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Le parcours du responsable du secteur de Kouriet de la wilaya III historique a été revisité : Said Louelh ou l’homme hantise des soldats et officiers coloniaux

Par R. C.•13 min de lecture
Brifa
Le parcours du responsable du secteur de Kouriet de la wilaya III historique a été revisité : Said Louelh ou l’homme hantise des soldats et officiers coloniaux
Résumé IA

L'association Tanekra a honoré Said Louelh, cinquième chef du secteur de Kouriet en Wilaya III, lors des anniversaires des offensives du Nord constantinois et du congrès de la Soummam.

Ancien commerçant promu chef de front puis adjudant, il assurait la logistique — fonds, courrier, recrutement — et hébergeait jusqu'à 400 maquisards avant l'incendie de sa maison et l'exil de sa famille.

Trahi par un agent double, il mourut en embuscade en février 1960 à 36 ans, son nom seul terrifiant les soldats coloniaux qui fêtèrent sa mort par des salves nocturnes.

Sa mère et sa tante avaient été torturées et mutilées des années plus tôt, leurs corps abandonnés aux bêtes sauvages avant son propre sacrifice au champ d'honneur.

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Said Louelh dit Sa n At Amar, du village Agouni-Fourrou, dans la région des Ouacifs, au sud de Tizi Ouzou,  était le 5e responsable du secteur de Kouriet de la Wilaya III historique, lui dont la seule évocation du patronyme suffisait à mettre dans tous ses états l’administration coloniale du village mais également à l’échelle de la région, une administration qui avait bruyamment fêté son assassinat.

Par Samir Ardjoum

Poursuivant son colossal et méritoire chantier de mémoire entrepris depuis quatre années, l’association culturelle Tanekra d’Agouni-Fourrou, dans la région des Ouacifs, au sud de la wilaya de Tizi Ouzou a mis à profit la célébration du double anniversaire, le 71e des offensives du Nord constantinois et du 70e anniversaire du congrès de la Soummam, a tenu à rendre un hommage à l’un des faiseurs et acteurs majeurs de la glorieuse  guerre de libération nationale au niveau de la cette région de la wilaya III historique. Il s’agit de Said Louelh auquel d’aucuns n’auraient prédit un rôle aussi important dans le déroulement de la guerre de Libération nationale.

Pourtant, dans tous les témoignages recueillis dans le sillage de ce chantier de mémoire mais aussi lors de cet hommage auquel ont pris part les membres de la famille du défunt martyr, il n’y a pas eu un seul qui ne l’évoque pas. Ainsi, avant le début de la révolution, dda Said, comme aimaient l’appeler tous les villageois, possédait un commerce à Bir Ghbalou, dans la wilaya de Bouira. Sa femme, nna Ouerdia, nous confiait avant sa mort il y a quatre ans de cela,  que les affaires ne marchaient pas bien en raison de ses nouvelles fréquentations parmi des hommes politiques qui concoctaient le déclenchement de la révolution armée.

Ce brave homme a eu à se marier à trois reprises, chose qui était loin d’être due à un quelconque caractère difficile à supporter par ses successives partenaires, mais c’était dans la logique de la quête des siens après une descendance, de préférence mâle à même de pérenniser la famille réduite à sa seule personne. Il n’a eu, en effet, de progéniture qu’avec sa dernière femme dont nous nous étonnons de la survivance et de celle, par ailleurs de ses deux enfants face aux péripéties ayant jalonné leur vie à la mort au champ d’honneur de leur protecteur. 

Bien avant la guerre, notre valeureux combattant avait le sens des affaires et surtout un sens sans égal d’organisation qui ont fait qu’il n’hésitait pas à se lancer dans des projets qui exigeaient courage et surtout assurance et confiance en soi. Après la fermeture de son commerce à Bir-Ghbalou, il acquerra un petit camion et se lancera dans le transport des matériaux de construction, activité qu’il abandonnera le temps d’un séjour en France.

La guerre de libération nationale était à ses premiers pas et Said Louelh y était finalement impliqué. Ceci dit, son activité tenue quelque temps en secret sera sue des autorités coloniales qui lui subtiliseront sa CNI (carte nationale d’identité) lors d’un rassemblement général des villageois au camp militaire. Cet événement le marquera et sera le tournant dans son parcours de combattant. Il rejoindra directement le maquis, abandonnant tout jusqu’à son camion aux Ouacifs que la soldatesque coloniale récupérera plus tard.

