Crise entre l’Espagne et le Maroc : La guerre des déclarations envenime davantage les relations

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a dénoncé au Parlement les revendications marocaines sur Ceuta et Melilla, qualifiant ces déclarations d'inacceptables et convoquant l'ambassadrice du Maroc.
Malgré l'entrée massive de 70 000 Marocains à Ceuta fin juillet, avec des indices d'organisation, Sanchez affirme ne disposer d'aucune preuve d'implication marocaine.
Cette position isole le chef du gouvernement, critiqué par l'opposition et ses alliés, tandis que des rapports policiers pointent la permissivité des forces marocaines.
Le chef de l'opposition Alberto Nunez Feijoo exige sa démission, l'accusant d'incompétence s'il ignore les faits ou de complicité s'il les cache.
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Jeudi au Parlement en session extraordinaire, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a dénoncé les déclarations de responsables marocains revendiquant les droits du Maroc sur les enclaves Ceuta et Melilla.
«Nous rejetons ces déclarations inacceptables», a-t-il déclaré en assurant avoir convoqué l’ambassadrice du Maroc en Espagne, Karima Benyaich, le 21 août «pour lui faire part de sa position».
Cette crise intervient dans un contexte marqué par les événements des 30 et 31 juillet, où plus de 70 000 Marocains ont envahi Ceuta. Et bien que des images ont montré des milliers de jeunes et de familles, ramenés de plusieurs villes du royaume dans des camions, entre autres, encadrés et aidés pour entrer dans l’enclave, en plus des témoignages allant dans ce sens par des migrants eux-mêmes, Sanchez a déclaré, curieusement, ne pas disposer à ce jour «d’aucune preuve établissant que le Maroc ait planifié ou organisé l’arrivée massive de migrants à Ceuta à la fin du mois de juillet dernier» «Je peux vous assurer qu’aucune institution, ni le service diplomatique, ni la Commission européenne, ni aucun organisme international n’a fourni au gouvernement espagnol la moindre preuve solide que le Maroc ait planifié ou exécuté cet incident. Aucune, absolument aucune.»
Très critiqué par des partis de l’opposition et même par ses alliés les plus fidèles, le Premier ministre a répondu en les accusant de «jouer les va-t-en-guerre, avec des raccourcis dangereux face à des circonstances complexes», mais il a précisé, en outre, que «s’il existe des preuves solides de cette nature, nous agirons en conséquence, avec toute la fermeté qu’exige la situation», tout en rappelant que «ces deux villes (Ceuta et Melilla) sont espagnoles depuis des siècles». Il a cité le traité de Wad-Ras, qui a contribué à «consacrer pour toujours la souveraineté de l’Espagne» sur les deux villes.
«Pourquoi cette position obstinée de Sanchez qui l’isole…»
«Et je vous assure que pour le gouvernement espagnol, elles le resteront», a ajouté le Premier ministre espagnol, en référence au refus de Madrid de toute discussion sur la souveraineté de Ceuta et Melilla. Malgré les rapports des services de renseignement espagnols, preuves à l’appui, impliquant les autorités alaouites dans le drame de Ceuta, Sanchez continue de défendre le Maroc. «Pourquoi cette position obstinée de Sanchez qui l’isole et lève la classe politique espagnole contre lui ?», s’interrogent des observateurs.
Seul contre tous, ou presque, cette position de Sanchez «devient de moins en moins défendable».
En plus du climat de tension marqué par des manifestations massives dans plusieurs villes d’Espagne en signe de soutien à Ceuta, mais aussi à l’appel de la droite et de l’extrême droite pour protester contre la gestion de la crise par le gouvernement, les interrogations se sont encore renforcées mercredi après la fuite dans la presse d’un rapport policier pointant notamment la «permissivité» des forces de l’ordre marocaines ces deux jours-là.
Une situation qui met mal à l’aise Pedro Sanchez. «Nous n’avons pas la moindre intention de déclencher, dans un monde déjà particulièrement instable, un conflit diplomatique de premier ordre avec un pays voisin sans disposer de données solides pour le faire», se justifie-t-il.
Est-ce la raison qui le pousse à dédouaner le Maroc. Toujours est-il que la riposte à ces déclarations provient du leader du Parti populaire (droite), Alberto Nunez Feijoo : «Votre argumentation est accablante. Nous n’étions au courant de rien, et par conséquent, nous n’avons aucune responsabilité, ni aucune faute. Si c’est la vérité, démissionnez pour incompétence, et si c’est faux, démissionnez pour complicité, M. Sanchez !»
Chahredine Berriah
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