Détroit d’Ormuz : Un accord avec Oman sans les Américains

Le président iranien Massoud Pezeshkian a annoncé un accord avec Oman sur un corridor maritime à travers le détroit d'Ormuz, conditionné au respect par Washington du mémorandum d'entente signé à Islamabad en juin dernier.
Donald Trump a déclaré le 8 juillet ne plus reconnaître cet accord, après des attaques iraniennes contre des navires ayant tenté de franchir le détroit sans autorisation, plongeant les négociations dans l'impasse.
Le Centcom a indiqué avoir dévié 82 navires commerciaux, mis hors service 3 et abordé 2 dans le cadre du blocus naval, tandis que Washington a lancé une guerre économique d'une ampleur inédite contre Téhéran.
La première mesure concrète a frappé la banque publique égyptienne Misr, dont la branche émiratie a été exclue du système financier américain pour ses échanges avec l'Iran.
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Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a affirmé vendredi soir, lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision officielle, que l’Iran et Oman sont parvenus à un accord sur un corridor maritime à travers le détroit d’Ormuz.
M. Pezeshkian a toutefois conditionné une nouvelle fois la réouverture totale du détroit par le respect par les Etats-Unis de leurs engagements consignés dans le Protocole d’accord conclu en juin dernier entre Téhéran et Washington sous médiation pakistanaise. «Nous sommes parvenus à un accord avec Oman sur l’itinéraire de passage à travers Ormuz et, si les Etats-Unis respectent leurs engagements dans le cadre du mémorandum d’entente, nous rouvrirons le détroit», a assuré le leader iranien, selon des propos rapportés par l’agence IRNA. Massoud Pezeshkian a ajouté : «Nous assurons actuellement le suivi de cette question. Si les Etats-Unis respectent leurs engagements concernant la levée des sanctions et du blocus, le déblocage des avoirs, le lancement des investissements et la fin de la guerre au Liban, nous rouvrirons le détroit d’Ormuz.»
De son côté, le président américain, Donald Trump, avait déclaré le 8 juillet qu’il ne reconnaissait plus l’accord d’Islamabad du 17 juin, martelant que le cessez-le-feu et les pourparlers avec l’Iran «sont terminés». Cela faisait suite à des attaques de la part de la marine des Gardiens de la révolution contre des navires ayant essayé de franchir le détroit d’Ormuz sans l’aval des autorités iraniennes. Depuis cette date, les négociations entre les deux parties sont au point mort. Et après une reprise des hostilités qui a duré 13 jours, une nouvelle phase dans la crise a suivi, marquée par l’annonce d’une guerre économique et un «embargo sans précédent» contre la République islamique. Ces sanctions financières, «d’une ampleur inédite» selon Trump et son secrétaire au Trésor Scott Bessent, vont également toucher les partenaires commerciaux de l’Iran, a averti Washington.
82 navires déviés par l’armée américaine
La guerre économique annoncée vient s’ajouter à un blocus naval contre les ports et les navires marchands iraniens. Hier, le Commandement central de l’armée américaine au Moyen-Orient (Centcom) a déclaré que jusqu’à vendredi «les forces du Centcom ont redirigé 82 navires commerciaux, mis hors service 3 et abordé 2 pour garantir le respect des règles», en parlant du blocus américain contre l’Iran.
Malgré ce blocus maritime asphyxiant, l’Iran n’entend pas desserrer l’étau autour du détroit d’Ormuz et continue donc de mener des discussions avec Oman, l’autre Etat riverain au niveau du détroit, afin de parvenir à un «mécanisme de gestion de la navigation» à travers ce canal stratégique. L’agence Tasnim rapportait il y a quelques jours que l’Iran et Oman étaient parvenus à un «cadre par étapes visant à faciliter la reprise d’une navigation sûre dans le détroit d’Ormuz, tout en préservant les droits souverains des deux pays». Une déclaration commune a sanctionné les discussions engagées entre le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et son homologue omanais, Badr bin Hamad Albusaidi. «Le cadre proposé prévoit la mise en place d’un couloir de navigation temporaire conjoint à travers le détroit d’Ormuz ainsi qu’un accord pour la réalisation d’un projet commun de déminage du détroit. Des négociations techniques entre les deux parties se poursuivront en vue de convenir d’un couloir de navigation permanent et des modalités de gestion future du détroit, ainsi que d’un mécanisme d’échange d’informations, de gestion du trafic et de prestation des services de navigation et de sécurité appropriés», lit-on dans le communiqué, diffusé mercredi, qui a scellé cette rencontre.
Durcissement des sanctions économiques
Force cependant est de constater que même si cet accord entre Téhéran et Mascate venait à être conclu, le détroit d’Ormuz ne sera pas ouvert pour autant, ce qui implique une aggravation de la crise. L’Iran reste attaché aux termes du Protocole d’Islamabad, et Trump ne se sent plus lié par ce mémorandum. Et même si la Chine, la Russie et d’autres pays maintiennent leurs relations économiques avec Téhéran, il y aura tout de même un certain nombre de sanctions qui vont peser sur les Iraniens.
Ce vendredi, le gouvernement américain a décidé d’interdire l’accès au système financier US à la branche émiratie de la banque publique égyptienne Misr, accusée de pratiquer des échanges financiers avec l’Iran, selon le département américain du Trésor. «Il s’agit de la première action concrète prise par le gouvernement américain depuis l’annonce en début de semaine, par le secrétaire au Trésor Scott Bessent, de la volonté de couper Téhéran de ‘‘toutes les ressources économiques’’ afin de conduire l’Iran à ‘‘l’isolement total’’», note l’AFP. «Nous avons prévenu que ceux qui faciliteraient les choses pour l’Iran ne peuvent pas continuer à profiter de l’accès au dollar et au système financier mondial. La banque Misr EAU a choisi de le découvrir dans la douleur et aujourd’hui nous prenons la première décision visant à la tenir pour responsable de son soutien continu au régime iranien», a indiqué Scott Bessent dans un communiqué cité par l’AFP.
Des actions de ce genre vont se multiplier, avec des conséquences qui se feront de plus en plus sentir. Lors de son intervention télévisée vendredi soir, Massoud Pezeshkian a préparé l’opinion iranienne au durcissement des sanctions économiques. «Certains disent que les sanctions n’ont aucun effet ; à ces gens-là, je ne sais vraiment pas quoi répondre», a-t-il soupiré, selon des propos cités par l’AFP. Et le président iranien de lancer : «Nous sommes en situation de guerre, et nous devons accepter ces conditions de temps de guerre.»
M. B.
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