Et rapidement, il se distinguera parmi ses frères de combat pour se voir propulser Chef de front. Ce fut lors d’un conclave tenu au lieudit Tamazirt n At-Brahim en présence du Commandant Abderrahamne Mira, affirme plus d’un parmi ceux qui nous ont livré des témoignages à son sujet. Un congrès qui a vu la participation, outre de maquisards, de collaborateurs civils dont certains ont été nommés comme sages du village. Promu adjudant, il sera désigné chef du secteur de Kouriet, devenant, ainsi, le 5e responsable de ce secteur tant redouté appelé secteur llah irrahmou, succédant ainsi, à Si Ouali, de Tizit de la région de Ain el Hemmam.

Et parallèlement à ses activités proprement militaires, le jeune Chef avait la délicate mission de travailler en contact direct d’avec les populations en ce sens qu’il se chargeait en personne de la collecte et de la distribution de l’argent pour les familles des martyrs et celles des maquisards dans le besoin, de l’acheminement du courrier et du recrutement des hommes de troupe.

Ce que confirmera nna Saada, une vieille de 85 ans qui affirmera que le défunt chef révolutionnaire traitait directement avec sa défunte mère qui servait d’intermédiaire entre lui et Hacène Labadi, un révolutionnaire discret du village qui procédait à la collecte de ces fonds à travers ses nombreuses et régulières pérégrinations dans la pays qu’il écumait avec son véhicule, lui qui exerçait comme transporteurs de voyageurs. Une activité qui lui sera fatale puisqu’elle lui vaudra d’être assassiné près des Ouacifs par la soldatesque coloniale. .  

Aussi, la maison de Said Louelh, sise au quartier Buciker, ajoute encore nna Saada, ne servait-elle pas de refuge pour les maquisards qui s’y reposaient et s’y ravitaillaient en diverses provisions. Elle confie, fort-à-propos, recevoir régulièrement un grand nombre de combattants, parfois jusqu’à 400. Pour ce faire, toute la famille, sa mère, sa campagne et ses deux enfants étaient constamment en déplacement pour fuir d’éventuelles représailles de l’administration coloniale.

Ce qui, d’ailleurs, ne tardera pas à intervenir puisque le domicile familial finira bien par être incendié tout comme le quartier sera évacué le même jour pour avoir été déclaré entièrement zone interdite. Si les villageois étaient concentrés au niveau du quartier Taddart, la famille à dda Said dut végéter longtemps de Bouabderrahmane chez la belle famille en passant par At-Wihlan et At-Abdellali pour ne revenir à Agouni-Fourrou qu’à quelques encablures de l’indépendance, une fois le mari et le père qu’il fut tombé au champ d’honneur dans une souricière concoctée par l’ennemi de connivence, fort malheureusement, avec un de ses plus proches collaborateurs.

C’était le 20 février 1960, certains parlent de l’hivers 1958, et ce jour, Said Louelh devait venir à At-Wihlan pour les besoins de la collecte et de la répartition de l’argent et, à l’occasion, pouvoir rencontrer sa petite famille arrivée la veille chez sa belle-sœur.

La virée n’était pas dans le secret de l’administration coloniale, mise au parfum et dans le moindre détail, par un agent double qui travaillait en étroite collaboration avec lui. L’embuscade qui lui fut tendue lui fut, d’ailleurs, fatale mais pas aussi facilement comme prévu. Atteint de plusieurs balles, il réussira, néanmoins, à sauver la documentation qui était sur lui en la remettant à ses compagnons qui ont pu, eux, échapper, aux tirs nourris des soldats ennemis.

Non contents de l’avoir mortellement touché, ces derniers l’achèveront d’une rafale de balles au lieudit près de l’école primaire d’Iger Adloune, en contrebas des At-Wihlane, près du village voisin d’Ait-Toudert, affirme son fils-ainé Farid qui dit tenir ce témoignage d’un vieux qui était témoin oculaire de la scène. Et toute la nuit, dit-on encore, les soldats français ne cessaient de lancer des salves en l’air comme pour «célébrer» comme il se devait ce haut fait d’arme, criant à tue-tête : «Nous avons eu le l’adjudant». Son corps sera récupéré pour être mis en terre le lendemain au cimetière d’Ighil n At-Amar.

Des années avant, sa mère nna Tawadart n At-Amer et sa tante paternelle nna Saada n’At Amer avaient subi bien d’exactions et de tortures jusqu’à en mourir de la pire des manières, sa génitrice s’étant vue couper un de ses seins. Et leurs corps, ou ce qui en restait pour avoir été sommairement enterrés, étaient livrés à la merci des animaux sauvages.

