Avoir un coeur au ventre
L'Algérie puise sa résilience dans une histoire marquée par les invasions et les épreuves, forgeant un peuple qui ne craint ni l'animosité ni le déracinement.
Les récents incendies de forêts ont révélé, une fois de plus, un élan de solidarité nationale qui relève du caractère profond plutôt que de l'exploit ponctuel.
L'urgence impose désormais des réformes opérationnelles en matière de prévention, d'évaluation des risques et d'organisation des secours, assorties d'indemnisations rapides et d'une administration mobile au service des sinistrés.
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Le Quotidien d'Oran
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Ce sont les infortunes, les terribles péripéties rencontrées au fil de sa chronologie qui ont eu à le galvaniser.
Il n’est pas né dans les couches soyeuses des royaumes ou s’est élevé dans les somptueux palais des sultanats. Les montagnes, les monts, les piedmonts, les plaines, les rivages et le désert ont été ses landaus. Quoi, un peuple qui a assisté, tout seul à sa propre naissance.
Et c’est au gré de l’humeur des siècles, des convoitises et des invasions qu’il s’est formé, faisant de la résistance sa sève d’honneur. Celui qui a subi les pires atrocités, emprunté les sentiers macabres, connu le malheur ne craint ni l’animosité meurtrière, ni les menaces de déracinement.
Les récents malheureux feux de forêts ont témoigné, encore une fois, de sa détermination à se relever tel un seul corps. Donc le formidable élan de solidarité nationale qui s’est vaillamment remarqué, n’est pas une prouesse inédite.
C’est un caractère. Que ce soit avec une étincelle criminelle ou un dessein machiavélique ourdi ailleurs, l’on ne pourra enterrer un pays qu’on blesse et qui ne meurt jamais. L’embrasement de sa faune et sa flore n’éteint pas son être. Chaque disparition emporte dans son sillage une autre vie apte à faire refleurir la beauté végétale et dissiper les fumées qui enténèbrent le firmament.
Cette énième épreuve ne va certainement pas passer comme un fait divers. Il est impératif que de son noyau génésiaque puisse survenir un sursaut opérationnel tant dans la prévention, dans l’évaluation des risques, que dans l’organisation des secours. L’État est appelé à tirer les conclusions qui de facto s’imposent. Quand un mal récurrent est studieusement diagnostiqué, le remède est à portée de main. De la connaissance et la compréhension du problème, va émerger la solution. Le feu est certes complexe, incertain, évasif, trompeur, mais la perspective préventionnelle est toujours possible et disponible.
L’urgence est à faire redécouvrir l’ordinaire de la vie sociale, la quotidienneté citoyenne. Reloger les sinistrés, les aider à surmonter les pertes humaines, redonner un nouveau souffle à la nature, en somme promouvoir la résurgence des localités territoriales. L’important est également dans l’optique des indemnisations décrétées par le président de la République. Regarder et rembourser jusqu’au minuscule clou. Cela reste un grand défi qui ne peut être remporté que par la facilitation des procédures et la prompte fluidité des opérations. C’est à l’administration d’aller vers ce citoyen éploré et lui servir de guichet mobile, de bureaux itinéraires, réactifs et concluants. C’est lui, survivant qui porte en ses douloureuses entrailles les braises que ses mains nues avaient tenté d’éteindre. Aussi faudrait-il semer dans son ventre creux un cœur chaleureux et lui tendre une main à domicile. C’est lui le cœur vaillant de ce peuple qui n’a pas de boule au ventre.