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Ce que l’Algérie attend de l’Europe

Par Cherif Lahdiri5 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'Algérie réclame la révision de l'Accord d'association algéro-européen signé en 2002, qu'elle juge structurellement asymétrique en raison d'un déficit commercial chronique.

Ce texte n'aurait jamais produit ses effets escomptés, puisque environ 90 % de ses clauses sont restées inappliquées, privant l'Algérie de plus de 700 milliards de dinars de recettes douanières durant la première décennie.

Bruxelles n'a pas encore répondu formellement à cette demande et avait même envisagé en 2024 une procédure contentieuse, illustrant la difficulté de l'Europe à pratiquer une coopération équitable avec ses voisins.

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El Watan

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Il y a des dossiers bilatéraux qui ne racontent qu’eux-mêmes. La révision de l’Accord d’association algéro-européen n’en fait pas partie. Sous l’apparence d’un différend commercial entre deux partenaires historiques se joue en réalité une question bien plus profonde : celle de savoir si l’Europe est capable de construire, avec l’Afrique, un rapport qui ne reproduise pas les logiques de rente héritées du siècle dernier.
L’axe Afrique-Méditerranée-Europe est encore à l’état de projet. Sur le papier, il dispose d’atouts indéniables : proximité géographique, passerelles linguistiques et complémentarités démographiques évidentes. Une Afrique jeune, en pleine expansion, mais qui pèse à peine 3% du PIB mondial, face à une Europe vieillissante, en quête désespérée de réindustrialisation. Sur le papier, tout devrait converger vers la coopération. Dans les faits, c’est l’Algérie qui, depuis l’arrivée de Abdelmadjid Tebboune, rappelle à Bruxelles que la théorie ne suffit pas. Car l’Accord d’association signé en 2002 et entré en vigueur en 2005 est précisément ce que ce projet de partenariat méditerranéen prétendait dépasser. Alger le juge structurellement asymétrique, et les chiffres lui donnent raison. Un déficit commercial chronique, des exportations hors hydrocarbures restées marginales, des investissements européens directs trop rares pour transformer l’économie algérienne, et plus de 700 milliards de dinars de recettes douanières envolées durant la seule première décennie d’application. Vingt ans après, environ 90% des clauses du texte (notamment celles censées activer la zone de libre-échange et soutenir l’investissement) n’auraient jamais été mises en œuvre. L’Accord existe sur le papier ; il n’a jamais vraiment produit ses effets positifs.
Ce qui rend ce dossier stratégique, c’est que l’Algérie de 2025 n’est plus celle de 2005. Diversification hors hydrocarbures dans l’agriculture, les mines, le ciment, l’agroalimentaire, une économie en pleine mue et qui a commencé à en poser les fondations. C’est cette Algérie-là qui demande une révision «point par point, menée sans rupture ni conflit, mais avec une fermeté assumée sur la souveraineté commerciale et industrielle du pays. Lorsque des responsables européens évoquent la circulation des personnes comme variable d’ajustement d’un futur accord, ils réduisent l’Algérie à une simple soupape migratoire. C’est mal lire le pays. Une économie qui diversifie sa production, qui renforce ses capacités industrielles et qui dispose d’une main-d’œuvre disponible n’a pas vocation à n’être qu’un réservoir démographique pour un continent vieillissant. Elle peut être un partenaire de coproduction, à condition que l’accord révisé active enfin ce qu’il n’a jamais mis en œuvre : investissement croisé, transfert de compétences, accès réel au marché européen pour les productions algériennes hors hydrocarbures. C’est là que se situe le véritable test. Bruxelles n’a, à ce jour, pas formellement répondu à la demande algérienne et avait même envisagé en 2024 une procédure contre l’Algérie pour restrictions présumées aux exportations européennes. Ce silence, puis cette tentation contentieuse, disent quelque chose d’essentiel : l’Union européenne sait théoriser la coopération équitable face aux blocs concurrents, mais peine à la pratiquer avec ses voisins les plus proches. L’Algérie ne demande rien d’extraordinaire, mais juste l’application effective d’un texte vieux de vingt et un ans, dans un esprit gagnant-gagnant qu’elle revendique elle-même sans détour. A l’Europe de décider si elle veut rester fidèle à un schéma Nord-Sud à bout de souffle, ou si elle est prête à faire de ce dossier algérien le premier chapitre écrit d’une relation véritablement équilibrée.

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