Vers une stratégie de prévention pérenne

Par Mohand El Hocine Ouffroukh•12 min de lecture
Brifa
Vers une stratégie de prévention pérenne
Résumé IA

L'Algérie adopte une stratégie proactive de prévention des incendies de forêt face à l'aggravation des risques climatiques, remplaçant l'approche réactive par une mobilisation multisectorielle permanente.

Le cadre juridique (loi 23-21) impose la prévention comme responsabilité partagée entre l'administration des forêts, la protection civile, les collectivités locales, les opérateurs d'infrastructures et les citoyens.

Les mesures administratives incluent la cartographie des zones à risque, plans wilayas, patrouilles de surveillance, tours de guet et drones, entretien des pistes et pare-feu, points d'eau, et restrictions d'activités en période critique.

La saison 2026 prévoit détection précoce par drones et moyens aériens, salles d'opérations numériques, exercices de simulation terrain, aménagements forestiers préventifs et sensibilisation continue des populations riveraines.

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Le Quotidien d'Oran

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Y faire face impose de passer d’une          logique d’intervention après le déclenchement des incendies à une politique plus proactive, fondée sur la prévention, la détection précoce, l’intervention rapide et une coordination permanente entre les différents secteurs et organisme. Cette orientation revêt une importance accrue, dans un contexte marquée par des changements climatiques, la hausse des températures ainsi que par la récurrence des sécheresses et des vents violents; autant de facteurs climatiques qui accroissent l’inflammabilité du couvert végétal et favorisant la propagation rapide des incendies. Ces dernières années, l’Algérie a connu des incendies de grande ampleur ayant engendrés des pertes humaines, matérielles et environnementales considérables, faisant ainsi de la préservation des vies humaines et du patrimoine forestier une priorité absolue nécessitant une mobilisation constante, tant au niveau administratif que sur le terrain.

Cadre juridique : la prévention, une responsabilité multisectorielle

La loi relative aux forêts consacre la protection du patrimoine forestier national comme une responsabilité fondamentale de l’Etat et stipule que la prévention et la lutte contre les incendies de forêts s’étendent à l’ensemble des forêts et des terres à vocation forestière quel que soit leur statut juridique. La loi n° 23-21 du 23 décembre 2023 relative aux forêts et aux richesses forestières stipule que l’Administration chargée des forêts met en place, dans le cadre des plans d’aménagement et de gestion forestière contre les incendies, incluant notamment des pare-feu, des pistes forestières et des tours de surveillance. Elle impose également aux diverses structures et entités responsables des routes, des voies ferrées ainsi que des réseaux de gaz, d’électricité et de fibre optique traversant les zones forestières, de prendre les mesures nécessaires pour les protéger contre les risques d’incendie. Ce cadre juridique met en évidence que la prévention, ne relève pas d’une seule entité, mais constitue un dispositif impliquant l’administration des forêts, la protection civile, les autorités locales, les services de sécurité, ainsi que le secteur des travaux publics, de l’énergie, des transports, de l’agriculture et de l’environnement, aux côtés des citoyens et de la société civile.

Que signifie la prévention administrative proactive ?

La véritable prévention commence bien avant la saison des incendies, par l’élaboration des plans précis à l’échelle des Wilayas Dairas et communes, identifiant les zones les plus exposées aux risques, et par la répartition des ressources humaines et des moyens en fonction du niveau de danger.

Parmi les principales mesures administratives à prendre, on compte:

- Elaboration de cartes précises des zones forestières à haut risque et leur mise à jour périodiquement en fonction des données climatiques, du couvert végétal et du relief;- Etablissement de plans de Wilaya pour la prévention et la lutte contre les feux de forêts, tout en définissant les responsabilités de chaque organisme et intervenant;- Organisation de patrouilles de surveillance continue des zones sensibles, notamment lors des périodes de fortes chaleurs et de vents;- Activation des tours de guet et des postes d’observation, et recours aux drones ainsi qu’aux moyens de surveillance modernes pour la détection précoce de tout foyer de fumée;- Nettoyer les abords des pistes forestières et éliminer les herbes sèches ainsi que les débris inflammables;- Entretenir les pistes forestières et les pare–feu et les préparer avant le début de la saison à risque;- Veiller à la disponibilité des points d’eau et des zones de ravitaillement à proximité des massifs forestiers;- Surveiller les travaux et activités susceptibles de provoquer des départs de feu à proximité des forêts;- Renforcer la surveillance du brûlage des déchets, des herbes et des résidus agricoles particulièrement dans les zones forestières et durant les périodes à haut risque;- Interdire ou restreindre centaines activités au sein des zones forestières durant les périodes de risque maximal, conformément à la législation et la réglementation en vigueur.

Alerte précoce : quelques minutes peuvent éviter une catastrophe

La détection précoce constitue l’un des éléments clés d’une politique proactive. En effet, plus un incendie est décelé à un stade précoce, plus les chances de le maitriser avant qu’il ne prenne une ampleur difficile à contrôler, sont élevées. Dans le cadre des préparatifs pour la saison 2026, le Ministère de l’Intérieur, des Collectivités Locales et des Transports, a souligné l’importance de la préparation opérationnelle et d’intensifier les campagnes de sensibilisation, tout en mobilisant des moyens aériens et des drones pour la détection précoce et l’intervention rapide. Par ailleurs, lors d’un exercice sur le terrain de lutte contre les feux de forêts à Chréa, le plan de prévention et de lutte contre les incendies de forêts pour la saison 2026, a été présenté, incluant les mesures préventives, organisationnelles et opérationnelles, l’accent a été également mis sur l’importance des postes de commandement, des cartes numériques, de l’analyse des informations relatives aux incidents et de la localisation des sites d’intervention. Ainsi, l’investissement dans des systèmes d’alerte précoce, couplés à des salles d’opérations au niveau des Wilayas et au niveau national, permettrait de réduire le délai de détection des incendies et d’orienter les équipes d’intervention vers le lieu du sinistre avec une plus grande précision.

