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Discours anti-migrants, violence, durcissement des contrôles aux frontières… : L’Europe à l’heure de la poussée de l’extrême droite

Par Amel Blidi•12 min de lecture
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Discours anti-migrants, violence, durcissement des contrôles aux frontières… : L’Europe à l’heure de la poussée de l’extrême droite
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L'extrême droite dirige ou participe aux gouvernements en Italie, Tchéquie, Slovaquie et Finlande, tout en imposant son agenda migratoire aux partis traditionnels en Suède et au Danemark.

Le Parlement européen a adopté le 17 juin, par 418 voix contre 218, un règlement durcissant les retours avec création de «hubs» externes et extension de la détention administrative.

En Italie, Giorgia Meloni bat le record de longévité gouvernementale (1413 jours) tout en maintenant une ligne dure sur l'immigration, servant de référence aux droites radicales européennes.

L'Allemagne teste sa «Brandmauer» face à l'AfD en Saxe-Anhalt, pendant que la Pologne et la Hongrie voient le recul du nationalisme au pouvoir avec Tusk et les difficultés d'Orban.

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El Watan

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Dossier réalisé par Amel Blidi

Il y a quelques semaines , un cri a retenti dans l’hémicycle du Parlement européen, à Strasbourg : «Sendthem back!», (Renvoyez-les).

Derrière ces mots scandés par des eurodéputés de droite et d’extrême droite, il y avait un symptôme d’un changement politique profond et d’un véritable basculement. Le 17 juin, le Parlement européen approuvait, par 418 voix contre 218 et 30 abstentions, la nouvelle réglementation européenne sur les retours des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière. Le texte permet notamment le transfert de personnes faisant l’objet d’une décision de retour vers des «hubs de retour» situés dans des pays extérieurs à l’Union, sous réserve d’accords avec ces Etats. Il renforce aussi les possibilités de détention et cherche à accélérer les procédures d’éloignement et de renvoi.

Il y a encore quelques années, la progression de l’extrême droite en Europe était principalement racontée à travers les résultats électoraux. La question était alors de savoir si ces partis allaient-ils réussir à transformer leur audience électorale en pouvoir politique. Désormais, l’extrême droite dirige plusieurs gouvernements européens ou participe directement à leur majorité. Elle est à la tête de l’Italie et de la République tchèque, associée au pouvoir en Finlande et en Slovaquie, tandis qu’en Suède, les démocrates de Suède soutiennent l’Exécutif sans y participer. Elle est aussi devenue la première ou la deuxième force politique et contraint les partis traditionnels à durcir leur discours, notamment sur l’immigration, l’asile, la sécurité et l’identité nationale.

Italie : la normalisation par le pouvoir

Depuis octobre 2022, Giorgia Meloni dirige le gouvernement italien. Son parti, Fratelli d’Italia, plonge ses racines dans la tradition postfasciste italienne. Mais alors qu’elle représentait une droite radicale qui inquiétait une partie de l’Europe, elle apparaît aujourd’hui comme l’une des dirigeantes les plus solidement installées du continent. Avant-hier, le 4 septembre 2026, son gouvernement a dépassé les 1413 jours d’existence, devenant le plus durable de l’histoire de la République italienne. Dans un pays qui a connu près de 70 gouvernements depuis 1946, la longévité de l’Exécutif de Meloni est une prouesse. La coalition formée avec la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia a résisté aux crises qui, par le passé, auraient probablement provoqué son éclatement. Meloni a conservé une certaine discipline budgétaire, coopéré avec Bruxelles et cherché à rassurer les investisseurs.

Elle a parallèlement maintenu une ligne dure sur l’immigration, faisant du contrôle des frontières et des retours l’un des marqueurs de son pouvoir. Cette expérience italienne fournit un argument aux autres droites radicales européennes , donnant la preuve que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne produit pas nécessairement la catastrophe annoncée. Mais en Italie, une autre droite radicale commence à lui disputer son espace. Le général Roberto Vannacci, ancien officier et ancien député européen de la Ligue, cherche à pousser plus loin le discours nationaliste. Meloni se retrouve ainsi face à un paradoxe : lorsqu’une extrême droite devient gouvernementale, elle peut être accusée par sa propre droite radicale d’être devenue trop modérée.

