Carnet de voyage : Béjaïa, un balcon sur la grande bleue

La wilaya de Béjaïa a officiellement lancé sa saison estivale 2026 le 14 juin sur la plage de Tala Khaled, avec seize lots concédés sur un littoral de 120 km.
Le Parc national de Gouraya, classé réserve de biosphère par l'Unesco, offre des panoramas spectaculaires, tandis que le phare de Cap Carbon culmine à plus de 200 mètres au-dessus des vagues.
La Porte Sarrasine vient de rouvrir après travaux, dans le cadre d'une stratégie de valorisation du patrimoine incluant la Casbah almohade, le fort espagnol et la mosquée Ibn Khaldoun.
La place du 1er Novembre, site emblématique de la vieille ville, a été rénovée grâce à un financement de 410 millions de centimes alloué par l'Assemblée populaire communale.
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Il y a des villes qui se visitent, et il y en a d’autres qui vous prennent par la main dès le premier regard, vous parlent à l’âme avant même que vous n’ayez posé le pied sur leur sol. Béjaïa est de celles-là. L’un des plus beaux balcons sur la Méditerranée, elle s’offre chaque année à des milliers d’estivants venus de toute l’Algérie et de la diaspora.
On vient s’y ressourcer, car cette ville ne se contente pas d’être belle : elle est généreuse. Balnéaire bien sûr, mais aussi thermale, agro-touristique, urbaine, Béjaïa propose mille façons de se laisser aimer. Et surtout, elle accueille. «Béjaïa attire d’abord par sa sécurité et la mentalité de ses habitants qui sont hospitaliers. Les étrangers s’intègrent facilement», témoigne Fayçal, originaire de la cité. Ce simple aveu résume mieux que bien des guides ce que l’on ressent dès les premières heures : une chaleur humaine qui enveloppe autant que le soleil estival. Cet été 2026, la wilaya a marqué le coup. L’ouverture officielle de la saison s’est faite le 14 juin sur la plage de Tala Khaled, à Aokas, sous l’égide du wali. Seize lots de plages ont été mis en concession, sur un littoral de 120 kilomètres qui compte quarante-cinq plages dont trente-cinq autorisées à la baignade.
L’accès reste gratuit, une promesse reconduite et désormais encadrée. Derrière les chiffres, un vrai chantier d’embellissement, de nettoyage des plages et des oueds, et une volonté de valoriser le patrimoine. On sent que quelque chose a basculé : le simple parasol jaune laisse progressivement place à une expérience plus soignée, plus désirée. Dès l’aube, montez vers le Parc national de Gouraya. Classé réserve de biosphère par l’Unesco, ce joyau vert et rocheux s’accroche aux hauteurs de la ville. Les sentiers serpentent entre pins d’Alep et maquis odorant. On y croise les macaques magots, un peu espiègles, qui viennent parfois chaparder une bouteille d’eau, moment devenu presque rituel. Plus haut encore, le sommet de Yemma Gouraya et le Pic des Singes offrent une vue qui serre la gorge : d’un côté le vert profond de la montagne et de la forêt, de l’autre une mer turquoise et bleue à l’infini. La ville s’étire en éventail en bas, et tout là-bas, le phare de Cap Carbon se dresse fièrement au-dessus des abîmes.
Descendez ensuite vers Cap Carbon. Ce promontoire de falaises abruptes est l’un des spectacles les plus purs de la côte algérienne. Son phare, perché à plus de 200 mètres au-dessus des vagues, est l’un des plus élevés du monde sur un site naturel. On y accède aussi par la mer : les barques glissent jusqu’aux grottes marines, tandis qu’un petit marché troglodyte s’accroche dans la roche, vendant poteries et t-shirts «Bougie». Au coucher du soleil, la lumière y devient presque irréelle.
L’histoire se touche du doigt
Puis vient le temps des plages. Béjaïa n’en manque pas, et chacune a son cachet. Tichy, longue et généreuse, garde son esprit familial avec les chaises «Hamoud 1878», les paillotes et les pédalos de l’Auberge Le Thaïs ou du complexe des Hammadites. Plus loin, Aokas, Boulimat, Saket offrent encore des criques où l’on peut trouver un coin de solitude. Mais la saison 2026 a aussi vu naître de nouveaux temples de l’été : des plages privées avec deck en bois, tables blanches et transats orange, où l’on débat encore du tarif de 3000 dinars ; ou la Résidence Chilmoune à Béni Ksila, dont la piscine à débordement à flanc de falaise, vue mer et éclairage vert la nuit, tourne en boucle sur les réseaux. On réserve désormais, surtout le week-end. Dans la vieille ville, l’histoire se touche du doigt et se photographie. La Casbah est devenue le grand décor de l’été : les escaliers bleus «Dirj n’Baba – Ali», les murs blancs ornés de fresques, les portes peintes. On y vient le matin, quand la lumière est douce et la foule encore discrète. Non loin, le marché-cascade avec son grand panneau Bejaia fait le reste : robes kabyles à franges, tapis, thé à la menthe, et la cascade elle-même où certains se baignent encore.
Sur la place Gueydon (place du 1er Novembre), on sirote toujours un café fumant ou un thé à la menthe en regardant la vie passer et les bateaux de voyageurs s’éloigner du quai. Les éclats de rire des enfants rythment les après-midi. Elle a bénéficié d’importants travaux de réaménagement financés à hauteur de quatre milliards de centimes par l’Assemblée populaire communale (APC). Sur le plan architectural, la rénovation a procédé à une subtile alchimie entre préservation du cachet originel et apport de nouveaux éléments esthétiques, conférant à la place un nouveau visage tout en respectant son identité historique. Considérée comme l’un des monuments les plus emblématiques de la capitale des Hammadites, cette place, dont l’histoire remonte à plusieurs siècles, occupe une place particulière dans la mémoire collective de la ville et dans l’imaginaire des visiteurs qui se rendent chaque année à Béjaïa. Site touristique et espace de détente très prisé aussi bien des habitants que des touristes, la place du 1er Novembre devrait, forte de sa rénovation, attirer un grand nombre de visiteurs au cours de cet été. A quelques encablures, on peut déguster le meilleur créponé chez «Da Ali Boulaglace», une institution à Béjaia depuis 1958.
