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Algérie-Allemagne : Du gaz aux usines

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

Le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul a visité Alger pour sécuriser l'approvisionnement gazier de l'Allemagne, dont les réserves ne couvrent que 53 % depuis la rupture avec Moscou.

L'Algérie conditionne sa coopération à un partenariat industriel incluant hydrogène vert, ammoniac et transferts technologiques, au-delà de la simple vente de gaz naturel liquéfié.

Un accord élargi signé en juillet prévoit des projets industriels et l'implantation durable d'entreprises allemandes, transformant la rente hydrocarbure en valeur ajoutée locale.

Les entretiens au plus haut niveau avec Tebboune et Attaf confirment le rôle stratégique de l'Algérie comme pilier de stabilité au Sahel et partenaire clé en Méditerranée.

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El Watan

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Le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, est venu à Alger avec une urgence à peine dissimulée : les réserves de gaz allemandes plafonnent à 53%, bien en deçà de la moyenne européenne, la rupture avec Moscou est actée et le détroit d’Ormuz s’est transformé en point de fragilité. Berlin cherche une source énergétique fiable, immédiate, durable. Il l’a trouvée à Alger, mais ce que la visite du chef de la diplomatie allemande révèle, au-delà du gaz, c’est une Algérie qui ne veut pas seulement vendre ce qu’elle a sous le sol.
Le ministre allemand n’a pas manqué de le dire lui-même : l’Algérie est un partenaire fiable qui alimente déjà l’Italie et l’Espagne, et avec qui Berlin veut désormais négocier des contrats de long terme afin de sécuriser une part de son approvisionnement. Il a même fait état de «réponses très positives» côté algérien, un satisfecit rare dans le langage feutré de la diplomatie énergétique. Le raisonnement de Berlin est simple : diversifier, sécuriser, pérenniser. Mais réduire cette visite à une transaction gazière serait passer à côté de l’essentiel. Car ce que l’Algérie met en avant, ce ne sont pas seulement des volumes de mètres cubes. C’est une place dans la chaîne de valeur de demain et c’est elle qui, en bonne position, en fixe une partie des termes.
L’hydrogène vert en est la meilleure illustration. Fort d’un potentiel solaire considérable, le pays est identifié par Berlin comme un acteur central d’une filière que l’Union européenne veut voir couvrir jusqu’à 10% de ses besoins en hydrogène d’ici 2040. L’accord de partenariat élargi acté en juillet dernier ne se limite plus au gaz naturel liquéfié (dont les premières livraisons vers l’Allemagne remontent à 2024), mais s’étend à l’hydrogène et à l’ammoniac verts, ainsi qu’aux projets industriels et surtout aux transferts de technologie. Autrement dit : l’Algérie troque une partie de sa rente contre du savoir-faire, des usines, des compétences. C’est la différence entre exporter une ressource et construire une économie. La présence, à Alger, d’une délégation d’hommes d’affaires allemands n’est pas un détail protocolaire. Elle signale un intérêt qui dépasse les seuls ministères de l’Energie, celui d’entreprises prêtes à investir, à transférer des compétences, à s’implanter durablement sur le marché algérien plutôt que d’y faire une simple escale commerciale. C’est précisément ce que réclame, depuis des années, la diversification économique algérienne : moins de dépendance aux hydrocarbures, plus de valeur ajoutée produite localement, plus d’emplois qualifiés créés sur place.
Cette lecture industrielle n’épuise pas le sens de la visite. Wadephul n’a pas seulement rencontré le ministre de l’Hydrocarbures Mohamed Arkab : il s’est aussi entretenu avec le président Abdelmadjid Tebboune et le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf. Ce niveau d’entretiens, cette itinérance nord-africaine cohérente disent l’importance que l’Allemagne accorde à la région et à l’Algérie en particulier, reconnue pour son expertise dans la stabilisation du Sahel. La presse allemande elle-même a qualifié l’Algérie de partenaire «des plus utiles», faisant de la Méditerranée un «espace de force» entre les continents.
Ce que cette visite dessine, en somme, ce n’est pas le portrait d’un pays sollicité pour ses seules ressources, mais celui d’un acteur qui négocie sa propre transition : de fournisseur à partenaire, de rente à industrie, de voisinage à pilier régional. A Berlin de saisir que le partenariat qui se joue à Alger n’est pas qu’énergétique, il est aussi, et peut-être surtout, une question d’avenir industriel partagé.

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