Quand les wilayas prennent le relais

Par M.T. Hamiani•12 min de lecture
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Quand les wilayas prennent le relais
Résumé IA

L'Algérie mise sur une territorialisation de sa politique de l'emploi pour répondre aux disparités régionales, en s'appuyant sur des commissions locales et des salons régionaux.

Présidées par le wali, les commissions wilayales de promotion de l'emploi recensent les chômeurs et proposent des solutions adaptées, comme à Oran où 8 400 jeunes ont été recrutés en quatre mois.

Les salons régionaux traduisent cette dynamique, avec plus de 400 offres directes à Oran, 1 300 nouvelles offres à Constantine et une couverture désormais étendue à l'ensemble du territoire.

Des initiatives locales encouragent aussi l'entrepreneuriat, de la distribution de 850 locaux commerciaux à Mascara aux programmes ciblant les atouts spécifiques de chaque région, comme l'agriculture et le tourisme à El-Tarf.

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Le Quotidien d'Oran

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Dans un pays dont les réalités économiques et sociales sont aussi variées que celles de l’Algérie, les politiques d’emploi créées uniquement au niveau central ont souvent du mal à satisfaire les besoins propres à chaque territoire. Un ministre du Travail a indiqué que le problème du chômage ne peut être résolu que par des décisions prises au niveau central, mais qu’il faut aussi impliquer les acteurs au niveau local. Cette remarque n’est pas un simple slogan politique ; elle se justifie par les disparités régionales. En effet, les taux de chômage, les secteurs porteurs, les ressources naturelles et les potentialités humaines diffèrent beaucoup d’une wilaya à l’autre.

L’enjeu est donc clair : pour être efficace, une politique de l’emploi doit être territorialisée, adaptée et portée par les acteurs de proximité.

1. Un cadre institutionnel consolidé : la commission de Wilaya de promotion de l’emploi au cœur du dispositif

Une architecture juridique solide

La réactivation des commissions wilayales pour la promotion de l’emploi s’inscrit dans le cadre du décret exécutif n° 10-101 du 29 mars 2010, qui institue ces instances comme relais opérationnels de la politique nationale de l’emploi. Ce texte, en conférant une autonomie d’initiative aux commissions locales, reconnaît implicitement que la diversité des territoires ne peut être appréhendée par une approche uniforme.

Une instance consultative mais décisionnelle

Présidée par le wali, la commission wilayale a pour rôle essentiel d’évaluer toutes les données et propositions émanant des parties prenantes du secteur de l’emploi et du développement local.

Elle ne se contente pas d’un rôle consultatif passif : elle recense le nombre de chômeurs, fait des propositions et prend des décisions. Sa périodicité mensuelle garantit un suivi rapproché des dossiers et une réactivité que les instances centrales ne peuvent pas offrir.

Une dynamique déjà à l’œuvre dans plusieurs wilayas

L’exemple de la wilaya d’Oran est particulièrement édifiant. Une commission chargée du suivi des procédures de placement des demandeurs d’emploi a été créée, qui se déplace aux sièges des sociétés publiques et privées pour collecter les offres d’emploi et veille au suivi de l’opération de placement. Ce travail de terrain a porté ses fruits : plus de 8.400 jeunes ont été recrutés en quatre mois dans des établissements publics et privés, avec 370 postes d’emploi créés dans le cadre de l’encouragement à l’entrepreneuriat.

De même, à Mascara, une commission wilayale a été mise en place pour traiter les dossiers des demandeurs de locaux commerciaux destinés à la création de micro-entreprises. Résultat : 850 locaux ont déjà été distribués à des jeunes chômeurs dans 28 communes, dans le cadre d’un programme de 3.489 locaux financé par un budget d’État de 223 milliards de centimes.

