21e session extraordinaire de la conférence des chefs d’état et de gouvernement de l’UA : Tebboune : «L’Afrique doit reprendre en main sa sécurité»

Le président Tebboune, représenté par Nasri Azzouz au sommet extraordinaire de l'UA à Luanda, a alerté sur l'explosion du terrorisme en Afrique, qui concentre 63 % des victimes mondiales avec une hausse de 400 % des attaques en dix ans.
Il a appelé à une rupture radicale dans la gestion des crises, dénonçant l'incapacité de l'Union à appliquer ses propres textes et le recul de la volonté politique des États membres.
L'Algérie propose une feuille de route en quatre axes : renforcer la coordination des mécanismes existants, imposer une présence effective de l'UA sur le terrain, revenir à la médiation directe des chefs d'État, et lier indissociablement paix, sécurité, développement et action humanitaire.
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L’Afrique connaît une multiplication des foyers de tension, une aggravation des conflits prolongés, une intensification des guerres par procuration et des interventions étrangères ouvertes.
Réunie dimanche à Luanda, en Angola, pour la 21e session extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA), consacrée au renforcement des mécanismes de prévention et de règlement des conflits en Afrique, l’organisation panafricaine est confrontée à une équation sécuritaire de plus en plus préoccupante. Représenté par le président du Conseil de la nation, Nasri Azzouz, qui a prononcé son discours en son nom, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a placé la menace terroriste au cœur de son intervention, en s’appuyant sur des chiffres particulièrement alarmants. «Au cours de la dernière décennie, les attaques terroristes ont augmenté de 400% sur le continent, tandis que le nombre de décès qui leur sont imputables a progressé de 237%. L’Afrique concentre désormais à elle seule près de 63% des victimes du terrorisme dans le monde, alors que la région du Sahel et du Sahara représente plus de 51% de ces pertes. Plus de 17 000 Africains sont tués chaque année dans des actes terroristes, soit une moyenne de 46 morts par jour», a-t-il affirmé. Face à cette escalade, le chef de l’Etat a appelé à «une rupture avec les méthodes traditionnelles de gestion des crises». Le sommet de Luanda doit, selon lui, «offrir à l’UA l’occasion d’opérer une transformation radicale dans la manière de traiter les questions de paix et de sécurité sur notre continent», en passant effectivement «des approches traditionnelles à un mode d’action plus efficace et plus ferme» dans la prévention et le règlement des conflits.
Le diagnostic présidentiel s’inscrit dans un contexte régional et international qualifié de particulièrement «préoccupant et complexe». L’Afrique connaît une multiplication des foyers de tension, une aggravation des conflits prolongés, une intensification des guerres par procuration et des interventions étrangères ouvertes. A cette équation sécuritaire s’ajoute la persistance de dossiers liés à la décolonisation, dont le règlement demeure, pour Alger, une condition déterminante de la stabilité du continent.
La feuille de route d’Alger
Mais derrière l’ampleur des menaces, Abdelmadjid Tebboune pointe surtout «une faiblesse institutionnelle et politique de l’Afrique». Malgré les efforts engagés, l’UA reste, selon lui, reléguée à des rôles secondaires dans plusieurs initiatives et processus de paix conduits sur son propre continent. «Le problème fondamental ne réside pas dans l’absence de textes et de cadres institutionnels, mais dans l’incapacité à les mettre en œuvre et dans le recul de la volonté politique de respecter les engagements continentaux», a-t-il affirmé. C’est précisément sur ce déficit d’exécution que l’Algérie entend agir. La première recommandation avancée par le président Tebboune est de renforcer le dispositif continental de prévention sans multiplier les structures. Pour Alger, «la priorité doit être donnée à la coordination et à la complémentarité des mécanismes existants plutôt qu’à la création de nouvelles architectures institutionnelles susceptibles d’alourdir davantage le fonctionnement de l’organisation». Le chef de l’Etat préconise, ainsi, d’activer pleinement le système d’alerte précoce, de tirer le meilleur parti de l’Outil continental d’évaluation des risques et de consolider le rôle consultatif et diplomatique du Conseil des sages. Il appelle, également, à «accélérer l’activation complète du Fonds pour la paix de l’Union africaine et à lui assurer des ressources suffisantes et durables afin de financer les initiatives de prévention et la diplomatie préventive». Rétablir une présence effective de l’UA sur le terrain est le deuxième impératif. Dans la prévention comme dans le règlement des conflits, l’organisation doit, selon le président Tebboune, «imposer sa présence sur le terrain pour lutter contre les groupes terroristes et les réseaux de criminalité organisée» et être en mesure d’apporter simultanément une aide humanitaire urgente aux populations affectées. Cette présence doit, notamment, passer par le «déploiement effectif des représentants spéciaux du président de la Commission de l’UA, l’activation de la Force africaine en attente dans ses différentes composantes régionales et l’intensification des missions de terrain du Conseil des sages». Le troisième levier concerne le retour aux mécanismes politiques fondamentaux de l’organisation continentale. «Les bons offices des chefs d’Etat et de gouvernement constituent l’outil le plus efficace», a relevé M. Tebboune. Dans cette optique, il préconise que «la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement examine directement les crises africaines lors de ses sessions et réunions périodiques et que les dirigeants prennent eux-mêmes l’initiative de médiations directes auprès de leurs homologues, dans un esprit de fraternité et de solidarité africaines». Quant au dernier axe, il s’agit d’articuler étroitement la paix, la sécurité, le développement et l’action humanitaire. «Il n’y a ni paix ni sécurité sans développement, ni sécurité durable sans réponse aux catastrophes humanitaires», a-t-il insisté. L’Algérie appelle, ainsi, à une mobilisation collective autour des atouts du continent et à une action coordonnée avec les partenaires internationaux pour répondre à la situation dramatique de millions d’Africains. Les ressources de l’UA doivent, dans cette perspective, être orientées vers des projets concrets produisant un impact direct sur la vie des citoyens, tout en accordant une priorité particulière à l’autonomisation des jeunes et des femmes, que le président Tebboune considère comme «le socle de notre présent et la porte d’entrée de notre avenir».
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