Cité aux six portes
Les vestiges parlent encore : Bâb El Bounoud, la Porte Sarrazine et la Casbah défient la marche du temps. Edifiée en 1070 par le sultan Hammadite, Bab El Bounoud faisait partie des six portes percées dans l’enceinte fortifiée de Béjaïa. Contrairement à d’autres vestiges disparus, elle a traversé les siècles, témoin solide de l’histoire de la cité. Aujourd’hui, il subsiste une muraille en pierres massives percée de deux ouvertures. Fermé depuis plusieurs mois pour des travaux de réhabilitation, le site mythique la Porte Sarrasine accueille de nouveau les visiteurs dans un cadre entièrement rénové.
Cette réouverture s’inscrit dans la stratégie de valorisation du patrimoine historique et culturel de la wilaya. Les opérations de réhabilitation ont permis de redonner tout son éclat à ce monument chargé d’histoire, offrant désormais aux touristes, aux estivants et aux habitants un espace rénové, plus accueillant et mieux adapté à la visite.
L’aménagement réalisé met davantage en valeur l’architecture du site tout en améliorant son accessibilité. Pour augmenter l’attractivité de la région, des circuits touristiques ont été lancés pour sillonner divers sites comme Ifri, lieu de la tenue du congrès de la Soummam, le mausolée Cheikh Ahaddad dans la commune Souk Oufella, le centre de tortures d’Aokas utilisé par l’armée coloniale durant la guerre de Libération, l’ancienne ville de Béjaia, le Parc national de Gouraya et sa biodiversité, le lac d’Akfadou, le cap carbon, la brise de mer, les aiguades et le mont Gouraya.
L’âme de Béjaïa réside sans doute dans sa Casbah, cette impressionnante fortification médiévale qui domine la ville et le port. Construite au milieu du XIIe siècle sur ordre du calife almohade Abdelmoumen Ben Ali (vers 1154), cette citadelle de plus de deux hectares servait de siège gouvernemental attenant à la vieille ville.
Son importance stratégique était renforcée par sa proximité immédiate avec le port, faisant d’elle une place forte incontournable du Maghreb central. Au fil des siècles, la Casbah a porté les empreintes de multiples civilisations. Les Espagnols, arrivés en 1510, ont solidifié les murailles et construit le fort espagnol ainsi que la maison du Pacha. Les Turcs, en 1555, ont remanié la mosquée Ibn Khaldoun. Les Français ont édifié la partie sud, tout en préservant les murailles plus anciennes, notamment celles de l’époque hammadite à l’ouest et au sud.
Aujourd’hui, grâce à des projets de réhabilitation et de réaménagement, cette cité médiévale retrouve sa juste place sur la carte touristique nationale. Autrefois Bougie, cité savante qui transmit à l’Europe les chiffres arabes, n’a jamais cessé d’être un carrefour d’histoires et d’émotions. baignade. Le soir, la Brise de Mer reprend ses droits. Un tunnel sous le Fort Sidi Abdelkader y mène. On y entend l’écho des voix, on mange une glace, une crêpe ou une gaufre, on regarde les vagues chanter leur hymne permanent à la Méditerranée.
Certains préfèrent enfourcher un scooter et filer sur la corniche entre mer et montagne, d’autres louent un kayak ou un jet-ski au pied des falaises, ou s’offrent une balade en bateau dans les grottes turquoise. Le sac de plage essentiel contient presque toujours la même chose : crème solaire, pochette fleurie, un parfum léger, des lunettes ovales. Ici, même la mode respire la mer. Depuis Alger, la route n’est plus la seule option et tant mieux, car la RN24 en période estivale entraîne une forte hausse du trafic routier. Deux alternatives sont particulièrement prisées.
Le train d’abord, celui de la SNTF. On part de la gare d’Agha. Le trajet dure environ quatre heures, avec arrêts à Boumerdès, Bouira, Beni Mansour. Climatisation, prises électriques, et une quiétude que le bus ne connaît pas. Le billet tourne autour de 800 à 1200 DA. L’avion, ensuite, pour ceux qui veulent gagner du temps. Air Algérie assure six rotations hebdomadaires entre Alger (Houari Boumediene) et Béjaïa (Soummam – Abane Ramdane). Trente à trente-cinq minutes de vol seulement. On trouve des allers-retours entre 4000 et 6500 DA. Paysage et petit prix ? Prenez le train. Envie d’économiser une journée entière ? Choisissez le vol.
En haute saison, surtout entre fin juillet et mi-août, les deux se remplissent vite : le train les jeudis et vendredis, l’avion les week-ends. Mieux vaut réserver à l’avance. Béjaïa ne se laisse pas découvrir en quelques jours. Elle se découvre lentement. Elle demande qu’on s’attarde, qu’on marche, qu’on regarde, qu’on écoute. Entre mer et montagne, entre mémoire et présent, entre hospitalité et beauté brute, entre parasols d’autrefois et decks en bois d’aujourd’hui, elle offre ce que la Méditerranée a de plus précieux : une émotion pure qui reste longtemps après le départ. Venez. Laissez-vous prendre. Béjaïa n’attend que cela. Les vacances sont liées à l’affectif (la famille ou les amis) et à la quête de sens, et Béjaïa offre un excellent décor…
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