2. Exploiter les atouts spécifiques de chaque territoire : une approche sur mesure

L’exemple emblématique d’El-Tarf

La wilaya d’El-Tarf illustre parfaitement la nécessité d’une approche locale. Avec ses 165.000 hectares de forêts, ses ressources hydriques et sa vocation agricole et touristique, elle pourrait créer de nombreuses activités en corrélation avec ces atouts. Un programme de création de micro-entreprises y est d’ailleurs axé sur les besoins spécifiques et en fonction des ressources de chaque région. La formation et la spécialisation comptent énormément pour l’insertion des jeunes, et c’est au niveau local que ces actions peuvent être les plus ciblées.

Une diversité de potentialités à valoriser

Chaque wilaya dispose de ses propres atouts que seules des instances locales peuvent identifier et intégrer dans une stratégie cohérente:

• Les zones côtières (comme El-Tarf) : potentiel dans la pêche, l’aquaculture, le tourisme balnéaire et l’artisanat.

• Les zones intérieures : potentiel agricole, forestier, artisanal et touristique culturel.

• Les zones sahariennes : potentiel dans les énergies renouvelables, l’agriculture oasienne et l’écotourisme.

Comme l’a souligné le ministre du Travail lors de sa visite à El-Tarf, cette approche s’inscrit dans une stratégie visant à développer les régions frontalières, rurales et montagneuses, conformément aux directives du président de la République, suivant une vision globale pour un État basé sur l’équilibre régional dans le développement local.

3. Les salons régionaux de l’emploi : une illustration concrète de l’efficacité de l’approche locale

Des résultats tangibles

L’organisation de salons régionaux de l’emploi constitue une illustration concrète de l’efficacité de l’approche locale. Ces événements sont une « véritable opportunité pour les jeunes de se rapprocher des entreprises économiques et pour rapprocher les résultats de la formation des besoins du marché du travail».

Le Salon régional de l’emploi d’Oran, qui a réuni plus de 120 exposants venant de 10 wilayas, comprenant plus de 80 entreprises économiques, 30 start-ups et plus de 15 institutions de formation, a permis de présenter plus de 400 offres d’emploi directes. De même, le Salon de Constantine a généré près de 1.300 nouvelles offres d’emploi pour les jeunes de la région Est. Le wali de Constantine a qualifié cet événement de « véritable plateforme d’échanges et d’accompagnement pour la présentation des projets d’investissement à fort potentiel productif ».

Un maillage territorial en expansion

Ces salons, organisés à l’initiative du ministère du Travail en coordination avec les directions de wilaya, concernent désormais l’ensemble du territoire :

• Salon de l’Ouest à Oran : 10 wilayas participantes.

• Salon de l’Est à Constantine : couverture des wilayas de l’Est algérien.

• Salon du Sud-Centre à Ghardaïa : plus d’une centaine d’opérateurs économiques de dix wilayas. Un effet multiplicateur sur l’entrepreneuriat.

Au-delà de l’emploi salarié, ces salons visent à encourager la création de micro-entreprises et de startups à travers le contact direct entre les demandeurs d’emploi et les opérateurs économiques. Ils constituent aussi un espace de communication et d’échange d’expériences, ainsi qu’une occasion de mettre en lumière les parcours réussis d’insertion professionnelle et de faire connaître les dispositifs d’appui et d’accompagnement offerts par l’État aux jeunes porteurs de projets.

4. L’initiative locale comme levier de l’entrepreneuriat et de l’innovation

Un écosystème favorable à l’émergence des micro-entreprises.

L’initiative locale est un puissant vecteur d’entrepreneuriat. En impliquant tous les acteurs locaux - directions de l’emploi, dispositifs de soutien (ANEM, ANADE), chambres professionnelles et centres de formation -, elle permet de créer un écosystème favorable à l’émergence de micro-entreprises et de startups. La formation et la spécialisation comptent énormément pour l’insertion des jeunes, et c’est au niveau local que ces actions peuvent être les plus ciblées et les plus efficaces.

La valorisation des initiatives locales existantes

De nombreuses initiatives locales fleurissent à travers le territoire :

- Le programme « Famille productive » a bénéficié à un millier de familles à travers le pays.

- Le Salon local de la femme et des familles productives à Bouira a réuni une cinquantaine de femmes artisanes bénéficiaires d’aides.

- A Tipasa, plus de 1.300 jeunes ont bénéficié de formations en entrepreneuriat depuis octobre 2024.

- L’ANEM a signé une convention avec l’Agence espagnole de coopération internationale portant sur « l’appui au développement des initiatives locales d’emploi ».

La mobilisation du foncier comme levier local.

La question du foncier, souvent un obstacle majeur à l’entrepreneuriat, trouve des solutions au niveau local. Le président de la République a préconisé de « trouver des formules pour l’octroi du foncier aux artisans dans des zones dédiées » pour la création de petites activités professionnelles. L’exemple de Mascara, avec ses 3.489 locaux commerciaux, montre que les collectivités locales peuvent être des actrices majeures de la mise à disposition de foncier et de locaux pour les jeunes entrepreneurs.

5. Les défis à relever et les propositions pour renforcer l’approche locale

Les obstacles persistants

Malgré ces avancées, des défis demeurent. Comme l’a souligné une rencontre Gouvernement-Walis, la décentralisation demeure incomplète et ne permet pas aux collectivités locales d’avoir des marges de manœuvre suffisantes dans leurs politiques d’emploi. Les ressources financières, les compétences techniques et la coordination intersectorielle restent insuffisantes dans certaines wilayas.

Les propositions pour une meilleure efficacité.

Pour renforcer l’efficacité de l’approche locale, plusieurs pistes peuvent être explorées :

- Renforcer les prérogatives des commissions de wilayas en leur donnant un pouvoir de décision plus important dédiées à l’emploi.

- Développer les partenariats public-privé au niveau local, comme le montre l’exemple des salons régionaux de l’emploi qui réunissent entreprises publiques et privées.

- Créer des observatoires locaux de l’emploi pour un suivi en temps réel des besoins du marché du travail et des dispositifs existants.

- Développer la formation professionnelle en adéquation avec les besoins locaux, comme l’illustre l’ouverture de 15 nouvelles spécialités de formation à Chlef.

- Renforcer la coopération entre wilayas pour partager les bonnes pratiques et mutualiser les moyens, à l’image des salons régionaux.

L’importance de la volonté politique locale

Le succès de l’approche locale repose en grande partie sur l’engagement des autorités locales. Comme l’a souligné le ministre du Travail, chaque directeur sera évalué suivant son bilan. Cette logique de responsabilisation est essentielle pour créer une dynamique vertueuse au niveau local.

Conclusion : L’initiative locale, un impératif pour l’avenir de l’emploi en Algérie

Face aux défis du marché du travail, l’Algérie a pris conscience que l’avenir de l’emploi se joue aussi, et peut-être surtout, au niveau local. Les résultats obtenus par les commissions de Wilayas, les salons régionaux ou locaux de l’emploi et les initiatives locales de soutien à l’entrepreneuriat démontrent que l’approche territorialisée est non seulement viable, mais indispensable. L’initiative locale, en exploitant les atouts spécifiques de chaque wilaya et en mobilisant l’ensemble des acteurs de terrain, apparaît comme la clé de voûte d’une politique de l’emploi plus efficace, plus juste et plus durable. Comme l’a affirmé un ministre, l’objectif est de « créer les conditions pour que la wilaya devienne le centre de proposition en matière d’emploi ». Cet objectif, aujourd’hui à portée de main, nécessite une volonté politique affirmée, des moyens adaptés et une mobilisation de tous les acteurs locaux.

L’heure n’est plus à l’attente de solutions venues d’en haut, mais à la construction, territoire par territoire, d’un avenir professionnel pour la jeunesse algérienne.

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