Allemagne : la possible rupture dès aujourd’hui ?

Le scrutin régional de ce dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt pourrait changer la donne en Allemagne. La formation d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) est créditée de scores records, et son candidat Ulrich Siegmund espère prendre la tête de l’exécutif régional. Une victoire de l’AfD ne signifierait pas qu’elle pourrait gouverner, mais remettrait en question le Brandmauer, le «mur de protection» que les partis traditionnels allemands disent maintenir autour de l’AfD (Ils se refusent jusque-là à travailler avec ce parti). Au programme, l’AfD promet des expulsions «dès la première minute», réclame un durcissement des règles d’asile, davantage de détention avant éloignement et la suppression de financements publics pour les programmes d’intégration.

Elle veut également exclure de l’enseignement ordinaire certains enfants étrangers ne disposant pas d’un droit permanent de séjour. L’Allemagne est encore l’un des pays européens où le passé nazi constitue une limite politique et morale particulièrement forte. Une entrée de l’AfD dans un exécutif régional marquerait la première fois depuis la naissance de la République fédérale qu’un parti d’extrême droite prendrait directement les commandes d’une région.

République tchèque, Slovaquie : le populisme a le vent en poupe

A Prague, depuis décembre 2025, Andrej Babis est revenu au pouvoir avec son mouvement ANO. Son discours est populiste, anti-élite et eurosceptique. Pour disposer d’une majorité parlementaire, il s’appuie sur deux formations situées à droite de son propre mouvement : le SPD et le Parti des automobilistes. La politique tchèque s’est ainsi déplacée vers une combinaison de préoccupations très concrètes (pouvoir d’achat, prix de l’énergie) et de thèmes caractéristiques de la droite nationaliste : opposition à certaines politiques européennes et défense de la souveraineté nationale. En Slovaquie, Robert Fico est revenu au pouvoir en octobre 2023. Son parti, le Smer-SD, n’est pas historiquement une formation d’extrême droite. Mais son évolution vers le populisme nationaliste et l’euroscepticisme l’a rapproché de cette famille politique. Fico s’est allié au Parti national slovaque, une formation d’extrême droite.

Scandinavie : l’extrême droite peut gouverner sans ministres

Le modèle suédois est encore différent. Les démocrates de Suède, les SD, sont issus d’une histoire nationaliste marquée par la présence, à leurs débuts, de militants liés à des mouvances néonazies. Le parti a depuis profondément modifié son image et s’est imposé comme une force électorale. Arrivé deuxième aux législatives de 2022, il soutient le gouvernement d’Ulf Kristersson sans y participer directement. Aucun ministre n’est issu du parti, mais ils votent les textes nécessaires à la majorité et pèsent sur l’orientation de la politique gouvernementale, notamment en matière d’immigration.
Le Danemark offre un autre exemple du déplacement idéologique de la question migratoire. La sociale-démocrate Mette Frederiksen reste au pouvoir, mais son parti a enregistré aux élections de mars 2026 son plus mauvais score depuis plus d’un siècle. Dans le même temps, le Parti populaire danois a presque triplé son nombre de sièges par rapport à 2022. Le Danemark avait déjà adopté depuis plusieurs années une politique migratoire particulièrement restrictive. Le cas danois montre donc que la progression de l’extrême droite ne se traduit pas toujours par son entrée au gouvernement, mais elle peut aussi pousser les partis traditionnels à durcir leur propre programme.

Europe centrale et orientale : l’extrême droite perd le pouvoir

La carte de l’Europe centrale n’est cependant pas uniforme, et la progression de la droite radicale n’est pas irréversible. La Pologne ne fait plus partie des Etats dirigés par la droite nationaliste. Le PiS, au pouvoir depuis 2015, a été battu en 2023 par la coalition conduite par Donald Tusk.Mais la victoire de Tusk n’a pas effacé la droite conservatrice du paysage. Le président Karol Nawrocki, proche du PiS, dispose notamment d’un pouvoir de veto qui lui permet de ralentir ou de bloquer une partie des initiatives du gouvernement. La Hongrie a connu un bouleversement encore plus spectaculaire. Pendant seize ans, Viktor Orban avait incarné l’une des figures centrales de la droite nationaliste européenne.

