La neige du mois d’août

Par Amine Bouali•2 min de lecture
Brifa
La neige du mois d’août
Résumé IA

Un enfant et sa mère partagent chaque matin d'août un rituel complice, faisant semblant que la neige a recouvert la ville.

Ce paysage imaginaire, né peut-être du linge blanc séchant sur les terrasses, est devenu grâce à leur amour un rêve partagé.

L'auteur sait que ce jeu prendra fin un jour, mais il restera à jamais gravé comme une « mémoire du cœur ».

L

Publié par

Le Quotidien d'Oran

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

C’est devenu une sorte de jeu entre nous cet été. Dès que j’ouvre les yeux le matin, je jette un coup d’œil par la fenêtre, puis je lance à ma mère : « Oh, tout est blanc dehors, il y a de la neige partout ! » Elle sait bien qu’il n’a pas neigé. Nous sommes en plein mois d’août, le soleil est déjà haut dans le ciel et la chaleur commence à s’installer. Mais elle joue le jeu. Elle regarde à son tour par la fenêtre, prend un air étonné et me répond : « Vraiment ? Encore de la neige ? » Alors je ris. Et le matin commence ainsi, avec une neige qui n’existe que pour nous deux. Je ne sais plus comment ce jeu est né. Peut-être le linge étendu sur les terrasses, blanchi par la lumière, m’a-t-il fait penser à un paysage enneigé. Parfois, beaucoup d’amour et la force d’y croire suffisent à transformer la dure réalité en un rêve concret. Je pressens pourtant que notre petit jeu prendra fin. Un été viendra où je ne pourrai plus dire à ma mère : « Regarde, il a encore neigé cette nuit. » Le jeu se sera arrêté, comme s’arrêtent inéluctablement tous les jeux de la vie, y compris les plus sérieux.

Pourtant, je sais déjà que, jusqu’à la fin de mes jours, il me suffira de penser à ces matins d’août, à cette fenêtre qui offre une vue imprenable sur la ville, puis de voir le sourire de ma mère pour retrouver, quelque part en moi, ce paysage immaculé que nous seuls pouvions admirer.

C’est peut-être cela, finalement, la mémoire du cœur : garder intactes même les traces de ce qui n’a jamais existé.

Voir sur le site source