Le RN veut interdire le voile dans l’espace public : L’annonce enflamme la classe politique et les réseaux sociaux

Le Rassemblement national relance sa proposition d'interdire le voile islamique dans l'espace public via un référendum prévu pour 2027, sanctionné par une amende.
La classe politique, de la droite à la gauche en passant par le gouvernement, dénonce une mesure populiste, inapplicable juridiquement et discriminatoire envers les musulmanes.
Des juristes estiment qu'une loi ciblant uniquement le voile serait censurée pour rupture d'égalité, tandis que des femmes voilées témoignent d'une stigmatisation électorale.
Malgré sa fragilité juridique, cette annonce permet au RN de mobiliser son électorat sur les thèmes de la laïcité et de l'islamisme à huit mois de la présidentielle.
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C’est l’un des marqueurs les plus anciens du programme de Marine Le Pen, et il est de retour au cœur de la précampagne électorale pour la présidentielle 2027. Dimanche 31 août, sur le plateau du Grand Jury BFMTV-Le Figaro, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy a mis fin aux rumeurs d’un adoucissement : oui, le Rassemblement national (RN) défend toujours l’interdiction du voile islamique dans l’espace public.
En cas de victoire à la présidentielle de 2027, la mesure serait intégrée à une «loi de lutte contre les idéologies islamistes» soumise à référendum et sanctionnée par une amende. Une annonce qui a immédiatement enflammé la classe politique et le monde juridique. La proposition n’est pas nouvelle. Marine Le Pen la porte depuis 2012, à l’époque en évoquant l’interdiction de tous les signes ostentatoires, voile et kippa compris. Cette fois, le ciblage est clair : «seul le voile islamique est visé».
Jordan Bardella et Marine Le Pen ont précisé le véhicule juridique : un référendum contre l’islamisme dans lequel figurerait l’interdiction. L’objectif affiché est double. Un texte adopté par référendum ne peut pas être contrôlé a posteriori par les Sages de la rue Montpensier. L’astuce permettrait d’éviter une censure quasi certaine d’une loi ordinaire. Le port du voile dans la rue, les commerces, les transports serait puni d’une contravention. Le montant n’a pas encore été officialisé. Pour le RN, il s’agit d’un combat pour les droits des femmes et contre le séparatisme. Pour ses opposants, d’une «rupture fondamentale avec la conception française de la laïcité».
«J’ai l’impression d’être déshumanisée…»
La critique la plus virulente est venue, de manière surprenante, de la droite républicaine. Bruno Retailleau, président des Républicains, a dénoncé sur RTL le «populisme» et la «démagogie» : «Moi, je veux dire la vérité aux Français. Et Madame Le Pen brandit des slogans dont elle sait très bien qu’ils sont inapplicables […] Ça patauge dur dans la semoule, entre l’expression de M. Tanguy, de M. Bardella, de Mme Le Pen.» Son argument est juridique : «Si vous interdisez le voile, alors il faut interdire la kippa, il faut interdire aux religieuses, si j’ose dire, de se couvrir les cheveux. […] On ne doit pas mentir aux Français.» Il ironise aussi sur la mise en œuvre : «Est-ce qu’on va demain mobiliser les policiers et les gendarmes ?» Même tonalité chez Edouard Philippe (Horizons) qui, depuis la foire de Châlons-en-Champagne, estime qu’il faut «respecter la loi telle qu’elle existe aujourd’hui» et qu’il n’est pas «nécessaire d’aller plus loin à ce stade». Gabriel Attal (Renaissance) s’est dit en «radical désaccord» : «Une femme majeure qui décide en conscience de porter le voile ne menace pas la République.»
A gauche, l’indignation a été immédiate. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur X «la police du vêtement à l’iranienne». La cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, a fustigé une «idée raciste», tandis qu’Olivier Faure (PS) y voit de «l’islamophobie». Au gouvernement, la porte-parole Maud Bregeon a rappelé que si une question devait se poser, elle devrait concerner «l’ensemble des signes religieux visibles dans l’espace public, pas uniquement pour le voile». «Je préfère une femme qui a un foulard sur la tête et qui garde les enfants, qu’un pédophile, un pédocriminel. Le RN est un facteur de révolte social et moi, je veux incarner la paix sociale, le respect des mamans, des enfants et ne pas instrumentaliser une fois de plus la façon dont les femmes s’habillent pour servir des idéologies pernicieuses», a expliqué l’ancienne ministre Ségolène Royal. Au-delà de la politique, c’est le droit qui rend la proposition extrêmement fragile. Une loi qui ne viserait que le voile islamique, sans viser les autres signes religieux, «reviendrait de fait à réserver aux musulmans un traitement différencié que les juges n’accepteraient probablement pas».
Dans la presse et sur les réseaux, de nombreuses femmes voilées ont réagi. «J’ai totalement l’impression d’être déshumanisée et le fait d’être stigmatisée n’est pas une impression : c’est factuel», confiait une trentenaire au Huffington Post, dénonçant une instrumentalisation électorale. Certains intellectuels, même critiques du voile, jugent la mesure contreproductive. L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, citée par Le Figaro, estime que sanctionner le port du voile dans l’espace public par une amende serait «difficile à mettre en place et politiquement risqué».
Si juridiquement la proposition est fragile, politiquement elle est puissante. A huit mois de la présidentielle, elle permet au RN de se démarquer du bloc central et de la droite LR sur le thème de la laïcité et de l’islamisme, tout en parlant à son électorat le plus ferme. Kamel Benelkadi
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