Son système politique, fondé sur la notion de «démocratie illibérale», avait fait de la Hongrie un laboratoire de confrontation avec les institutions européennes et de mise au pas progressive de plusieurs contrepouvoirs. Mais Orbnn a perdu le pouvoir en avril 2026. Ceci dit, même lorsqu’elle quitte le pouvoir, la droite nationaliste peut laisser derrière elle des institutions transformées et des politiques devenues difficiles à inverser.

Belgique et Pays-Bas : la droite traditionnelle sous pression

En Belgique, Bart De Wever dirige depuis février 2025 une coalition de cinq partis autour de la N-VA, formation nationaliste flamande classée à droite mais qui n’est pas, sur la scène nationale, généralement définie comme un parti d’extrême droite. Son affiliation européenne aux conservateurs et réformistes européens l’inscrit toutefois dans une famille politique située nettement à droite de la traditionnelle droite chrétienne-démocrate.

Aux Pays-Bas, le Parti pour la liberté de Geert Wilders, arrivé en tête des élections de novembre 2023, a participé au gouvernement de Dick Schoof. Mais l’expérience a été brève : le PVV a quitté la coalition en juin 2025 sur la question migratoire, provoquant la chute du gouvernement.

France : le prochain grand test En France, le Rassemblement national (RN) est devenu l’un des principaux pôles de la vie politique française. Marine Le Pen a obtenu 41,5% des voix au second tour de la présidentielle de 2022.

Depuis, le parti a consolidé son implantation et travaillé méthodiquement à sa crédibilisation gouvernementale. Par ailleurs, l’ascension d’Eric Zemmour, la place prise par les thèmes identitaires dans le débat public (notamment à travers les chaînes télé) et la droitisation d’une partie de la droite traditionnelle démontrent la montée de la droite radicale. La prochaine présidentielle française constitue donc un rendez-vous pour toute l’Europe.

Le scénario d’une victoire du RN est désormais intégré aux hypothèses sérieuses de la plupart des observateurs. Le baromètre annuel Verian décrit une France presque coupée en deux entre ceux qui s’inquiètent de la progression de l’extrême droite et ceux qui considèrent qu’elle apporte des réponses aux problèmes du pays. «Tout semble glisser sur le RN, notamment les épisodes judiciaires, qui ont entaché l’image de Marine Le Pen mais pas la dynamique du parti», constate Eddy Vautrin-Dumaine, directeur d’études chez Verian. Et d’ajouter : «Ce n’est plus un vote de colère, mais de solution.» Marine Le Pen se situe autour de 33 à 35% au premier tour de la présidentielle de 2027 dans plusieurs sondages récents.

La percée de Reform UK dans les conseils locaux, conjuguée au recul du Parti travailliste et à l’affaiblissement des conservateurs, confirme une recomposition profonde de la vie politique britannique. Les élections locales organisées jeudi 7 mai au Royaume-Uni ont vu la déconfiture du Parti travailliste et l’irruption massive de Reform UK, parti d’extrême droite, dans les conseils locaux.

Le Royaume-Uni face à l’éclatement de son paysage politique

Le parti de Nigel Farage a particulièrement progressé dans les régions populaires du nord et du centre de l’Angleterre, longtemps considérées comme des bastions travaillistes. Le vieux système à deux partis qui a structuré pendant plus d’un siècle la vie politique britannique montre ainsi des signes d’essoufflement.
Keir Starmer avait pourtant remporté, en juillet 2024, une victoire qui semblait rétablir le Labour au centre du jeu politique britannique.

Après quatorze années de gouvernements conservateurs, les travaillistes étaient revenus au pouvoir avec une majorité parlementaire considérable. Mais l’Exécutif travailliste est confronté à une impopularité croissante, sur fond de difficultés économiques, de pouvoir d’achat sous pression et de déception d’une partie des catégories populaires. Amel Blidi

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