Livres - LE PASSÉ SIMPLE

Par Belkacem Ahcene-Djaballah•8 min de lecture
Brifa
Livres - LE PASSÉ SIMPLE
Résumé IA

L'article présente deux ouvrages algériens récents : le roman psychologique « Le Passé Simple » et le récit autobiographique « Mes souvenirs au passé composé. Sidi Aïch : 1952-1962 ».

Le premier, signé par une enseignante de Tizi Ouzou, suit la fuite d'un homme d'Alger vers Laghouat puis son retour mêlé à un trafic de drogue, sous l'influence de Dostoïevski et Nietzsche.

Le second, écrit par un médecin allergologue natif de Sidi Aïch, raconte son enfance marquée par la guerre d'indépendance, l'exil vers Alger en 1964 et le choc des retrouvailles avec une ville transformée.

L

Publié par

Le Quotidien d'Oran

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

Il a, d’abord, encore jeune marié, quitté Alger pour Laghouat. Pour se libérer, peut-être de l’influence de son père. Ensuite, il a quitté Laghouat pour revenir à Alger. Laissant derrière lui son boulot, ses amis, sa famille... et son épouse- D’après lui, il le fallait.Pour sauver ce qui restait d’encore vivant autour de lui et... pour se retrouver- Employé d’un hôtel de la capitale, protégé (mais non gâté) par la fille du propriétaire, elle-même gérante célibataire de l’établissement, il va se retrouver mêlé à une affaire de trafic de drogue et d’un homicide involontaire... Toute une traversée solitaire (ou presque) qui lui permet de sortir d’une atmosphère de presque -folie. Dans sa chambre d’hôtel, n’entendait-il pas, en solitaire, des papillons lui parler de sa condition d’«homme-seul»... qui, tout simplement, ne connaissait pas son bonheur,... auprès de son épouse légitime (et aimée)

A la lecture de ce roman, on devine l’influence d’œuvres de grande profondeur psychologique. L’auteur l’avoue d’ailleurs dans un de ses entretiens à la presse nationale :

Dostoïevski et son «Crime et Châtiment», Tolstoï et sa «Guerre et Paix» ! Culpabilité, folie, crises existentielles, mélancolie, désenchantement : autant de thématiques qui interpellent au quotidien. «L’inventaire pourrait se poursuivre à l’infini, tant chaque œuvre fondatrice a contribué à un être en devenir, débarrassé de certitudes stériles et annihilantes. De «L’Insoutenable Légèreté de l’être» de Kundera à «Ainsi parlait Zarathoustra» de Nietzsche, sans omettre le monumental «Deuxième Sexe» de Beauvoir et «La Vie devant soi» de Romain Gary, et j’en passe, des meilleurs. Des fuites momentanées, mais salutaires»

L’Auteure : Enseignante (Prof’ de lycée, Tizi Ouzou) et déjà auteur d’un recueil de nouvelles, «Les Frondeuses» (Editions El Qobia, 2023)

Sommaire : Chapitre 1 : La fuite/ Chapitre 2 : La Tentation/ Chapitre 3 : Le Naufrage/ Chapitre 4 : L’Expiation/ Épilogue

Extraits : «Tous autour de nous se cherchaient, mon pays aussi» (p 20), « Avec Tamilla, il a fallu attendre la délivrance du livret de famille pour avoir droit à de courts moments d’intimité. Des moments volés à la monotonie de la vie de jeunes à qui on autorise tout sauf vivre dans la plénitude de leurs sens en ébullition» (p 27), «Mon père allait voir sa résidence secondaire comme tous les heureux propriétaires, dans un pays qui dépensait sans compter ce qu’il ne produisait pas surtout» (p 47), «J’ai lu dans les livres que ce qui fait échouer une rencontre, c’est le désir obsessionnel et rapide de posséder le bijou, le laisser emprisonné dans son écrin de peur que le méchant gnome vienne le dérober» (p 57), «Tu planifies pour les trente ans à venir alors qu’on a la flemme de rendre visite aux malades à l’hôpital ou d’organiser un volontariat dans la cité (p 67)

Avis : La rupture avec une vie familiale peut-être trop monotone, car trop ordonnée pour un grand rêveur.A la recherche d’une autre existence... L’être humain : un éternel insatisfait ?... Un bon sujet de philo ! Si celle-ci existe encore.Quant à l’écriture elle-même, un exercice de style original qui, parfois, déconcerte ; l’écriture dominant largement l’histoire.

Citations : «Le mariage est un distributeur de tâches normées selon le genre auquel vous appartenez» (p 62), «L’être humain est un drôle d’animal ! Il crée du vent qui soulève des poussières venues de nulle part, ça s’agite, tourbillonne, s’évapore dans l’indifférence du silence» (p 65), «Une voiture, ça dépanne et ça procure une satisfaction morale, celle d’appartenir à un monde qui bouge» (p 82), «Aimer est le contraire de posséder» (p 90), «Dur, dur de gérer une liberté de parole quand on en a pas les codes, les astuces comme on dit ! Longtemps réprimée, cette parole explose dans un désordre affreux et installe la cacophonie» (p 105), «Nous trainons nos incertitudes, nos fêlures, nos insuffisances que chaque génération léguait à la suivante.

Alors, les plus malins vont se saisir de ces tâtonnements pour placer leur pion même dans le brouillard» (p 124), «Je ne comprends pas cet élan stupide que nous avons tous à n’être en phase avec personne !» (p135)

Mes souvenirs au passé composé. Sidi Aïch : 1952-1962. Récit de Kamel Benyaa. Lazhari Labter Editions & Edition Pixal Communication, Alger 2015. 500 dinars, 201 pages (Fiche de lecture déjà publiée en juillet 2018.

Il a vécu jusqu’à l’âge de quinze ans à Sidi Aïch. Des moments fabuleux avec une adolescence heureuse mais, aussi, les pires moments de la guerre avec une enfance malheureuse. Passer, sans transition,des ténèbres à la clarté, par le bon vouloir de la politique et des événements, a de quoi traumatiser. Heureusement, aussi, de s’attacher encore bien plus à ses racines et ses souvenirs.

L’enfance malheureuse, c’est «l’état de siège», la grève des huit jours, les déchirures, un père recherché en cavale, la souffrance de la maman devenue, contre son gré, cheffe de famille, les ratissages et les maisons «visitées» par les militaires et les harkis, les récits de torture, la peur quotidienne sur le chemin de l’école, des événements marquants (comme celui du «Puits Chabour» où, en septembre 1957, 35 citoyens arrêtés sont précipités dans un puits en ensevelis sous des tonnes de terre)

9 août 64, c’est le départ sur Alger.Un autre monde, une autre vie, mais toujours accompagné par la ville de son enfance. (...)

Bien sûr, la ville et la région, re-visitées, bien après l‘indépendance, ne sont plus ce qu’il avait vécu et gardé. Donc, une visite douloureuse et une sensation d’être étranger chez soi. Faut-il s’en étonner ? C’est un peu le cas de la plupart des petites villes et gros villages du pays qui, avec l’exode rural, ont changé de fond en comble, contenu et contenant. Démographie galopante et urbanisation débridée ont accéléré le délabrement de l’environnement. (...), La Soummam n’est plus ce qu’elle était et son eau, devenue rare, est, de plus, polluée... et on aimerait bien savoir ce que sont devenues les deux magnifiques stèles féminines sculptées par... Paul Belmondo, qui ornaient la place centrale. Démontées, mais emmenées où ? Mal exposées dans un musée, oubliées dans une cave, chez un particulier ou, alors, «exportées» ?

L’Auteur : Médecin allergologue, natif de Sidi Aïch (Bejaia) (...)

Extraits : «La France coloniale avait ses supplétifs parmi les autochtones. Elle les choisissait minutieusement pour en faire des soutiens indéfectibles pour la mère patrie. En contrepartie, elle leur accordait des biens et des privilèges... (...) (pp 58-59), «Les années de vie communautaire ont forgé l’esprit du Français d’Algérie qui se confectionna un personnage narcissique moulé par la magie du pouvoir et le climat de la colonie «(p 85), «L’armée française vaincue pendant la Seconde Guerre mondiale a gardé une fascination vis-à-vis de son bourreau nazi . Elle veut se hisser à hauteur de son vainqueur d’hier.Pour cela, elle adopte et pratique ses méthodes de tortures, ses jugements expéditifs et ses exécutions sommaires... Une revanche sur l’histoire qui transforme l’élève humilié en tortionnaire Ss» (p 155)

Avis : Un récit qui ne nous rajeunit pas, mais un récit de vie comme on aimerait en voir tant et tant... (...)!

Citations : «L’oubli est l’enfant indigne de l’ignorance et de l’ingratitude des hommes» (p7), «Le berceau est la première lettre du récit de la vie et le tombeau en est le point final» (p 16), «Les belles choses ne sont enfantées que par la douleur» (p 44), «La saison des amours est l’été, et l’hiver est celle de la haine. Les saisons intermédiaires sont plus mitigées, l’une et l’autre jouant l’indifférence» (p49), (...), «La crise d’identité se pose de façon cruciale. L’Algérien ne sait plus qui il est. C’est le marasme culturel dans une société en déroute» (p 182)

Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/société/Bibliotheque d’almanach)

Voir sur le site source