Les sanglots longs de Ayoub
Le récit poétique donne la parole à Ayoub, dix ans, piégé au fond d'un puits où il endure froid, faim et terreur dans l'obscurité totale.
Une vaste opération de secours mobilise pompiers, médias et attention internationale, mais les moyens techniques échouent à le sortir vivant de ce trou mortel.
L'enfant meurt en silence, sa disparition dénonçant l'oubli des normes de sécurité tout en remerciant les sauveteurs et les peuples qui l'ont pleuré.
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Le Quotidien d'Oran
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L’on semble tous l’entendre gémir : C’est de ce fond noir, de ce maudit puits que je tente avec une peine d’enfant de vous décrire mes derniers instants. Mon dernier mot était «Papa, sors moi de là !».Je suis là, je ne sais comment. Il fait nuit, y a pas de soleil pour m’éclairer, y a pas le sourire de ma mère pour me réchauffer. Oui, j’ai froid, j’ai peur, je pleure. C’est la terre froide et mouillée qui tient tout mon p’tit corps. Le temps, je ne sais pas le compter, mais il est très long. Je ne peux pas bouger, je ne veux pas dormir. Je sens une soif, une faim, mais je n’ai pas envie de manger, juste le bonheur de sortir de ce profond trou, de revoir mes parents, de jouer, et cette fois-ci je vous le jure ; loin de tout trou, de tout puits. Ça ne sert à rien de fermer mes yeux puisque tout est noir. Ici, y a plus de couleurs.
Je m’assoupis, fatigué et abandonné. A mon âge, l’on ne peut combattre la bêtise des adultes, ni lutter pour la survie. Je n’ai pas ce que les gens appellent courage ou résistance. A dix ans, le courage n’a pas de nom, ni de preneur. Je sanglote jusqu’à perdre ma voix. Je m’évanouis.
J’ouvre ma bouche, il n’y a pas d’air, je respire mal. Je n’ai plus de force, ni pour crier ni pour pleurer, j’ai juste peur des serpents, des ogres, des loups... je ne sais plus où je suis. Je m’évanouis. Je rêve et je vois des gens, des grosses machines pour creuser la terre, des caméras, des voisins, mes p’tits amis. Je reçois un truc en tuyau que je ne sais pas utiliser, moi j’ai jamais fait de plongée sous-marine pour connaître le port d’un masque d’oxygène. J’ai tout le temps joué à l’air libre et dans la boue de mon hameau mais pas aussi profondément. Pas aussi mortellement.
Je commence à mourir en silence au moment où un peu plus haut le monde faisait beaucoup de bruit. Chacun tire son jeu de mon angoisse, de ma finale détresse. Je suis sur tous les écrans, sur tous les réseaux. Je suis internationalisé, j’ai vaincu les identités, les religions et brisé toutes les frontières. Mais hélas, ni votre technologie, ni vos drones, ni vos industries n’ont pu me sauver de ce misérable trou qui vient de vous battre et de prouver vos déchéances. Je remercie tout de même ces pompiers qui ont tout fait pour m’extraire de ce marasme. Ma mort éventuelle est une preuve des faillites des hommes qui font fi des mesures de sécurité. Si je meurs, je serais heureux de quitter ce monde que je n’ai pas encore connu.
Je remercie les peuples et les mamans qui m’ont chaudement pleuré. Les soldats du feu, des crevasses, ces hommes du secours algérien.