Culture

Des actions qui symbolisent l’entraide et la cohésion sociale : Retrouvailles, diversité et vitalité à Kissoun

Par Hafid Azzouzi•11 min de lecture
Brifa
Des actions qui symbolisent l’entraide et la cohésion sociale : Retrouvailles, diversité et vitalité à Kissoun
Résumé IA

Le village de Kissoun, dans la commune d'Akerrou près de Tizi Ouzou, a organisé une waâda traditionnelle avec couscous de solidarité et chants religieux pour renforcer la cohésion sociale entre habitants et diaspora.

Les villageois financent eux-mêmes de nombreux équipements — mur de soutènement, réseau d'eau, bibliothèque, aire de jeux — grâce à une cotisation annuelle de 1000 dinars par salarié gérée par le comité local.

La gestion financière est confiée à un expert-comptable, avec bilans annuels certifiés par un commissaire aux comptes et soumis à l'assemblée générale pour garantir la transparence.

Malgré cette dynamique, le village souffre de coupures d'électricité estivales et réclame la fibre optique, tout en bénéficiant du soutien d'élus locaux comme la députée Hassiba Arkam et le maire d'Irdjen Rabah Mensous.

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Deux splendides jets d’eau ornent l’entrée du village de façon à offrir, d’emblée, une image sublime aux visiteurs. Une place qui surplombe les bourgades avoisinantes, situés à quelques lieues seulement, à vol de vol d’oiseau, de Kissoun, ce village qui force l’admiration tant le paysage est constitué de collines qui se dressent dans une perpétuelle icône dentelée en plein cœur de la forêt, au pied de la montagne et en face de la grande bleue, dans la commune d’Akerrou, daïra d’Azeffoun, à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Tizi Ouzou.

Là, c’est l’éden sur terre dans cette localité qui procure de la fraîcheur en période caniculaire grâce aux bienfaits de la nature et surtout au dynamisme des citoyens qui se mobilisent pour l’intérêt général. La solidarité est leur maître mot pour réaliser des projets importants en mesure de créer une certaine ambiance favorisant la cohésion sociale. Vendredi, le comité de ce village, conjointement avec l’association religieuse, a mis sur pied un programme d’activités dans le cadre d’une waâda qui a réuni les villageois et des habitants d’autres localités de la région autour d’un couscous de solidarité et d’union, ponctué d’une soirée de chant religieux pour renouer avec une pratique ancestrale profondément ancrée dans la région de Kabylie. «Notre action vise à perpétuer la solidarité d’antan. Des valeurs à préserver pour le bienêtre de tous», nous confie Saïd Zazoune, président du comité du village Kissoun, qui nous parle d’une parfaite organisation sociale qui a, a-t-il précisé, toujours abouti à la concrétisation d’actions ayant contribué de façon claire et visible au développement de la cité. Cette waâda marque une occasion de rassembler puisque, nous a-t-il fait savoir, plusieurs citoyens du village sont installés à Alger. «Tout le monde est concerné. Même ceux qui ne sont pas ici durant toute l’année participent avec des cotisations régulières pour maintenir ce cadre organisé dans notre village relevant de l’arch n’ath Flik et administrativement rattaché à la commune d’Akerrou. Celle-ci est composée aussi, entre autres, de Tiguenatine, Tigrourine, Lakrar, Nath Vouslimane, Almahlel, Agouni-Meziane, Alma-Guechtoum et Azrou ainsi que Tifrit Ath El Hadj, chef-lieu communal», souligne notre interlocuteur.
Oui. Nous avons remarqué que toute la population s’est mobilisée comme un seul homme pour faire de cette journée un événement grandiose. Dès les premières heures de la journée, les équipes étaient déjà en place, qui à l’accueil, qui au travail de cuisinier, qui à s’occuper des autres tâches inhérentes à ce rendez-vous.
L’organisation était parfaite. La viande était mise en place la veille après avoir égorgé le veau sacrifié sur l’autel de la solidarité. «Que cette waada soit une occasion de renforcer l’union, la solidarité et la fraternité entre les habitants du village, et qu’elle contribue davantage au rapprochement de toute notre région. Nous devons avoir aussi une pensée particulière pour les victimes des derniers incendies. Que Dieu accueille les défunts dans sa miséricorde, accorde patience et courage à leurs familles, guérisse les blessés et protège nos villages et nos montagnes de tout mal», nous laisse entendre cheikh Dahmane Younsi, un homme qui force le respect en raison de sa disponibilité et son implication dans les actions du village.

