Carnet de voyage : Quand les vacances quittent le littoral

Par Rédaction Web•11 min de lecture
Brifa
Carnet de voyage : Quand les vacances quittent le littoral
Résumé IA

Les vacances d'été en Algérie se diversifient : les parcs aquatiques et complexes de loisirs se multiplient dans les villes de l'intérieur, réduisant l'attraction exclusive du littoral.

Depuis 2020, plusieurs dizaines de structures de taille moyenne ou importante ont vu le jour à travers les wilayas, portées par l'investissement privé et une demande familiale croissante.

Des complexes comme Mostaland à Mostaganem (57 hectares) proposent une expérience complète — zoo, attractions, aquapark — désormais intégrée aux circuits des agences de voyages.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

Par Kamel Benelkadi

Pendant des décennies, l’été en Algérie semblait obéir à une règle immuable : pour passer ses vacances, il fallait prendre la route vers le nord. La mer Méditerranée constituait le grand rendez-vous estival des familles, avec son lot de routes saturées, de plages bondées, de difficultés de stationnement et de longues heures de déplacement. Cette géographie des vacances est aujourd’hui en train de changer.

A travers la multiplication des parcs aquatiques et des complexes de loisirs, l’eau s’installe désormais au cœur des villes et des régions de l’intérieur. Ce phénomène ne relève plus d’une simple tendance estivale, il traduit l’émergence d’un véritable marché du loisir, porté principalement par l’investissement privé et par une demande croissante pour des expériences familiales, sécurisées et accessibles. Avant 2020, les parcs aquatiques demeuraient encore peu nombreux en Algérie. Quelques établissements pionniers avaient ouvert la voie, notamment dans la région algéroise. Mais en quelques années, le paysage s’est profondément transformé. Le pays compte désormais plusieurs dizaines de structures de taille moyenne ou importante, réparties dans de nombreuses wilayas. Leur implantation est particulièrement révélatrice : ces équipements ne se concentrent plus uniquement sur le littoral. Ils gagnent les Hauts-Plateaux, les grandes villes de l’intérieur et même des régions traditionnellement éloignées des circuits balnéaires.

Cette évolution marque un changement dans la conception même du produit touristique. Le parc aquatique n’est plus seulement un lieu où l’on vient se baigner quelques heures, il devient une destination à part entière. L’un des exemples les plus significatifs de cette nouvelle génération d’équipements est le complexe de Mostaland, à Mostaganem. Avec ses 57 hectares, il dépasse largement le cadre d’un simple parc aquatique. Zoo, parc d’attractions et Karouba Aquapark composent un ensemble conçu comme une véritable ville du loisir. Le même modèle se retrouve dans plusieurs complexes hôteliers qui ont intégré l’aquapark à leur offre. Piscines à vagues, rivières lentes, bassins pour enfants, espaces de détente, restauration, animation et parfois même des équipements de bien-être : tout est conçu pour retenir le visiteur durant une journée entière, voire plusieurs jours. Cette intégration verticale constitue l’une des clés du nouveau modèle économique. Le client ne vient plus uniquement acheter l’accès à une piscine, il achète une expérience complète. Le succès de ces espaces tient aussi à leur capacité à répondre aux nouvelles attentes des familles.

Une journée à la plage peut être soumise à de nombreuses contraintes : conditions météorologiques, état de la mer, stationnement, affluence, sanitaires, restauration ou encore sécurité des enfants. Les complexes aquatiques proposent au contraire une expérience plus maîtrisée : espaces surveillés, infrastructures dédiées, restauration sur place, zones pour différentes catégories d’âge et activités accessibles dans un périmètre réduit. Pour les familles nombreuses, cette dimension est particulièrement importante. Les tout-petits disposent de bassins adaptés, les adolescents de toboggans et d’activités à sensations, tandis que les adultes peuvent accéder à des espaces de détente.

Le parc aquatique devient ainsi un produit intergénérationnel, capable de satisfaire plusieurs publics au même endroit. L’un des aspects les plus intéressants de cette évolution réside dans sa dimension géographique. Installer des équipements aquatiques à Constantine, Sétif ou dans d’autres régions de l’intérieur revient, en quelque sorte, à rapprocher la mer des populations qui en sont éloignées.

Produits touristiques à part entière

Les familles n’ont plus nécessairement besoin de parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour offrir une journée de loisirs aquatiques à leurs enfants. Il ne s’agit pas pour autant de remplacer la mer. La plage conserve son importance culturelle, sociale et touristique. Mais l’offre s’élargit. Le tourisme domestique passe progressivement d’une logique dominée par le balnéaire à une logique de «diversification des expériences». Cette évolution pourrait être particulièrement déterminante pour les régions des Hauts-Plateaux et de l’intérieur, longtemps considérées comme des territoires émetteurs de touristes plutôt que comme des destinations de loisirs.

Autre signe de maturation du marché : les parcs aquatiques commencent à s’intégrer aux circuits des agences de voyages. Des conventions commerciales, des tarifs négociés et des excursions organisées permettent désormais d’acheminer des visiteurs depuis plusieurs wilayas vers un même complexe. Le cas de certains parcs de l’Est illustre cette dynamique, avec des excursions provenant de villes telles qu’Annaba, Skikda, Jijel, Mila, Sétif, Batna, Oum El Bouaghi, Guelma, Souk Ahras, Tébessa ou Khenchela. Le parc devient alors le point de convergence d’un véritable écosystème : transporteurs, agences de voyages, restaurateurs, hôteliers, commerces et prestataires de loisirs bénéficient du flux de visiteurs.
Cette organisation transforme progressivement la sortie familiale en produit touristique commercialisé et structuré. Après 2020, le marché s’est accéléré. La fermeture temporaire des frontières et les restrictions sur les déplacements internationaux post-Covid ont contribué à renforcer la demande de loisirs domestiques. Une partie des dépenses qui étaient auparavant consacrées aux voyages à l’étranger s’est reportée vers le marché national.

Évasion et dépaysement

Pour les investisseurs, cette situation a révélé l’existence d’un potentiel considérable : une importante demande familiale, une population jeune, un climat favorable aux activités aquatiques et une offre encore insuffisante dans de nombreuses régions. Le développement des parcs aquatiques répond ainsi à une logique économique plus large : capter localement une dépense touristique qui aurait pu sortir du territoire. La question qui se pose désormais dépasse largement le succès des toboggans et des piscines à vagues. Si les complexes de loisirs continuent à se développer dans les villes de l’intérieur, pourraient-ils modifier durablement les itinéraires estivaux des Algériens ?

Probablement pas au point de faire disparaître la traditionnelle migration vers les plages. Mais ils peuvent contribuer à la réduire, à la fragmenter et surtout à la diversifier. Pour les villes côtières, le phénomène constitue un signal. Leur attractivité ne pourra plus reposer uniquement sur la plage.

Elles devront enrichir leur offre par l’animation, la culture, le patrimoine, la gastronomie, les sports nautiques, le bien-être et des expériences touristiques capables de justifier le déplacement. A l’intérieur du pays, en revanche, cette nouvelle industrie représente une opportunité majeure de création d’activités et d’emplois, mais aussi de construction de véritables destinations touristiques. La carte des vacances n’est donc plus exclusivement dessinée par le littoral. Elle commence à se déployer vers les Hauts-Plateaux, les grandes villes et les territoires de l’intérieur. L’été pourrait ainsi entrer dans une nouvelle ère : celle où l’on ne choisit plus forcément entre la ville et la mer, mais entre plusieurs expériences touristiques. C

es espaces ne sont pas conçu comme une simple accumulation d’attractions, mais comme un parcours visant à «restaurer l’équilibre de l’individu face aux agressions de la vie moderne».
Pour garantir une déconnexion totale, les aquaparcs s’articulent autour de trois objectifs identifiés comme les remèdes aux maux urbains. L’architecture privilégie des zones de silence et de farniente. L’objectif est de délivrer l’homme de la fatigue accumulée par le biais d’occupations sans but défini, favorisant une régénération passive essentielle.

Pour briser l’ennui, le parc stimule l’évasion et l’imagination. Par un dépaysement sensoriel et des attractions innovantes, il offre une rupture nette avec le cadre habituel. Il s’agit ici de libérer l’individu de «l›automatisme de la pensée» et du «conformisme de l›action quotidienne». En intégrant la culture du corps et des activités physiques, le parc favorise l’épanouissement de la personnalité. Le parc aquatique Amira, situé dans la wilaya de Constantine est particulièrement populaire et attire quotidiennement des flux importants de visiteurs en provenance de nombreuses wilayas de l’Est du pays (comme Annaba, Sétif, Batna ou Skikda) via des excursions organisées. Les deux principaux parcs aquatiques implantés dans la wilaya de Mostaganem se sont également imposés comme de véritables produits touristiques en accueillant chaque jour des visiteurs venus de diverses régions du pays.

On peut citer également l’Aquafortland (Bordj El Kiffan), l’un des parcs aquatiques les plus connus et les plus fréquentés d’Algérie : toboggans géants, spirales, aires de jeux pour enfants, piscine à vagues et rivière tranquille. Et également Kiffan Club, l’un des plus anciens et populaires parcs aquatiques d’Algérie, idéal pour une sortie en famille, avec toboggans aquatiques, piscine en bord de mer et restauration sur place. Le développement de cette offre de loisirs s’appuie sur plusieurs autres pôles régionaux majeurs. A Oran, le dynamisme du secteur est ainsi représenté par l’AZ Aquapark, directement adossé au groupe AZ Hôtels et au centre commercial AZ Mall. Du côté de Sétif, c’est le complexe Sétifis, créé dès 1985, qui s’impose comme l’un des espaces de loisirs historiques et emblématiques du pays. Enfin, à Annaba, le parc Aqua Nacira (Sidi Amar) s’affirme comme un acteur local très dynamique, fort d’une communauté numérique particulièrement active de plus de 24 000 abonnés sur ses réseaux sociaux. Les aquaparcs s’imposent progressivement comme un maillon à part entière de l’offre de loisirs touristiques en Algérie.

Encore concentrée sur quelques grands pôles urbains, cette offre bénéficie d’un élan général favorable porté par la volonté des pouvoirs publics de diversifier l’économie touristique nationale et de renforcer le tourisme interne. Le potentiel de croissance reste important, à condition de diversifier les implantations géographiques et de professionnaliser davantage les standards d’exploitation.

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source