«El Nino pourrait devenir l’un des plus puissants jamais observés» : L’ONU alerte sur une fin d’année sous haute tension climatique

L'Organisation météorologique mondiale avertit que l'épisode El Niño en cours pourrait devenir le plus puissant jamais enregistré, avec un pic attendu fin 2026 et une persistance quasi certaine jusqu'en février 2027.
Les anomalies de température de surface atteignent déjà 2,2 à 2,6 °C au-dessus des normales, tandis qu'un réservoir de chaleur sous-marine dépasse de plus de 8 °C les moyennes habituelles.
Face à cette menace, l'ONU a lancé un appel de 110 millions de dollars pour protéger 4,9 millions de personnes, le secrétaire général Guterres parlant d'une «course contre la montre» pour préparer les populations.
L'année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée sous l'effet du précédent El Niño, rappelant que la différence entre catastrophe annoncée et maîtrisée tient au temps de préparation disponible.
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Le phénomène El Nino, qui est déjà installé dans le Pacifique, pourrait atteindre, dans les prochains mois, une intensité exceptionnelle. Dans sa dernière mise à jour publiée jeudi 3 septembre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévient que l’épisode en cours pourrait devenir «le plus puissant» observé depuis le début des relevés modernes, il y a environ quatre décennies. Son pic est attendu vers la fin de l’année 2026, tandis que sa persistance jusqu’en février 2027 apparaît désormais, selon l’OMM, presque certaine.
L’avertissement concerne les températures, les précipitations et, par ricochet, une succession de risques susceptibles de toucher des régions très éloignées les unes des autres : sécheresses, pluies extrêmes, inondations, incendies et épisodes de chaleur intense.
«El Nino s’est solidement installé et va s’intensifier pour devenir un phénomène de très forte intensité dans les mois à venir», estime l’OMM, qui s’attend à des modifications importantes des régimes météorologiques à l’échelle mondiale. A Genève, la secrétaire générale de l’organisation, Celeste Saulo, a employé des termes alarmants. Le phénomène actuel, a-t-elle expliqué devant la presse, «pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés», au point de «littéralement dépasser les limites des graphiques que nous utilisons depuis quatre décennies». Les données disponibles indiquent déjà une anomalie océanique. D’après les spécialistes, le réservoir de chaleur accumulé sous la surface du Pacifique laisse présager un renforcement supplémentaire au cours des prochains mois.
El Nino est un phénomène naturel qui se caractérise par un réchauffement inhabituel des eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial.
Cette modification apparemment localisée entraîne pourtant des perturbations à grande distance, en modifiant les vents, la pression atmosphérique et les régimes de précipitations. Entre mai et juillet 2026, la température de surface de la mer dans la zone concernée était en moyenne supérieure de 1,5 °C aux normales. En juillet, l’écart a atteint 2°C. Puis, entre la fin juillet et la mi-août, les relevés ont fait apparaître des anomalies comprises entre 2,2°C et 2,6°C au-dessus de la moyenne. Par ailleurs, les températures enregistrées sous la surface de l’océan ont atteint, dans certaines zones, des niveaux supérieurs de plus de 8°C aux moyennes habituelles en juillet et au début du mois d’août.
Cette chaleur emmagasinée en profondeur constitue une sorte de réserve d’énergie susceptible d’alimenter le phénomène dans les mois à venir. «Cet énorme réservoir d’eaux océaniques très chaudes va alimenter l’intensité d’El Niño», a averti Celeste Saulo. La particularité d’El Nino tient, d’après les connaisseurs, à sa capacité à produire des conséquences très loin de sa zone d’origine. Les mécanismes atmosphériques qu’il déclenche peuvent déplacer les zones de pluies, modifier les trajectoires des systèmes météorologiques et bouleverser temporairement les équilibres climatiques de plusieurs régions du globe. Historiquement, le phénomène a été associé à des sécheresses et à un risque accru d’incendies dans certaines parties de l’Amazonie, de l’Amérique centrale, de l’Indonésie et de l’Australie.
Il peut également favoriser des précipitations particulièrement abondantes dans certaines régions d’Afrique de l’Est. Les effets peuvent se transmettre par les systèmes atmosphériques et se traduire, selon les territoires, par des pertes agricoles, des pénuries d’eau, des incendies, des inondations ou des déplacements de population. Depuis 1950, sept épisodes d’El Nino ont atteint le niveau qualifié de «très fort» par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).
«Course contre la montre »
Le plus puissant recensé jusqu’ici s’est produit en 1982-1983. L’OMM considère aujourd’hui que l’épisode de 2026 pourrait entrer dans cette catégorie des événements hors norme, voire dépasser les références utilisées jusqu’ici pour mesurer les épisodes les plus puissants.Cela intervient dans un contexte climatique difficile. Le réchauffement de fond provoqué par l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère modifie les conditions dans lesquelles se produisent les phénomènes naturels comme El Nino.
Les spécialistes précisent qu’il serait fait d’attribuer à El Nino seul tous les records de chaleur ou tous les événements extrêmes observés à travers le monde. Mais le phénomène naturel vient se superposer à un climat déjà fortement réchauffé.Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a ainsi tiré la sonnette d’alarme. «Nous nous trouvons dans une zone à hauts risques où les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent la nouvelle norme», a-t-il déclaré dans un communiqué.Jeudi, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a demandé 110 millions de dollars, soit environ 95 millions d’euros, afin de protéger 4,9 millions de personnes susceptibles d’être durement affectées par le nouvel épisode d’El Nino.Les fonds demandés doivent permettre à l’OIM et à ses partenaires de prendre des mesures préventives avant que les besoins humanitaires ne deviennent plus importants.
Les pays disposant de systèmes météorologiques performants, d’infrastructures solides et de moyens financiers importants sont appelés à renforcer leurs dispositifs d’alerte, préparer leurs services de secours, sécuriser certaines infrastructures ou constituer des stocks. «Une course contre la montre se joue désormais entre l’aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations », a résumé Antonio Guterres. L’OMM prévoit une probabilité «exceptionnellement élevée», proche de 100%, qu’El Nino se maintienne jusqu’en février 2027. Son apogée devrait intervenir vers la fin de 2026. Tous les pays sont appelés à s’y préparer.
Dans les régions menacées par la sécheresse, cela signifie notamment protéger les ressources en eau et anticiper les tensions sur l’agriculture. Là où les pluies pourraient devenir exceptionnellement abondantes, il faut renforcer les systèmes d’alerte et préparer les évacuations. Dans les zones exposées aux incendies ou aux fortes chaleurs, les services d’urgence doivent pouvoir être mobilisés rapidement. Il est à rappeler que l’année 2024 demeure, à ce jour, l’année la plus chaude jamais enregistrée, après le précédent épisode d’El Nino. Ce dernier avait contribué à faire grimper les températures mondiales, même si le réchauffement climatique y est aussi pour beaucoup. Et, comme le rappelle l’appel de l’ONU, la différence entre une catastrophe annoncée et une catastrophe maîtrisée tient souvent à une chose très concrète : “le temps dont on dispose pour se préparer”.
Amel Blidi
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