Education et transmission de valeurs

M. Younsi, exerçant comme enseignant, est là, au village, à longueur d’année, en veillant à l’éducation et à la transmission des valeurs à travers ses conseils de sensibilisation. «Nous essayons de sensibiliser les jeunes sur les valeurs de respect, de civisme et de vivre ensemble. Notre rôle aussi est le règlement de tout conflit en évitant surtout aux citoyens de recourir à l’action judiciaire. Il y a des conflits entre habitants qui peuvent être réglés par le comité et les sages du village», nous explique-t-il, tout en nous faisant savoir que cette décision est mentionnée dans l’un des articles du règlement intérieur régissant la gestion de ce village très paisible, situé au cœur d’une végétation luxuriante. Smail Zaalane, membre du comité, a rappelé, lui aussi, l’objectif de la waâda organisée pour réunir, a-t-il dit, les villageois dans la fraternité et l’entraide afin de maintenir le lien social. «Nous tenons aussi à rendre hommage à tous ceux qui ont contribué aux actions de réalisation de nos projets mais qui ne sont plus de ce monde aujourd’hui. Paix à leurs âmes. Nous tenons à remercier également tous ceux qui ont offert des dons pour l’organisation de cet événement», a-t-il ajouté avant de saluer les efforts de tous ceux, des élus, des universitaires et des acteurs associatifs, qui accompagnent la dynamique citoyenne dans les villages reculés de la wilaya, dont, a-t-il cité, Hassiba Arkam, membre de l’APW de Tizi Ouzou, qui a assisté à cette journée d’activités. Nous rencontrons aussi le maire d’Irdjen, Rabah Mensous, qui a, lui aussi, répondu à l’invitation des organisateurs. «C’est avec un grand plaisir de répondre à l’invitation de ce village qui a vu naître mes ancêtres», nous a-t-il déclaré à la placette de Kissoun, un endroit féerique et propre. «C’est grâce à la solidarité des villageois que tout est fait de manière à rendre les lieux beaux et attrayants», note M. Zazoune avant de nous dresser un tableau florissant des réalisations. «Nous avons des projets réalisés par les villageois et d’autres par l’APC», nous précise-t-il, affirmant que la solidarité des villageois est également venue pour appuyer les efforts de la collectivité. M. Zazoune nous montre un mur de soutènement de dizaines de mètres réalisé avec les cotisations instaurées par le comité (1000 DA par an pour chaque salarié). , indique-t-il, évoquant également la précieuse implication des jeunes et des femmes dans cette dynamique citoyenne qui est l’affaire de tous. Même les enfants ont été mobilisés dans une perspective d’éducation et de transmission de valeurs, estime-t-il.

La gestion des finances du village confiée à un expert-comptable

L’alimentation en eau potable à Kissoun est du ressort du comité qui procède régulièrement à l’entretien du réseau tout en faisant payer la consommation, à 1000 dinars l’année, pour chaque foyer. L’AEP se fait à travers le captage de sources sur une distance de trois kilomètres. «Nous installerons prochainement des compteurs pour bien réguler la consommation surtout en saison estivale. Il faut souligner que l’APC d’Akerrou nous a réalisé un château d’eau en guise de réservoir. Nous avons aussi une bibliothèque, une aire de jeu, une salle de lecture où sont assurés des cours de soutien aux enfants. Il y a un foyer de jeunes qui nécessite un personnel pour son fonctionnement optimal. Par contre, nous avons un problème lié à des coupures incessantes d’électricité surtout en période d’été. Il y a une grande pression sur les infrastructures d’où la nécessité d’un poste électrique en mesure de supporter la charge. Nous avons engagé aussi des démarches pour solliciter Algérie télécom afin de nous installer la fibre optique car, la connexion via réseau mobile est un véritable calvaire chez nous», ajoute M. Zazoune avant de parler la gestion des finances qui est confiée à Salim Chibah, un expert-comptable, qui passe au peigne fin toutes les recettes et dépenses. «Nos bilans sont, chaque année, soumis à l’assemblée générale pour adoption et certifiés par un commissaire aux comptes conformément à la réglementation en vigueur. Tout se fait dans la transparence. Nous avons aussi beaucoup de matériel appartenant au comité qui l’utilise dans des occasions comme les fêtes et autres évènements se déroulant au village. Nous avons tout un magasin géré par un membre qui veille bénévolement au grain pour préserver ce matériel», nous livre M. Chibah qui rappelle que cette parfaite organisation contribue continuellement au renforcement de la cohésion sociale et la réussite des projets d’intérêt général concrétisés grâce à des journées de volowntariats entrepris régulièrement par les citoyens de cette bourgade qui n’ont jamais oublié les malades et les nécessiteux. Ces derniers ont droit à des aides régulières. «Des aides au profit des malades et des familles démunies sont toujours prévues par le comité surtout durant les occasions comme les fêtes religieuses», nous souligne-t-il.

Sociabilité étendue

«Nous réalisons beaucoup de choses avec le volontariat. C’est notre force », estime-t-il avec beaucoup de reconnaissance aux efforts des citoyens qui maintiennent le village animé durant les occasions, comme la fête de Yennayer, avec le rituel ancestral, durant les activités culturelles et sportives et durant les cérémonies de remise des prix aux lauréats des examens scolaires. L’animation nocturne aussi rythme, selon M. Chibah, les soirées du ramadhan. C’est l’ambiance dans cette contrée qui réunit ses habitants autour de la solidarité villageoise, un des piliers des valeurs sociales de la région de Kabylie. Sur cet aspect, le docteur Mohamed Achir, spécialiste en économie sociale et solidaire, lui aussi invité par les organisateurs, nous explique davantage le concept des caisses villageoises qui ont servi à la concrétisation de beaucoup d’actions dans les localités rurales. Selon le même chercheur, dans les villages, on assiste à la professionnalisation de la gestion des caisses villageoises et la réalisation d’importantes actions collectives dont l’objectif est social, économique et environnemental, ce qui incite les citoyens à la solidarité à travers une ambiance qui renforce le lien social où les hommes et les femmes se regroupent pour accomplir des tâches d’intérêt commun. L’assemblée du village délibère sur toutes les étapes de la réalisation des projets, nous a-t-il ajouté au cours de notre immersion dans ce village qui s’inscrit dans une sociabilité étendue vers la coordination des 10 comités de villages de la commune d’Akerrou. Le village Kissoun a vécu, vendredi, des moments de retrouvailles, de diversité et de vitalité tant les habitants ont organisé une rencontre marquée par des images symbolisant la solidarité, l’entraide et la cohésion sociale. Une véritable communion entre les villageois. 


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