Rapport du PNUE sur le réchauffement climatique : Le seuil de 1,5°C devrait être franchi avant 2030

Le PNUE reconnaît que le seuil de 1,5°C sera franchi avant 2030 et propose un scénario de dépassement temporaire suivi d'un retour sous ce seuil d'ici 2100.
Le rapport préconise une réduction massive des émissions fossiles, le déploiement des renouvelables et des technologies de capture de carbone pour limiter le pic sous 2°C.
Les ONG climatiques critiquent ce scénario comme un risque d'apathie politique, tout en maintenant que l'objectif de 1,5°C reste indispensable malgré le dépassement.
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Le Programme des Nations unies pour l’environnement propose de laisser la température mondiale dépasser temporairement 1,5°C, atteindre un pic, puis revenir sous ce seuil avant la fin du siècle.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) prend acte du dépassement prochain de l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici à la fin du siècle. Le seuil de 1,5°C, longtemps présenté comme la limite à ne pas franchir pour contenir les effets les plus dangereux du dérèglement climatique, est désormais appelé à être dépassé. Le constat est dressé par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sans un rapport publié mercredi 2 septembre. L’organisation propose de laisser la température mondiale dépasser temporairement 1,5°C, atteindre un pic, puis revenir sous ce seuil avant la fin du siècle. Une voie qualifiée de «théorique» et «incertaine» par les auteurs du rapport. Ce rapport «porte sur les réponses à apporter plutôt que de se contenter de constater que le phénomène est en cours», a expliqué Richard Betts, coauteur du rapport au cours d’une conférence de presse. Il est important pour les décideurs politiques de «prendre conscience que les règles du jeu sont en train de changer» et que les approches existantes pour lutter contre le changement climatique ne sont plus adaptées, a dit de son côté Debra Roberts, coauteure du rapport. «Chaque fraction de degré évitée et chaque année de dépassement en moins permettront de sauver des vies, de protéger les écosystèmes et de réduire les pertes économiques», affirme la directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen.
Pour la première fois, l’organisation prend acte du fait que maintenir durablement le réchauffement à 1,5°C par rapport à la période préindustrielle (1850-1900) est désormais hors de portée. L’accord de Paris (où près de 200 pays se sont engagés en 2015 à Paris à tenter de maintenir la hausse de la température mondiale à ce seuil) qui mesure le réchauffement sur une période suffisamment longue et non sur une année isolée, le franchissement devrait probablement intervenir avant 2030. Il est à rappeler, à ce propos que 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne mondiale supérieure de plus de 1,5°C au niveau préindustriel.
Choix énergétiques
Les effets du réchauffement sont déjà visibles et s’intensifient progressivement à mesure que la température augmente. Chaque fraction supplémentaire de réchauffement augmente les risques : vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, sécheresses, incendies, fonte des glaciers, élévation du niveau des mers, pression accrue sur les ressources en eau et sur la production agricole. Les conséquences sanitaires s’alourdissent elles aussi, notamment pour les populations les plus exposées à la chaleur extrême. Certaines petites îles sont confrontées à une menace existentielle liée à la montée des eaux et des communautés vulnérables devront se déplacer. Des écosystèmes ne pourront pas s’adapter assez rapidement et certaines espèces disparaîtront. Le PNUE parle ainsi d’un «monde du dépassement», qui ne sera pas pour autant un «monde sûr». «Rien de bon ne peut survenir au-dessus de 1,5°C», prévient Inger Andersen. «Donc même si nous dépassons ce seuil, 1,5°C reste l’objectif. Mais nous devons désormais le retrouver de manière différente.» Il s’agit, selon le scénario étudié, de faire redescendre progressivement la température après un dépassement temporaire.
La première étape consiste à réduire très rapidement les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter au maximum la hausse des températures. Cela suppose une baisse massive de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz, l’arrêt de la construction de nouvelles infrastructures fossiles, une réduction des émissions de méthane et une accélération du déploiement des énergies renouvelables. Il faudra aussi réduire la demande d’énergie, transformer les transports, améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et modifier en profondeur certains procédés industriels. Une fois les émissions fortement réduites, il faudra encore s’attaquer aux émissions dites résiduelles, notamment dans des secteurs particulièrement difficiles à décarboner. L’agriculture et les déchets, par exemple, continuent d’émettre du méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement particulièrement important à court terme. Le rapport considère que l’objectif de «zéro émission nette» doit être vu comme «une étape vers un futur à “émissions négatives”, plutôt que comme la destination finale».
