour les équipages.

Le Premier ministre Sifi Ghrieb a confirmé que ces conditions avaient empêché l'engagement des avions au plus fort des embrasements, avant une stabilisation de la situation vendredi.

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A Jijel, la lutte aérienne contre les incendies repose sur les AT-802, les bombardiers d’eau Be-200 et les hélicoptères lourds type M-26.

Ces moyens apportent une capacité de frappe considérable durant la journée, mais la nuit demeure un angle mort opérationnel pour les largages aériens à basse altitude, contraignant les secours à s’appuyer davantage sur les moyens terrestres jusqu’à la reprise des opérations aériennes. Les vents de 80 à 100 km/h ont empêché, en effet, l’engagement des avions bombardiers d’eau au plus fort des incendies.

A cette contrainte météorologique se sont ajoutées la fumée, les turbulences et, avec la tombée de la nuit, la disparition des repères visuels indispensables aux équipages qui évoluent à très basse altitude. Les missions de lutte aérienne contre les feux de forêt comptent en effet parmi les plus exigeantes de l’aviation. «Un Canadair doit plonger à quelques dizaines de mètres du sol, survoler des crêtes et des vallées encaissées, larguer avec précision plusieurs milliers de litres d’eau sur un front de flammes, puis effectuer un écopage à la surface d’un lac ou de la mer avant de repartir vers le foyer», explique un pilote espagnol, cité dans la presse ibérique. En effet, cette mission repose largement sur le vol à vue, avec une référence constante au relief, à l’eau et aux obstacles. Lorsque la visibilité se dégrade, que le vent devient violent ou que la turbulence s’intensifie, les marges de sécurité se réduisent brutalement. La nuit, cette difficulté atteint un niveau supplémentaire. C’est précisément ce qui s’est produit à Jijel. Interrogé sur la non-utilisation des avions bombardiers d’eau durant les pics de l’embrasement, le Premier ministre Sifi Ghrieb a confirme : «Les conditions météo étaient difficiles hier et avant-hier (mercredi et jeudi, ndlr). Des vents de 80-100 km/h n’ont pas permis l’utilisation des avions, mais aujourd’hui (vendredi, ndlr), nous avons pu intervenir avec ces appareils, et la situation s’est stabilisée.»

Une référence visuelle constante

Derrière cette déclaration se trouve une réalité opérationnelle bien connue des services de lutte contre les incendies. Les Canadair et les autres avions bombardiers d’eau sont généralement des moyens diurnes, et leur emploi devient fortement contraint dès que la visibilité, le vent ou la turbulence ne permettent plus de garantir la sécurité d’un vol à très basse altitude. La difficulté tient d’abord à la nature même des manœuvres effectuées par les équipages. Les avions doivent approcher les fronts de flammes à très basse altitude, survoler des zones accidentées, franchir des reliefs, éviter des lignes électriques et larguer leur cargaison avec une extrême précision. Pour les bombardiers d’eau, l’écopage ajoute une séquence particulièrement délicate. L’appareil doit venir au contact de la surface d’un lac ou de la mer afin de remplir ses réservoirs en quelques secondes, tout en maintenant une trajectoire et une vitesse parfaitement maîtrisées.

Ces opérations nécessitent une référence visuelle constante au sol, à l’eau et aux obstacles. Les règles applicables au vol à vue de nuit sont beaucoup plus exigeantes que celles qui prévalent en journée, notamment en matière de visibilité et de plafond nuageux. Elles imposent également au pilote de conserver des références suffisantes sur son environnement. Or, lors d’un feu de forêt, ces conditions sont déjà difficiles à réunir de jour. La fumée peut réduire brutalement la visibilité, tandis que les turbulences thermiques et les cisaillements de vent provoqués par le front de feu peuvent rendre le pilotage particulièrement instable. La nuit, l’absence de repères fiables accroît encore le risque de désorientation spatiale et de collision avec le relief ou des obstacles invisibles.

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