Sous le soleil du Sersou, la valse aigre-douce des fruits d’été

Par Amellal Fawzi•5 min de lecture
Brifa
Sous le soleil du Sersou, la valse aigre-douce des fruits d’été
Résumé IA

À Tiaret, les prix des fruits d'été flambent sur les marchés, rendant bananes (1600 DA/kg), pommes (1500 DA/kg) et poires (700 DA/kg) inaccessibles pour de nombreux foyers.

Melons, pastèques et premiers raisins restent à des tarifs encore supportables pour la classe moyenne, offrant une alternative rafraîchissante.

La figue de barbarie, résistante aux rumeurs de champignon ravageur, demeure la reine abordable des matins tiarétins, vendue quelques pièces sur les charrettes en bois.

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Par Amellal Fawzi

A Tiaret, l’été ne commence pas vraiment au lever du soleil, mais à l’heure incertaine où les ruelles conservent encore un soupçon de la fraîcheur nocturne. Dès l’aube, un rituel immuable s’empare des habitants : on sort «faire la pêche» aux prix, une quête matinale et anxieuse pour remplir un panier qui refuse désespérément d’aligner sa contenance sur la réalité des portefeuilles.

Du marché informel d’«El Mederssa» dont les tentacules urbaines s’étirent désormais sans discontinuer jusqu’aux structures du marché couvert, le parcours tient autant de l’épreuve économique que du pèlerinage social. C’est le théâtre d’un pèlerinage quotidien.

Entre deux étals et trois déceptions tarifaires, les trajectoires se croisent, les poignées de main s’étirent et les bavardages s’installent. Ce lieu est devenus le point de convergence privilégié des nostalgiques d’un temps révolu, où l’on évoque avec une pointe d’amertume l’époque où garnir la table dominicale des fruits généreux du Sersou relevait du simple plaisir d’offrir, et non d’un arbitrage budgétaire douloureux.

Le vertige des étiquettes et le drame des convalescents

Au sortir des boucheries, où les viandes blanches et les fruits de mer se disputent désormais le sommet d’une mercuriale imaginaire, quelques étals savamment achalandés exposent des fruits tirés à quatre épingles. Ils servent de baromètre à une déconnexion tarifaire devenue vertigineuse.

Les mots manquent pour qualifier des cours devenus totalement intouchables pour le commun des mortels. Le drame se joue surtout à l’ombre des hôpitaux et des chambres de malades : ces fruits nobles, que l’on offrait traditionnellement en gage de soutien et de convalescence, sont devenus un luxe prohibé.

La banane, pourtant habituée aux fluctuations des arrivages, fait une embardée spectaculaire et caracole désormais à un sommet vertigineux de 1600 DA le kilo.

La belle pomme, luisante sous les néons comme un bijou d’orfèvrerie, rejoue le drame du fruit défendu à 1500 DA.

Quant à la poire, qu’on croyait plus mûre et plus docile, elle préfère faire «poireauter» les bourses les plus modestes en s’affichant hautainement à 700 DA.Dans cette surenchère généralisée où le consommateur se sent abandonné à la spéculation des intermédiaires, la vraie mercuriale, l’officielle, celle qui fixerait des capuchons aux prix et protégerait le pouvoir d’achat brille toujours par son absence.

Les derniers bastions de la corbeille populaire

Heureusement, au milieu de ce naufrage tarifaire, quelques rescapés de la saison tentent d’éviter le dénuement total de la table familiale. Le melon et la pastèque, bien que leur qualité s’avère parfois aléatoire au gré des découpes, continuent de rafraîchir les déjeuners étouffants sous les toits de tôle, tandis que les premiers raisins dorés viennent sucrer le couscous du soir à des cours encore tolérables pour la classe moyenne.

Mais la véritable souveraine, la star incontestée des matins de Tiaret, demeure la figue de barbarie. La piquante «el kermous» voire «el hindi» a pourtant failli être sabordée, victime de rumeurs persistantes sur un mystérieux champignon ravageur qui devait promptement signer son arrêt de mort et l’effacer des mémoires. Peine perdue. Invincible, rebelle et fidèle à son terroir aride, elle continue d’envahir les charrettes en bois dès les premières lueurs du jour. Pour quelques pièces symboliques, elle offre sa chair fraîche et gorgée de soleil, imbibant les palais des lève-tôt avant que la grande chaleur ne vienne figer la ville.

A Tiaret, si les fruits nobles ont déserté le panier des humbles pour devenir des objets de contemplation, la générosité sauvage de la terre offre encore ce goût d’authenticité, en attendant que les prix retrouvent enfin la raison.

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