L’Afrique à l’heure du basculement multipolaire
Le sommet de l'OCS a confirmé la place prépondérante de la Chine dans le bloc eurasiatique, Xi Jinping proposant un multilatéralisme alternatif hors du cadre américain.
Pékin construit une architecture parallèle — OCS, BRICS+, FOCAC, banques chinoises — fondée sur les règlements en monnaies locales et un discours de souveraineté.
La rivalité sino-américaine offre à l'Afrique un espace de négociation inédit, illustré par l'entrée de l'UA au G20 et la diversification des partenariats énergétiques.
L'enjeu est que l'Afrique parle d'une seule voix pour transformer sa position d'arbitre en force collective, sans quoi la multipolarité resterait un slogan vide.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui vient de se tenir a confirmé la place prépondérante qu’occupe désormais la Chine au sein de ce bloc eurasiatique. En présentant une proposition en quatre points, Xi Jinping a réaffirmé l’ambition de faire de la Chine l’architecte d’un multilatéralisme alternatif, pensé hors du cadre façonné par Washington depuis 1945. Sa rencontre avec Vladimir Poutine, en tête de l’agenda diplomatique, a confirmé que Pékin entend fixer le tempo d’une Eurasie en pleine recomposition.
Cette montée en puissance ne procède pas d’une rupture frontale avec Bretton Woods, mais d’une construction patiente. L’OCS, les BRICS+, le Forum de coopération Chine-Afrique et les banques de développement chinoises dessinent une architecture parallèle : règlements en monnaies locales, financements hors conditionnalités américaines et initiatives de gouvernance globale. Ce système capte une légitimité normative longtemps monopolisée par les Etats-Unis, en s’appuyant sur un discours qui résonne auprès du Sud global : souveraineté, non-ingérence, égalité entre Etats.
Reste une question de fond : l’Afrique est-elle, dans cette architecture, un acteur qui pèse sur ses propres termes, ou un réceptacle d’infrastructures dont la dette et la dépendance technologique se décident ailleurs ? La rivalité sino-américaine change la donne : plutôt qu’un choix binaire, elle ouvre aux pays africains un espace de négociation inédit. L’entrée de l’Union africaine au G20, la révision de l’Accord d’association Algérie-Union européenne, ou la diversification des partenariats énergétiques illustrent cette capacité croissante à arbitrer entre plusieurs offres. Le continent dispose, sur le papier, d’atouts considérables (ressources critiques, démographie, marché continental) pour transformer cette concurrence en levier de négociation, à condition de ne pas se contenter d’accueillir passivement les projets proposés.
Depuis sa création en 1961, le Mouvement des non-alignés (MNA) offre aux Etats africains une tribune politique pour défendre leur souveraineté et obtenir un soutien international. Bien que le Mouvement, dépourvu de mécanismes contraignants, ait accompagné les luttes de décolonisation et amplifié les revendications du Sud, il n’a pas réussi à transformer durablement les rapports économiques Nord-Sud, et son autonomie reste limitée par les rivalités des grandes puissances. Face à ce constat, des pays africains comme l’Algérie appellent désormais à passer des déclarations aux actes, en renforçant la coordination au sein de l’ONU et en promouvant une coopération Sud-Sud plus concrète, alors que le sommet en Ouzbékistan est un test de la capacité du MNA à faire peser le poids de ses 121 membres, dont de nombreux pays africains, dans les négociations internationales sur des enjeux-clés comme la sécurité énergétique et le commerce mondial. L’enjeu n’est donc pas de trancher entre Pékin et Washington, mais de transformer une position d’arbitre en position de force collective. Cette bascule suppose une condition essentielle : que l’Afrique parle d’une seule voix suffisamment audible pour peser sur les termes mêmes de la multipolarité, plutôt que de négocier en ordre dispersé. Faute de quoi, la promesse d’un ordre mondial plus équilibré resterait un slogan diplomatique de plus, sans traduction concrète sur le terrain du développement, de la souveraineté industrielle et de l’autonomie stratégique du continent.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler