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Quelle solution pour l’addiction numérique des mineurs ?

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'accord historique de 18 milliards de dollars conclu entre Meta et des procureurs généraux américains sanctionne pour la première fois la conception délibérée de mécanismes addictifs ciblant les mineurs, imposant des plafonds d'usage et le masquage des compteurs de likes.

Ce précédent judiciaire inspire déjà des eurodéputés et interroge l'Algérie, qui dispose d'une volonté politique et de textes juridiques comme les lois 18-07 et 25-11, mais peine à transformer ces intentions en dispositifs contraignants et mesurables.

L'auteur souligne que la régulation seule ne suffira pas face aux contournements techniques, et qu'elle doit s'accompagner d'éducation numérique, de responsabilité parentale et de développement d'alternatives locales saines.

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Dix-huit milliards de dollars. Le chiffre, à lui seul, suffirait à marquer les esprits, mais c’est la nature du règlement conclu fin août entre Meta et une coalition de procureurs généraux américains qui constitue, en réalité, l’événement. Pour la première fois, un géant de la tech n’est pas seulement sanctionné pour une fuite de données ou une pratique commerciale déloyale : il est puni, financièrement et opérationnellement, pour avoir conçu des mécanismes reconnus comme addictifs.

Plafond de deux heures quotidiennes pour les moins de 18 ans, coupure nocturne entre minuit et 6 heures, masquage des compteurs de likes, la justice américaine vient d’acter, noir sur blanc, ce que parents et éducateurs pressentaient depuis des années : le scroll infini, les notifications et la gratification par les likes ne sont pas des effets secondaires du numérique, mais des choix de conception délibérés, pensés pour capter l’attention des plus jeunes.

Cette reconnaissance judiciaire dépasse largement les frontières américaines. Des eurodéputés réclament déjà des mesures comparables pour l’Europe, signe que le précédent d’Oakland s’impose comme une référence mondiale, et non comme une anomalie du droit américain. La question se pose alors, légitimement, pour l’Algérie : et nous ?

Il serait toutefois hâtif de croire qu’il suffirait de transposer l’accord tel quel. Le règlement Meta est le produit d’un écosystème juridique précis, une action collective portée par des dizaines de procureurs généraux, un droit de la consommation rompu à ce type de contentieux, une jurisprudence bâtie autour du Children’s Online Privacy Protection Act. L’Algérie ne dispose pas de ces leviers procéduraux, et il serait vain de les regretter plutôt que de bâtir avec les outils dont elle dispose déjà.

Car la volonté politique, elle, existe. Plusieurs projets de loi visent à encadrer les grandes plateformes, à l’image de l’obligation d’ouvrir des bureaux locaux, la suppression de contenus signalés sous 24 heures ou encore la possibilité de blocage. La cellule de veille de l’ONPPE surveille déjà les risques numériques pesant sur les enfants. Le cadre juridique de la souveraineté numérique (les lois 18-07 et 25-11) pose les jalons d’une régulation nationale. L’intention n’est donc pas le maillon manquant. Le défi reste la transformation de ces intentions en dispositifs contraignants, appliqués, et surtout mesurables.
C’est là que l’accord américain devrait servir, non de modèle à copier, mais de déclic rhétorique et politique : la preuve, par la justice d’une des plus grandes démocraties du monde, que réguler l’addiction numérique n’est pas une lubie, mais une nécessité de santé publique désormais reconnue internationalement. Encore faut-il ne pas se limiter à la seule voie réglementaire.

Toute restriction imposée d’en haut se heurte à des limites techniques bien connues (contournement par VPN, fausses déclarations d’âge) que ni les Etats-Unis ni l’Europe n’ont encore résolues. La régulation ne dispensera jamais de la responsabilité parentale, ni d’une véritable éducation numérique dès l’école ni du développement d’alternatives locales saines à ces plateformes.

L’inspiration américaine est donc valable, mais à une condition : ne pas rester au milliard-choc et à l’émotion du précédent. L’enjeu, pour l’Algérie, n’est pas de savoir si l’on peut interdire, la volonté et les textes existent déjà. Il est de savoir comment le faire sans que la loi ne reste, une fois de plus, symbolique.

Par Cherif Lahdiri

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