Avec la mort au champ d’honneur de dda Sa N At Amer à 36 ans, et dont l’évocation du nom suffisait à ébranler l’assurance et la quiétude des soldats coloniaux et de leurs supérieurs installés au village et au-delà, la révolution venait de perdre l’un de ses artisans les plus déterminés.
La mémoire de dda Sa n At Amer sera perpétué par un neveu qui porte fièrement son prénom et son om trône depuis le 11 décembre dernier, au fronton du centre de santé de son village, Agouni-Fourrou.  

A propos du Secteur de Kouriet

Le congrès de la Soummam, tenu du 13 au 20 août 1956 dans le village d’Ifri, dans la wilaya de Béjaia, a conféré à la révolution armée entamée près de deux ans auparavant, une organisation et une structure qui lui ont permis une assise nationale et une présence à l’international. Ceci en la dotant d’organes de délibérations et d’organisation comme le conseil national de la révolution algérienne (CNRA) et le comité de cooordination et d’exécution (CCE). Une organisation qui a fait dire à Ali Lounici, officier de l’ALN (armée de libération nationale) dans la wilaya IV qu’on avait «le sentiment que nous avions déjà un Etat».
Ainsi, après ce congrès, le pays est divisé en six «wilayas» ou états-majors, chaque wilaya est divisée en zones, chaque zone est divisée en régions et chaque région est divisée en secteurs.

Les territoires de chacune des wilayas, zones et secteurs sont découpés et les limites définitivement tracées. Alger et ses proches banlieues bénéficient d’un statut particulier avec celui de zone autonome qui lui a été attribué.

Aussi, chaque wilaya est dirigée par un conseil de wilaya sous l’autorité d’un colonel, chef politico-militaire, assisté de trois adjoints avec le grade de commandant, chargés des différentes missions : militaire, politique, renseignements et liaisons. La zone est dirigée par un capitaine assisté de trois lieutenants, prenant chacun en charge les différentes missions. La même organisation est appliquée au secteur dont le commandant est un adjudant assisté de trois sergents chefs.

Concernant le secteur de Kouriet dont dépend territorialement notre village, il s’étend sur une assez large surface géographique. Il comprend, ainsi, les territoires actuels des communes d’Ait-Toudert, d’Ait-Boumehdi, de Ouacifs, et des At-Yenni en plus du territoire du village des At-Ergane dépendant actuellement de la commune d’Agouni-Gueghrane.

C’était un secteur fort redouté au vu des acteurs de la révolution et ceux ennemis qui y ont opéré mais aussi du relief fortement accidenté, à la fois boisé et rocailleux, avec, en sus, des terrains nus et découverts et donc, très dangereux et périlleux. Ce qui a fait qu’il a été frappé de la triste épithète de secteur «llah irahmou» au vu du très élevé nombre de maquisards qui y ont laissé leur vie ou qui y ont été blessés. Il est aussi appelé lieu ogre mangeur d’hommes. Le secteur de Kouriet est le deuxième de la région I, de la zone IV de la wilaya III historique.

Il était tenu par un adjudant comme chef épaulé par trois adjoints : un sergent-chef comme adjoint politique, un sergent-chef comme adjoint militaire et un sergent-chef adjoint en charge des liaisons et du renseignement. Une organisation mise en place lors du congrès de la Soummam qui avait donné un nouveau souffle à la révolution entamée un peu moins de deux ans auparavant.

Et parmi les 7 adjudants-chefs qui se sont succédé à la tête de ce secteur, le 5e est Said Louelh dit Sa n At-Amer qui a succédé à Si Ouali du village de Tizit avant qu’il ne cède, à son tour, la place à Si Saadi des At-Ouabane à sa mort au champ d’honneur le 20 février 1960.

Par ordre d’occupation de ce poste de chef de secteur de Kouriet, Salem Hachoud  de Tizi-Mellal était le tout premier, suivi après sa mort, par Ammi Ali des At-Ouabane auquel a succédé Si-Ahmed le Boxeur de Tirourda. Le 4e adjudant fut Si Ouali de Tizit qui a été remplacé par Si Said n’At Amar des At-Chebla qui, à sa mort, a cédé le poste à Si Saadi des At-Ouabane auquel le tout dernier responsable dudit secteur de Kouriet, le 7e adjudant Si Ahcène de Timeghras, a succédé jusqu’au recouvrement par le pays de son indépendance nationale.

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