Élections régionales en Allemagne : L’extrême droite largement en tête, une crise politique s’ouvre

L'AfD remporte les élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8 % des voix, son meilleur score historique, mais rate la majorité absolue de trois sièges au parlement local.
Le « cordon sanitaire » des partis traditionnels bloque toute coalition, ouvrant une crise qui pourrait mener à de nouvelles élections si aucun accord n'est trouvé d'ici octobre.
Ce résultat reflète le ressentiment persistant de l'Allemagne de l'Est face aux inégalités post-réunification, tandis que l'international réagit entre félicitations d'extrême droite et inquiétudes européennes.
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El Watan
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L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté dimanche 6 septembre les élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8% des voix, un score sans précédent pour le parti d’extrême droite dans ce «Land» de l’est de l’Allemagne. La CDU du chancelier Friedrich Merz s’effondre à 17,2%. Mais l’AfD, qui obtient 39 sièges sur 83, reste à trois élus de la majorité absolue. L’ extrême droite devient ainsi, élection après élection, la première force politique dans certaines régions du pays.
«Nous avons obtenu exactement ce que nous voulions obtenir. Nous avons écrit l’histoire dans ce Land.» Ulrich Siegmund, tête de liste de l’Alternative pour l’Allemagne en Saxe-Anhalt, ne cachait pas sa satisfaction dimanche soir. Avec 43,8% des suffrages, selon les résultats provisoires, son parti signe son meilleur résultat jamais obtenu dans une élection régionale et relègue très loin derrière lui la CDU, qui gouvernait jusqu’ici le Land. La formation dirigée au niveau fédéral par le chancelier Friedrich Merz recueille 17,2% des voix, soit son plus mauvais résultat jamais enregistré en Saxe-Anhalt. Le SPD arrive à 9,3%, les Verts à 8,9% et Die Linke à 8,6%. Dans ce Land de quelque 2,1 millions d’habitants, l’AfD a plus que doublé son résultat de 2021 et confirmé une implantation dans l’est du pays. Pour autant, la victoire ne signifie pas automatiquement que l’AfD prendra les commandes du gouvernement régional.
Crise ouverte
Le nouveau Parlement régional comptera 83 députés. L’AfD devrait en obtenir 39, soit trois de moins que les 42 nécessaires pour disposer de la majorité absolue. Dans les Lander allemands, remporter le scrutin ne suffit pas, il faut pouvoir faire élire un ministre-président et réunir une majorité capable de gouverner. Depuis sa création en 2013, l’Afd n’a jamais participé à un gouvernement régional allemand ni au gouvernement fédéral. Et pour cause : les principales formations politiques allemandes refusent de gouverner avec lui.
Cette règle, connue sous le nom de «cordon sanitaire», constitue depuis plusieurs années l’un des principaux remparts institutionnels contre l’entrée de l’extrême droite en Allemagne. Aussi, les partis traditionnels allemands sont désormais sous pression. «Nous avons reçu un mandat pour gouverner et nous tendons la main, mais nous n’allons pas renier nos principes ni nous trahir», a déclaré Siegmund.
Le problème réside dans le fait que même si l’AfD est de très loin le premier parti du Land, elle pourrait se retrouver dans l’incapacité de former un gouvernement. Le BSW, l’Alliance Sahra Wagenknecht, un mouvement populiste de gauche, qui dispose de cinq députés, partage avec l’AfD certaines positions, notamment sur l’immigration et la guerre en Ukraine. Il s’est dit prêt à envisager une coopération sans accepter pour autant, à ce stade, une coalition classique. Mais Siegmund a rejeté l’idée d’une simple majorité obtenue par abstention. «Une abstention ne constitue pas pour moi une majorité stable», a-t-il affirmé. Le nouveau Parlement doit se réunir au plus tard le 6 octobre. Si aucun accord n’est trouvé, de nouvelles élections pourraient devenir l’une des issues possibles. Siegmund estime, à ce propos, qu’un nouveau scrutin pourrait permettre à son parti de franchir un nouveau seuil. «Dans le pire des cas, il y aura de nouvelles élections, et nous obtiendrons alors 50 ou 55%», a-t-il lancé.
«Un territoire qui se sent encore à l’écart»
Selon les analystes, la performance de l’AfD ne peut pas être réduite à un vote de protestation sur l’immigration. La Saxe-Anhalt appartiendrait à cette Allemagne orientale qui, 37 ans après la chute du mur de Berlin, continue de porter les traces économiques, sociales et politiques de la réunification. La région reste moins prospère que les territoires occidentaux les plus riches. Les écarts de revenus et de patrimoine, les départs de jeunes vers les grandes villes et l’ouest du pays, le vieillissement de la population et le sentiment d’avoir été laissé en marge du développement allemand alimentent un ressentiment qui dépasseraient les questions migratoires. L’AfD a depuis longtemps entretenu un discours selon lequel la réunification n’a jamais complètement tenu ses promesses, s’appuyant sur une forme de fierté est-allemande.
Au menu de son programme politique, Siegmund a notamment promis de lancer, dès son arrivée au pouvoir, une «offensive de remigration et d’expulsion» visant les migrants sans statut légal.
Par ailleurs, le parti revendique une offensive à l’idéologie «woke».
Il veut notamment remplacer dans les établissements scolaires les drapeaux arc-en-ciel associés aux mobilisations LGBT par le drapeau allemand. Il entend également modifier l’enseignement de l’histoire afin de réduire l’importance accordée au IIIe Reich et à Hitler. Face au déclin démographique de la Saxe-Anhalt, l’AfD propose parallèlement de favoriser le retour des Allemands expatriés et d’instaurer des «primes à la naissance» pour les familles. Le fait est cependant que la Saxe-Anhalt manque déjà de travailleurs dans plusieurs secteurs.
La santé est particulièrement dépendante de salariés nés à l’étranger. L’Institut économique allemand a ainsi averti que la politique migratoire défendue par l’AfD pourrait être «ruineuse» pour le Land.
Des responsables politiques allemands craignent qu’un exécutif régional dirigé par l’AfD puisse fragiliser certains mécanismes de sécurité et de renseignement et, notamment, «exposer des informations sensibles à la Russie».
Le ministre de l’Intérieur de Thuringe, Georg Maier, a ainsi affirmé au quotidien Handelsblatt que le Kremlin «ne cache pas le fait que l’AfD est l’instrument le plus important pour déstabiliser l’Allemagne» au profit de Vladimir Poutine. L’AfD rejette évidemment ce type d’accusations et dénonce régulièrement des tentatives de la discréditer politiquement.
Mais surtout, c’est la première fois depuis 1945 qu’un parti d’extrême droite prendrait la direction d’un gouvernement régional allemand.
Le scrutin n’a pas manqué de susciter des réactions à l’étranger. En Italie, le vice-Premier ministre d’extrême droite Matteo Salvini a salué une victoire qui, selon lui, révèle «la forte demande de changement» et prouve qu’«une autre Europe est possible». Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a estimé que «seuls les idiots ou les traîtres peuvent se réjouir du triomphe de l’AfD en Allemagne».
En France, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a parlé d’un «moment grave en Europe», tout en appelant à «entendre avec humilité les colères, les inquiétudes, les peurs et y répondre». Amel Blidi
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