Aménagement forestier : la prévention commence sur le terrain

Il est impossible de combattre les incendies uniquement à l’aide de moyens aériens et de camions de pompiers, car, la nature même de la forêt influe considérablement sur la vitesse de propagation du feu. C’est pourquoi, la saison des incendies doit être précédée d’opérations d’aménagement forestier de grande envergure, incluant le nettoyage des pistes, l’ouverture de voies de passage, la création et l’entretien de pare-feu, ainsi que l’élimination de la biomasse végétale sèche dans les zones à haut risque, tout en adoptant des méthodes de gestion du couvert végétal qui limitent la continuité du combustible forestier. Cet aspect revêt une importance particulière, car la législation algérienne a érigé les dispositifs des défenses des forêts, notamment, les tranchées, les pistes et les tours de guet, en éléments fondamentaux de la prévention.

Les Communes et les Wilayas : le premier maillon de l’anticipation

Il incombe aux Wilayas et aux Communes, avant la période à risque, de mener des opérations sur le terrain, visant à identifier les points critiques, éliminer les sources d’inflammation, surveiller les décharges situées à proximité des forêts, nettoyer les accotements routiers et garantir un accès aisé aux véhicules de la protection civile. Il convient également d’organiser des exercices de simulation périodiques pour tester la rapidité de coordination entre les différents services et identifier les lacunes avant la survenue d’une catastrophe. A cet égard, le Ministère de l’Intérieur a insisté en 2026, sur l’organisation de tels exercices dans les différentes Wilayas, afin de renforcer les capacités d’intervention et d’améliorer la réactivité face aux risques.

La protection des forêts est aussi la responsabilité du citoyen

Malgré l’importance des moyens déployés par l’Etat, le facteur humain demeure essentiel dans la prévention des incendies. Par conséquent, les campagnes de sensibilisation ne doivent pas se limiter à des affiches et à des messages saisonniers; elles doivent au contraire, se transformer en une action de proximité continue, ciblant les habitants des villages et des zones montagneuses, les agriculteurs, les estivants, les éleveurs ainsi que les usagers des pistes forestières.

Les messages clés soulignent la nécessité de ne pas allumer de feu dans les zones non prévues à cet effet, de ne pas jeter de mégots ou de matières inflammables, de ne pas laisser de déchets en forêt et de signaler immédiatement, toute fumée ou tout incendie, via les canaux d’urgence. Il convient également d’associer les associations locales, les comités de quartiers et les habitants de zones forestières au dispositif de prévention, car les populations locales sont souvent les premières à repérer le début d’un incendie.

La coordination intersectorielle: une condition d’efficacité

L’expérience a démontré que la multiplicité des intervenants ne garantit pas nécessairement une efficacité accrue, à moins qu’elle ne s’accompagne d’une coordination claire. Par conséquent, les différents services doivent opérer au sein d’une salle des opérations communes, tout en définissant au préalable les responsabilités, les chaines de commandement et les modalités d’échange d’informations. Le dispositif englobe principalement, les services des forêts, de la protection civile, des autorités locales et de la sécurité, ainsi que les secteurs des transports, de l’énergie, des travaux publics, de l’agriculture et de l’environnement. Dans le cadre de la préparation pour 2026, le Ministère de l’intérieur a souligné que l’action concertée entre les différents intervenants constitue un facteur clé pour faire face aux incendies de forêt, en mettant l’accent sur la préparation, la prévention et l’intervention rapide.

La protection du patrimoine forestier ne s’arrête pas à l’extinction des incendies

L’extinction de l’incendie ne constitue que l’étape immédiate; la préservation du patrimoine forestier exige, quant à elle, une politique qui s’inscrit dans l’après-catastrophe. Après chaque incendie, il convient de procéder à une évaluation scientifique et administrative des dommages, de délimiter les zones touchées, d’empêcher l’exploitation illégale du bois brulé, de lutter contre l’érosion et la dégradation des sols , et d’élaborer des programmes de réhabilitation et de reboisement fondés sur des études prenant en compte les caractéristiques de la zone et les espèces végétales appropriées. Il convient également de tirer des enseignements de chaque incident et de les traduire en mesures correctives dans les futurs plans de prévention.

Vers une stratégie de prévention pérenne

Le véritable défi auquel l’Algérie est confrontée ne réside pas uniquement dans l’acquisition davantage de moyens de lutte contre les incendies, mais dans la mise en place d’un système pérenne de gestion des risques d’incendies de forêt, englobant, la planification, l’aménagement, la surveillance et l’alerte précoce, jusqu’à l’intervention, l’évacuation et la réhabilitation.

La prévention proactive implique d’agir dès l’hivers et le printemps, et non lorsque les incendies éclatent en été, elle suppose que les voies d’accès soient dégagées, les pare-feu prêts, les tours de guet opérationnelles, les moyens aériens en état d’alerte, le personnel formé, les centres de commandement interconnectés et les populations informées de la conduite à tenir en cas de détection d’un incendie.

Face aux risques climatiques croissants, la préservation des forêts devient une responsabilité qui dépasse la simple protection des arbres pour englober celle des sols, de l’eau et de la biodiversité, de l’économie rurale, des biens et des vies humaines. La protection du patrimoine forestier algérien commence avant même que ne s’enflamme la première allumette; toute mesure administrative prise en temps opportun peut permettre de sauver des centaines d’hectares, de protéger des villages et des biens, et plus important encore, de préserver la vie des citoyens.

* Diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration - Ancien Cadre

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