Incendies de forêt : Le drame invisible sur la faune sauvage

Les incendies d'août dans l'est de l'Algérie ont exposé environ 40 espèces de mammifères, plus de 100 espèces d'oiseaux, 30 espèces de reptiles et amphibiens, et des milliers d'invertébrés, selon le Dr Mourad Ahmim.
La destruction des forêts de chênes-lièges cède la place à un maquis pyrophile inflammable, piégeant Jijel, Béjaïa et Skikda dans un cycle de feux répétés et générant des conflits avec les animaux déplacés.
Le chercheur recommande la création d'un dispositif de secours pour la faune sauvage, l'installation de points d'eau et l'apport de nourriture en forêt pour les animaux rescapés.
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La gravité des incendies de ce mois d’août se traduit par des effets immédiats et à long terme, comme le remplacement de l’écosystème forestier par la destruction des massifs de chênes-lièges qui laisse place à un maquis pyrophile ouvert (bruyères, cistes, calicotome), qui est un milieu altéré et nettement plus inflammable, piégeant la région dans un cercle vicieux de feux répétés.
Dans la couverture actuelle des incendies, l’attention est naturellement portée sur les victimes humaines, les habitations détruites et les dégâts matériels. Or, la faune paie également un lourd tribut, souvent invisible et très peu documenté.
En effet, selon le Dr Mourad Ahmim, enseignant-chercheur en écologie et environnement à l’Université de Béjaïa, tous les animaux qui fréquentent la forêt et qui y habitent ont été exposés au danger des flammes. «D’après les recherches, on compte approximativement 40 espèces de mammifères forestiers, plus de 100 espèces d’oiseaux forestiers, 30 espèces de reptiles et amphibiens et les invertébrés sont représentés par plusieurs dizaines de milliers d’espèces», affirme-t-il. C’est pourquoi, le Dr Ahmim estime essentiel de se mobiliser et rechercher s’il n’y a pas d’animaux encore agonisants qu’il faudra secourir. D’ailleurs, de nombreux bénévoles se sont mobilisés pour leur porter secours. Comme ce fut le cas pour les appels de dons qui ont suivi les incendies, les publications se sont multipliées sur les réseaux sociaux.
Toutes appellent a faire des récoltes au profit des animaux touchés par les feux. Sachant que les incendies ne sont pas sélectifs et détruisent tout, y compris nids, terriers et zones de reproduction. Par conséquent, les animaux se déplacent vers d’autres milieux favorables et cela leur cause des désagréments. A cet effet, le Dr Ahmim explique : «Ils se retranchent en général dans les endroits où il y a des disponibilités alimentaires, ce qui crée des conflits avec l’homme. C’est ce qui s’est d’ailleurs produit avec le singe magot qui a fuit son habitat habituel et s’est installé près de vergers d’arbres fruitiers dans le village Mehhaga, en lisière de l’Akfadou, causant un réel conflit entre le singe et les habitants de la localité.»
Outre ces dommages, les violents incendies de Jijel et d’autres régions ont des conséquences graves et importantes. En premier lieu sur le plan biodiversité et dynamique forestière à Jijel. Selon le chercheur, la gravité des incendies de ce mois d’août se traduit par des effets immédiats et à long terme, comme le remplacement de l’écosystème forestier par la destruction des massifs de chênes-lièges qui laisse place à un maquis pyrophile ouvert (bruyères, cistes, calicotome), qui est un milieu altéré et nettement plus inflammable, piégeant la région dans un cercle vicieux de feux répétés. L’impact sévère concerne également les espèces endémiques et rares. La raison ? «Les forêts de l’est du pays, à savoir Jijel, Béjaïa, Skikda, constituent une zone refuge critique et de transition pour la faune de la Grande Kabylie, Petite Kabylie et Numidie», explique le Dr Ahmim. Et enfin, poursuit le spécialiste, la fuite et la fragmentation de la faune sauvage pour les grands mammifères et carnivores (singe magot, loup, genette), la perte du couvert force une migration vers les îlots forestiers épargnés ou les lisières agricoles, augmentant la mortalité directe et les conflits de territoire. «Et avec les premières pluies d’automne sur le relief escarpé de la wilaya et des régions incendiées, l’absence de litière entraîne le ravinement des sols, bloquant la régénération naturelle de la forêt pour plusieurs décennies», se désole-t-il. C’est pourquoi, le spécialiste estime urgent de créer un dispositif permettant de secourir et soigner la faune sauvage après un incendie. En attendant, il recommande de placer des points d’eau et approvisionner ceux qui existent déjà, vu que l’eau s’est évaporée sous l’effet des incendies. «Et éventuellement apporter de la nourriture et la déposer en forêt tout en faisant attention à ce qu’on donne aux animaux», conclut le Dr Ahmim.
Quelques animaux touchés
Selon le Pr Ahmim, plusieurs espèces ont été impactées par ces incendies. A titre d’exemple, il y a des mammifères, comme le singe magot Macaca sylvanus, le cerf de Berberie Cervus elaphus barbarus, la genette Genetta Genetta, la mangouste Herpestes ichneumon, le lerot Eliomys munbyanus, etc. ; des oiseaux, comme la Sittelle kabyle Sitta ledanti, le Pic de Levaillant Picus vaillantii, le Geai des chênes Garrulus glandarius cervicalis, le Rouge-gorge familier Erithacus rubecula, la Mésange nord-africaine Cyanistes teneriffae ultramarinus, etc. ; des amphibiens, comme la Salamandre d’Algérie Salamandra algira, le Triton de Poiret Pleurodeles poireti, le Crapaud de Mauritanie Sclerophrys mauritanica, la Rainette méridionale Hyla meridionalis, la Grenouille d’Afrique du Nord Pelophylax saharicus, et les reptiles comme le Lézard ocellé d’Afrique du Nord Timon pater, le Caméléon commun Chamaeleo chamaeleon, la Couleuvre à collier du Maghreb Natrix astreptophora, la Vipère de l’Atlas Daboia mauritanica, le Scinque officinal Scincus scincus, etc. ; ainsi que des milliers d’espèces d’invertébrés, comme les insectes et on peut citer le Grand Capricorne Cerambyx cerdo, la Lucane cerf-volant Lucanus cervus, la Fourmi sénile Aphaenogaster senilis, l’Escargot de Kabylie Helix punctata, le Scorpion languedocien Buthus occitanus. S. O.
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