Le souk des troubadours / Chikh s’est perdu près de chez lui…

Le réalisateur Chikh, auteur de documentaires remarqués sur Frantz Fanon ou la Bataille d'Alger, rend visite à son ami l'écrivain Chahreddine Berriah lors d'une escale à Maghnia.
Égaré dans sa ville natale après huit ans d'absence, Chikh tourne en rond en cherchant le café près de la mosquée, confondant tous les minarets du quartier.
Retrouvés autour d'un thé à la menthe, les deux amis évoquent l'idée d'un court-métrage sur cette mésaventure, nouveau projet commun en perspective.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Par Chahredine Berriah
Il a réalisé des documentaires et des fictions de grande qualité, Chikh. Frantz Fanon, une vie, un combat, une œuvre, La Bataille d’Alger, l’empreinte, Une république en exil, Nanterre, une Mémoire en Miroir, La nuit du doute, Le Onze du FLN… Une riche filmographie consacrée par des récompenses cinématographiques.
Réalisateur et scénariste de talent, il manie la caméra, comme on manie le stylo. Il était même intéressé par mon récit Itinéraires interdits, paru en France. Une fiction qu’il avait merveilleusement scénarisée pour un documentaire… ou un long métrage. Excité comme une puce, je me voyais déjà dans le générique du film. Quant à la suite, cela relève du secret des projets… ou du suspense, comme on dit dans le jargon du cinéma.
Quand je débarquais à Paris, c’est chez lui que j’atterrissais en premier, parfois au milieu de mon séjour. Son appartement surplombe un parc édénique. Et cela m’inspirait, en plus de la convivialité indicible.
Quand j’allais chez lui à Pablo Picasso, je n’omettais jamais de lui ramener des escargots. Chikh est capable de te faire bouillir des pierres pour te faire sentir le goût du caviar. C’est un cordon bleu. Il sait cuisiner comme il sait faire des films. Il y a des gens comme ça.
Une fois même, je lui avais ramené de la menthe, oui… ce n’est pas qu’il y’en avait pas chez lui, mais il aimait cette plante aromatique et beaucoup l’odeur du pays.
Chikh m’appela l’après-midi d’un septembre caniculaire pour m’informer qu’il était à Maghnia.
De Paris, il était descendu à Alicante dans l’Andalousie pour des vacances… et des repérages, peut-être. De là, et étant près de l’Algérie, il décida de faire une courte escapade dans sa ville natale. Une belle surprise.
Très heureux de pouvoir le revoir après huit ans d’absence, je lui indiquai l’endroit : le café près de la mosquée. Cela devait lui prendre 5 minutes. Une demi-heure s’était écoulée, mais pas l’ombre de Chikh. Dieu du ciel, comment pouvait-il se perdre dans un mouchoir ? Avait-il changé d’avis ? Avait-t-il été enlevé ? S’était-il égaré ? Mais comment un personnage, qui excelle dans les repérages, peut-il se perdre près de chez lui ?
L’essentiel, Chikh, les yeux rivés vers le ciel, il s’était mis à la recherche des minarets… pour trouver le café.
C’est que dans ma ville, programmé ou simple coïncidence, en face ou devant chaque maison de Dieu, est implanté un café. Ainsi, à son corps défendant, mon ami avait visité -de l’extérieur, pour être précis- toutes les mosquées du quartier. En quête du café.
Mal lui en prit, à un moment donné, le muezzin appela à la prière. Un fidèle apprenant les préoccupations de mon ami, et quoique pressé, le conseilla : «Priez où vous voulez, mon frère, pas nécessairement à la mosquée qu’on vous a indiquée.»
Ce n’était pas compliqué dans le raisonnement du prieur, mais c’est que Chikh ne cherchait pas Dieu, mais un ami… n’ayant aucun art pour orienter les gens. Néanmoins, fin d’esprit et bon joueur, mon ami, bien qu’en sueur, ne m’en tint pas rigueur, il me remercia même de l’avoir obligé à marcher. «C’est bon pour la santé, marcher», me rappela-t-il avec beaucoup de tact. Après les longues et chaleureuses accolades et le thé à la menthe, dans le bon café près de la mosquée, J’en profitai pour lui suggérer l’idée d’un court-métrage Comment se perdre près de lui. Encore un projet entre nous…
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler