Culture

Peintres orientalistes inspirés par l’Algérie Les espaces vivants de Constant Louche

Par Amnay Idir6 min de lecture
Peintres orientalistes inspirés par l’Algérie  Les espaces vivants de Constant Louche
Résumé IA

Le peintre orientaliste français Constant Louche (1880-1965), né et formé à Alger, a étudié à l'École des beaux-arts de Paris avant d'exposer régulièrement ses œuvres à partir de 1907.

Ses huiles sur toile de format panoramique représentent des paysages du sud algérien, où dominent des dégradés d'ocres, de sables, de roses et de bleus.

Silhouettes en burnous blanc, caravanes de chameaux, tentes nomades et palmiers s'intègrent au paysage par la lumière et la couleur, sans contours rigides.

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Par Amnay Idir

Peintre orientaliste français né et formé à Alger, Constant Louche (1880-1965) part à Paris pour intégrer l’Ecole des beaux-arts, grâce à d’une bourse d’études.

Dès 1907, il commence à exposer régulièrement ses œuvres à Alger. Dans les années 1920, il donne des cours d’art directement à son domicile. Ses sujets de prédilection sont des scènes de genre et surtout les paysages du sud algérien. Ses compositions (celles consacrées au Sahara algérien) pour la plus part exécutées avec la technique d’huile sur toiles de format panoramique, sont caractérisées par l’harmonie des couleurs où se côtoient des dégradés d’ocres, de sables, de roses, de blancs nuancés et de bleus ; il applique de petites touches juxtaposées qui attirent la lumière ; la présence humaine, souvent des silhouettes drapées dans des burnous blancs, des cavaliers, des campements de tentes ou de caravanes de chameaux, est discrète, est intégrée à la composition pour traduire l’immensité de la nature.

De petites silhouettes humaines ou des cavaliers au pied de pitons ou au milieu de dunes mettent en évidence la majesté de la nature du sud algérien. Elles capturent l’effet de la lumière sur les étoffes colorées et l’atmosphère vibrante du moment. Comme elles sont souvent en action : une caravane en marche, des femmes puisant de l’eau à l’oued, des bergers menant un troupeau. Les visages sont présentés sans traits, ou en masses de couleurs. Les vêtements (le burnous ou le haïk) sont peints pur la plupart en blanc ou en grège créant des contrastes lumineux avec les ocres des paysages.

L’architecture reflète la lumière et sert de prolongement naturel du paysage. Les toits, les volumes et les lignes droites des murs structurent la toile en formes qui contrastent avec les lignes organiques des palmiers ou des montagnes. Un mur blanc peut refléter le ciel, le crépuscule ou le sable. Les lignes horizontales des tentes sont en harmonie avec la forme des dunes. Les tentes traduisent le mouvement et le rythme de la vie. Des silhouettes vêtues de burnous blancs placées à côté ou devant l’ouverture des tentes produisent du contraste juxtaposé entre l’ombre de celles-ci et la blancheur éclatante des vêtements. En revanche, les personnages font corps avec leur environnement.

Essence des éléments naturels

Souvent regroupés, les palmiers, constituent des éléments structurels du paysage, au même titre que l’eau des oueds ou le sable des dunes. Leurs troncs élancés rompent perpendiculairement les lignes du paysage et créent ainsi des repères verticaux. L’essence du palmier est lié à la présence humaine : presque toujours à ses pieds sont placés des femmes et des enfants, des caravaniers à l’arrêt ou des campements de tentes.

L’eau des oueds est représentée comme un courant calme et presque stagnant miroitant les teintes alentours et se métamorphose ainsi en source de lumière. Le cours d’eau est utilisé pour créer les lignes de fuite et la perspective naturelles. Les chameaux sont alignés l’un derrière l’autre pour former une ligne diagonale. La caravane introduit la notion de temps et du mouvement à la composition : elle avance d’un rythme lent et régulier et suit souvent la même trajectoire que le lit de l’oued ou le bas d’une dune. Le trait consiste en la rencontre des couleurs et des contrastes d’ombres, ce qui donne une impression de mouvement et de vibration thermique. Il n’enferme pas la forme mais organise l’espace et accentue l’immensité du ciel et de la terre. L’architecture des maisons et la végétation perdent de leur rigidité linéaire pour se fondre dans des atmosphères colorées. Le lit de l’oued est délimité par des lignes courbes, fuyantes et serpentées et impose un mouvement fluide au milieu de l’immobilité minérale du paysage.
La forme est une entité vivante et changeante qui provient de la lumière et de la couleur évitant de ce fait les contours géométriques rigides. Les silhouettes, les tentes de nomades ou les maisons en pisé semblent vibrer sous l’effet du soleil.

Le sujet se fond dans son environnement : une silhouette drapée dans un burnous blanc ou une maison ocre s’intègre chromatiquement à la terre, d’où l’unité visuelle de la composition. Le détail est soumis à la lumière. Les personnages sont suggérés : les visages des nomades sont dépourvus de trait ou de formes précises ; les silhouettes et leurs vêtements expriment le mouvement et la vie.

Les transitions lient les éléments du tableau sans coupure brutale, par des dégradés de lumière et de matière qui concilient la rigueur des volumes et les zones lumineuses d’une manière à ce que la forme s’arrête où la nuance change ;le vide est une force active. Il incarne la force de la vie, le silence et l’immensité de l’espace saharien. Une minuscule caravane donne la sensation de la marche et l’immensité de l’espace devient la route que ses personnages parcourent, le temps qui passe et le mouvement de la vie; il fait jaillir la moindre trace d’existence ; il représente cette force invisible, à savoir la chaleur, laquelle impose le rythme des hommes et de la nature.

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