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De quelle humanité parlez-vous ?

Par Mustapha Aggoun•6 min de lecture
Brifa
De quelle humanité parlez-vous ?
Résumé IA

L'auteur plaide pour le rétablissement de la peine de mort en Algérie face aux crimes d'une gravité exceptionnelle, notamment ceux visant les enfants, estimant que les principes abstraits des droits de l'homme ne doivent pas primer sur la protection des victimes innocentes.

L'éditorial soutient que le meurtre d'enfant, l'incendie volontaire et le trafic de drogue à grande échelle détruisent irréversiblement des vies, des familles et des territoires, justifiant une sanction ultime comme frontière nécessaire et non comme vengeance.

La véritable mesure d'une civilisation, argue le texte, réside dans sa détermination à défendre les plus vulnérables plutôt que dans la seule protection du condamné, refusant que l'abolition soit le monopole de l'humanisme.

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Le Quotidien d'Oran

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À peine la question du rétablissement de la peine capitale pour certains crimes d’une gravité exceptionnelle revient-elle sur la table en Algérie que les mêmes mots sont brandis : droits de l’homme, civilisation, dignité, respect de la vie.

Des principes sérieux, nul ne le conteste. Mais avant d’en faire des arguments définitifs, encore faudrait-il se demander de quelle vie, de quelle dignité et de quelle protection nous parlons.

Quand un enfant est enlevé, arraché aux siens, livré à un prédateur, soumis à des violences puis assassiné, que deviennent ces grands principes ? Où est la dignité de cet enfant lorsqu’il n’est plus là pour raconter ce qu’il a subi ? Il est facile de parler d’humanisme à distance.

Il est autrement plus difficile de se tenir devant une mère à qui l’on vient d’annoncer que son enfant ne rentrera jamais et de lui expliquer que la priorité morale serait de préserver jusqu’au dernier souffle celui qui lui a pris le sien.

Lorsqu’un individu s’en prend à un enfant, exploite son innocence, le fait souffrir puis le tue pour faire disparaître les traces de son crime, nous ne sommes plus devant un simple dossier judiciaire. Derrière les articles du Code pénal, il y avait une vie, des habitudes, des projets, une famille. Après le crime, il reste une chambre silencieuse, un cartable qui ne servira plus, une place vide à table et des parents condamnés à vivre avec une absence que rien ne pourra réparer. C’est précisément ce que les raisonnements trop abstraits risquent d’effacer : derrière chaque affaire criminelle, il y a d’abord une existence brisée.

On objectera que la peine de mort est irréversible. C’est vrai. Mais le meurtre l’est aussi. On rappellera que la justice peut se tromper. C’est vrai également. Voilà pourquoi une telle sanction, si elle devait être appliquée, ne pourrait l’être qu’au terme d’une procédure d’une rigueur absolue, avec des preuves incontestables, des garanties exceptionnelles et tous les recours nécessaires. Mais le risque d’erreur ne répond pas à tout. Il laisse entière une question que l’on préfère parfois éviter : que doit faire une nation lorsqu’elle se trouve face à un crime dont la gravité dépasse ce que les peines ordinaires semblent pouvoir exprimer ?

Il n’y a pas que les crimes commis contre les enfants. Regardons ce qui se passe autour de nous. Celui qui met volontairement le feu ne détruit pas seulement une forêt. Il peut anéantir des terres, des maisons, des ressources, des animaux et des vies humaines. Le trafiquant qui déverse des tonnes de drogue sur le marché ne vend pas simplement une marchandise interdite. Il fait vivre des réseaux qui s’enrichissent de la fragilité des autres, rongent des familles et hypothèquent l’avenir d’une partie de la jeunesse. Ce sont des formes de violence qui ne ressemblent pas toujours à la guerre, mais qui en produisent parfois les mêmes ravages : elles s’attaquent aux personnes, aux familles, aux territoires et à terme, à ce qu’une nation transmet à ses enfants. Alors, où place-t-on la limite ? Jusqu’où une collectivité doit-elle se montrer clémente envers celui qui choisit délibérément de détruire ? À partir de quel moment le droit des citoyens à se protéger doit-il entrer dans le débat ?

Il ne s’agit pas de vengeance. La vengeance appartient à la douleur des hommes ; la justice relève de l’État. Mais rendre justice ne signifie pas seulement comprendre, expliquer ou espérer une réinsertion. La loi doit aussi protéger, sanctionner et fixer des frontières suffisamment claires pour que certains actes ne puissent être considérés comme de simples égarements.

Lorsqu’un crime est prémédité, lorsqu’il vise un enfant sans défense, lorsqu’il est commis avec une cruauté extrême ou lorsqu’il entraîne volontairement une destruction massive, il n’est pas illégitime de poser la question de la sanction ultime. Ceux qui la refusent ont évidemment le droit de défendre leur conviction. Mais qu’ils cessent de distribuer les certificats de civilisation, comme si l’abolition était le seul passeport permettant de se prétendre humaniste et comme si toute position contraire relevait nécessairement de la barbarie. Refuser la peine capitale ne donne à personne le monopole de la compassion. La première solidarité devrait aller vers celui qui n’avait ni la force, ni l’âge, ni les moyens de se défendre. Une nation ne se mesure pas uniquement à la manière dont elle traite ses condamnés. Elle se mesure aussi à la détermination avec laquelle elle protège ses enfants, ses familles, ses territoires et ceux qui viendront après nous.

Quand vous invoquez les droits de l’homme, n’oubliez donc pas le plus élémentaire : ‘le droit de vivre’. Quand vous parlez de dignité, pensez à ces familles qui porteront jusqu’à leur dernier jour le poids d’un enfant qu’on leur a arraché. Lorsque vous vous réclamez de la civilisation, ne réduisez pas celle-ci à la protection de celui qui a détruit. La civilisation, ce n’est pas fermer les yeux sur le bourreau au nom d’un principe ; c’est savoir défendre ceux qui n’ont personne pour les défendre.

Alors, de quelle humanité parlez-vous ?

De celle qui détourne le regard lorsque l’innocent est frappé ? De celle qui trouve toujours une raison pour expliquer celui qui détruit, mais trop peu de mots pour ceux qui vivent avec les conséquences de son acte ? Non. La véritable mesure de nos principes ne se trouve pas seulement dans la compassion que nous accordons au coupable, mais dans la place que nous réservons à l’enfant à la famille, à la vie et à cette terre que nous avons reçue en héritage et que nous laisserons aux générations futures.

Si ces mots ne signifient plus cela, alors ils ont perdu leur substance. Ils ne sont plus des principes. Ils ne sont plus qu’un vocabulaire.

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