Hippone change d’époque : 10 000 visiteurs en trois mois, l’effet Léon XIV

Par Rédaction Web•8 min de lecture
Brifa
Hippone change d’époque : 10 000 visiteurs en trois mois, l’effet Léon XIV
Résumé IA

Le site archéologique et le musée d'Hippone à Annaba ont accueilli 10 000 visiteurs dont 1 600 étrangers entre juin et août 2026, un record attribué à l'effet de la visite historique du pape Léon XIV en avril.

Le souverain pontife, premier pape à se rendre en Algérie, a parcouru les vestiges sur les traces de saint Augustin, offrant une visibilité mondiale au patrimoine numide, romain et chrétien du site, inscrit sur la liste indicative de l'Unesco depuis 2025.

La ministre de la Culture Malika Bendouda a supervisé la réouverture du musée et annoncé son extension avec un espace dédié à Augustin utilisant des technologies modernes pour en faire un lieu de médiation vivante.

Parallèlement, le wali Abdelkrim Laâmouri accélère la transformation urbaine d'Annaba — voirie, réseaux, espaces publics, port — pour faire de la ville une destination culturelle à part entière, au-delà de sa vocation balnéaire et économique.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

De l’antique cité de saint Augustin au nouveau visage d’Annaba, un même mouvement semble s’amorcer. La fréquentation record d’Hippone, avec 10 000 visiteurs en trois mois dont 1600 étrangers, intervient après la visite historique du pape Léon XIV et au moment où la quatrième ville d’Algérie accélère sa transformation sous l’impulsion du wali Abdelkrim Laâmouri.

En effet, il y a des chiffres qui valent davantage qu’un simple bilan. Les 10 000 visiteurs accueillis au musée et sur le site archéologique d’Hippone entre le 1er juin et le 31 août 2026, dont 1600 touristes étrangers, constituent de ceux-là. Ils racontent le retour en force d’un patrimoine longtemps resté à l’ombre de son immense potentiel et signalent vraisemblablement le début d’une nouvelle histoire pour l’antique cité d’Annaba. Le chiffre, présenté par le ministère de la Culture et des Arts comme un nouveau record, intervient dans un contexte particulièrement symbolique. Quelques mois auparavant, le pape Léon XIV avait foulé le 14 avril les vestiges d’Hippone, sur les traces de saint Augustin, avant de se rendre à la basilique qui porte son nom et d’y célébrer une messe. Une première historique pour un souverain pontife en Algérie et un événement à la portée internationale exceptionnelle. Sous une pluie battante, le pape avait parcouru une partie du site archéologique, déposé une couronne de fleurs et observé un moment de recueillement sur les lieux où Augustin, évêque d’Hippone pendant plus de trente ans, avait vécu, enseigné et écrit. La séquence avait offert à l’antique cité une exposition mondiale et replacé Annaba au cœur d’un récit, d’une histoire antique qui dépasse largement les frontières algériennes. La visite papale aura incontestablement constitué un puissant coup de projecteur.
L’intérêt suscité par le déplacement du pape augustinien, qui s’était présenté comme un «fils de saint Augustin», a replacé Hippone dans les circuits de mémoire et de patrimoine liés au grand penseur de l’Antiquité tardive. Mais l’effet dépasse la seule dimension religieuse. Le passage de Léon XIV a donné une visibilité exceptionnelle à un patrimoine qui réunit, sur un même territoire, les héritages numide, romain et chrétien et qui raconte plusieurs siècles d’histoire méditerranéenne. Le site archéologique a d’ailleurs été préparé pour cette nouvelle ambition. En avril, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, avait supervisé la réouverture du musée d’Hippone et annoncé des instructions pour son extension ainsi que la création d’un espace consacré à saint Augustin utilisant des technologies modernes.  Le musée n’est donc plus appelé à être un simple lieu de conservation, il doit devenir une porte d’entrée vers l’histoire d’Hippone et un instrument de médiation capable de rendre ce patrimoine accessible au grand public comme aux visiteurs internationaux.

Quand l’histoire rencontre le tourisme

Les 1600 touristes étrangers accueillis en seulement trois mois donnent une indication particulièrement révélatrice du potentiel international du site. Hippone possède en effet une singularité rare. Peu de sites peuvent raconter, dans un même espace, l’histoire d’une cité antique d’Afrique du Nord, son importance dans le monde romain, son rôle dans l’histoire du christianisme ancien et la trajectoire d’une personnalité devenue l’une des figures intellectuelles les plus influentes de l’histoire méditerranéenne. Augustin est ici bien plus qu’un personnage historique. Il constitue une passerelle entre l’Algérie et le monde. Né à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, il fut évêque d’Hippone jusqu’à sa mort en 430. C’est dans cette cité qu’il développa une partie essentielle de sa pensée et de son œuvre. La reconnaissance internationale de cet héritage s’est encore renforcée avec l’inscription, en 2025, des itinéraires augustiniens en Algérie sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco. Le renouveau d’Hippone ne saurait toutefois être dissocié de celui de la ville qui l’abrite. Depuis plusieurs mois, Annaba connaît une accélération des opérations d’aménagement urbain et de modernisation. Sous l’impulsion du wali Abdelkrim Laâmouri les interventions concernent notamment la voirie, les réseaux d’eau et d’assainissement, les espaces publics et les équipements de proximité. Plusieurs projets structurants sont également engagés ou accélérés dans la wilaya. Cette transformation donne progressivement un nouvel écrin à un patrimoine qui ne demande qu’à être davantage exploité. L’ambition de Laâmouri est de faire de Annaba non seulement une destination balnéaire et économique, mais également une destination culturelle à part entière. Le pari est d’autant plus stratégique que l’ex Bône possède une concentration exceptionnelle d’atouts dont le site antique d’Hippone, la basilique Saint-Augustin, la vieille ville, le littoral, le patrimoine architectural et une position géographique qui la place au cœur de l’Est algérien et de l’espace méditerranéen. A cela s’ajoute la modernisation des infrastructures économiques. Le port d’Annaba, notamment, fait l’objet de projets structurants, à l’image de l’extension du port phosphatier et de la réalisation d’un nouveau quai minéralier dans le cadre du projet intégré du phosphate.

Une ville, un patrimoine, une nouvelle ambition

C’est dans cette convergence que réside sans doute le véritable enjeu du record enregistré à Hippone.
Le patrimoine ne peut plus être considéré comme une enclave isolée de la ville. Il doit participer à son développement, à son attractivité et à son rayonnement. Le visiteur qui vient découvrir les vestiges d’Hippone doit pouvoir prolonger son parcours à travers Annaba, découvrir son patrimoine, ses paysages, son littoral, ses quartiers historiques et ses équipements culturels. La visite de Léon XIV a démontré la capacité de la ville à devenir, le temps d’un événement historique, un point de convergence international.
Les 10 000 visiteurs enregistrés cet été montrent désormais qu’il existe une possibilité de transformer cette visibilité exceptionnelle en fréquentation durable. 
Le ministère de la Culture et des Arts entend précisément inscrire cette dynamique dans la durée. Il insiste sur la nécessité de faire du musée un «espace vivant» de sauvegarde de la mémoire, de production du savoir et d’ouverture du patrimoine algérien au public et au monde. A Annaba, cette philosophie prend une résonance particulière. Hippone sort progressivement du silence des pierres pour redevenir un récit vivant. Et tandis que la ville se transforme sous l’impulsion de ses autorités locales, l’antique cité semble retrouver une nouvelle  centralité. Léon XIV y est venu sur les traces d’Augustin. Les touristes y reviennent sur les traces de l’Histoire. A présent, c’est à Annaba de faire en sorte que ces traces deviennent une destination. Le record des 10 000 visiteurs pourrait alors ne pas être un aboutissement, mais le premier chiffre d’une nouvelle page pour Hippone et pour toute la ville d’Hippone.

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source
Hippone change d’époque : 10 000 visiteurs en trois mois, l’effet Léon XIV