Les moyens permettant de retirer du carbone de l’atmosphère existent déjà, du moins à petite échelle. Les solutions les plus naturelles sont connues : planter et préserver des forêts, restaurer des écosystèmes dégradés, protéger les sols ou encore renforcer les capacités naturelles de stockage du carbone. Mais les volumes nécessaires dans le scénario envisagé sont tels que ces méthodes ne suffiraient probablement pas à elles seules. Le PNUE envisage donc également des solutions technologiques. Parmi elles, la bioénergie avec captage et stockage du carbone, qui associe production d’énergie à partir de biomasse et captage du CO2, ainsi que la capture directe du carbone dans l’air grâce à des procédés physico-chimiques.
Pour que le retour sous 1,5°C soit possible, le pic de réchauffement devra rester nettement inférieur à 2°C et les émissions restantes de CO2, de méthane et des autres gaz à effet de serre devront continuer à diminuer. «La seule façon de minimiser les dégâts est de réduire les émissions dès maintenant (…) et non de retarder l’action avec des solutions technologiques spéculatives», a critiqué Lili Fuhr, du Centre pour le droit international de l’environnement (CIEL). Mais, prévient on, même si l’humanité parvenait à repasser sous 1,5°C à la fin du siècle, il ne faudrait pas imaginer un retour à la situation climatique du début du XXIe siècle. Le futur climatique se joue aussi dans les choix énergétiques, dans les investissements décidés par les gouvernements, dans les infrastructures construites ou abandonnées, dans “la vitesse à laquelle les combustibles fossiles seront remplacés” et dans les financements accordés aux pays les plus vulnérables.
Dans un communiqué, l’organisation Climate Analytics s’inquiète du risque que ce rapport soit un «appel à l’apathie», parce qu’il n’insiste pas assez, selon elle, sur la nécessaire sortie des énergies fossiles et ne met pas clairement les responsables politiques devant leurs responsabilités. Les conclusions du rapport ont donc alarmé les associations militantes qui se sont mobilisées autour de l’objectif de 1,5°C depuis qu’il a été consacré comme référence la plus ambitieuse en matière de climat dans l’Accord de Paris. «C’est un moment déchirant, mais ce dépassement n’est pas une raison pour baisser les bras et renoncer à l’objectif de 1,5°C», a tempéré Jasper Inventor, directeur adjoint de programme chez Greenpeace International.
L’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré
en Belgique
L’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en Belgique, avec une moyenne de 20,3 degrés sur la saison, contre 19,9 en 2018, dernier record en date, d’après les températures relevées à la station de référence de l’Institut royal météorologique (IRM). Cette station, située dans la commune bruxelloise d’Uccle, en plein centre du pays, mesure les températures depuis 1833. Il fait habituellement en moyenne 17,9 degrés l’été en Belgique, d’après la «normale» calculée par l’IRM sur les trois décennies 1990, 2000 et 2010. Et si ce chiffre a déjà été dépassé à plusieurs reprises ces dernières années, c’est la première fois que la moyenne s’affiche au-delà de 20°C, relève l’institut.
Elle a été poussée à la hausse notamment par un nombre record de journées dites «de chaleur», avec des températures maximales d’au moins 30 degrés. Il y a eu 15 jours de chaleur en Belgique, contre cinq lors d’un été «normal», et seule l’année 1976 en avait compté davantage (18). Mais en comparaison avec l’intensité du phénomène de 1976, les vagues de chaleur ont été plus nombreuses et aussi plus précoces cette année. Partout en Europe, les températures ont atteint des niveaux exceptionnels cet été, conjuguées à de faibles pluies et une sécheresse des sols, un des effets du changement climatique d’origine humaine, selon les scientifiques. R. I.
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