Israël : chroniques d’un sionisme suprémaciste génocidaire

Par Mazouzi Mohamed•14 min de lecture
Brifa
Israël : chroniques d’un sionisme suprémaciste génocidaire
Résumé IA

L'article soutient que le sionisme, dès ses origines, est animé par une logique suprémaciste et génocidaire envers les Palestiniens, selon les écrits de Herzl, Ben Gourion et Weitz.

Des institutions créées avant 1948, comme le Fonds national juif, ont orchestré l'achat de terres, l'immigration et la colonisation, en collusion avec les services gouvernementaux israéliens.

Après la création de l'État, des ordonnances militaires de 1948-1949 et la loi de 1950 sur les biens des absents ont légalisé la spoliation des terres et propriétés palestiniennes.

Des historiens post-sionistes comme Benny Morris, Ilan Pappé et Avi Shlaim ont fini par reconnaître le caractère génocidaire de cette entreprise coloniale.

L

Publié par

Le Quotidien d'Oran

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

(1ère partie)

Ils ne sont pas venus pour trouver une terre d’humanité et d’espoir afin de panser leurs blessures et d’oublier leurs frayeurs. Ils sont venus animés par le projet de reproduire la terreur dont ils ont été victimes, la terreur qui les a façonnés. Ils ne sont pas venus pour demander la charité aux Palestiniens. Ils sont venus pour les exterminer, les effacer, mystifier, corrompre, travestir l’histoire, fourbir leurs grotesques alibis et bâtir leur Grand Israël. Réclamer un dû que Dieu ne leur avait jamais promis.

C’est étrange de voir ces rescapés de l’enfer débarquer en Palestine telle une race supérieure venue parsemer un peu de lumière et de civilisation parmi ces barbares du moyen Orient. Après avoir été longtemps déshumanisés, ces Ashkénazes de l’Occident, s’installent en Palestine pour s’adonner à leur tour aux pratiques coloniales d’extermination.

Bien avant la création de l’Etat d’Israël, en 1891 Ahad ha-Am (Asher Ginzberg ) ,l’un des plus influents penseurs du sionisme culturel dira à propos de cet esprit juif-sioniste presque irrémédiablement malsain « Ils étaient esclaves dans leur pays d’exil, et se retrouvent soudain avec une liberté sans limite. Une pulsion de despotisme, comme cela arrive toujours lorsqu’un esclave devient un roi (…) Ils traitent les Arabes avec hostilité et cruauté, de façon honteuse sans motif suffisant, et même se vantent de leurs actions, et il n’y a personne pour s’interposer et appeler à cesser cette impulsion dangereuse et méprisable. » (1) 135 ans plus tard, l’historien israélo-américain Omer Bartov spécialiste des génocides fera le même constat à propos de la vanité et de la cruauté qui caractérisent le sionisme suprémaciste tel qu’il se dévoile aujourd’hui à travers le gouvernement et une large partie de la population israélienne.

Au fur et à mesure, on confirmera que la violence exercée par les groupes militaires ( Haganah , Irgourn , Stern, Lehi ) était constitutive de cette nature même du sionisme suprémaciste originel.

Dès le début des années 1960 , toutes ces questions de violences feront assez tôt l’objet d’études académiques sérieuses entreprises par des historiens palestiniens. (2) Trois décennies plus tard, les historiens post-sionistes (Benny Morris, Ilan Pappé, Avi Shlaim ou Shlomo Sand ) finiront par admettre le caractère génocidaire de l’occupation israélienne.

« Méthodes dégoûtantes employées par les autorités, confiscation des terres, actes de terreur et d’intimidation, instauration d’un climat de peur, et finalement, d’expulsions forcées «.(3)

Même si ces groupes terroristes sionistes (Haganah , Irgourn , Stern, Lehi ) devenus encombrants, seront dissous par la suite, ils feront beaucoup d’émules. Israël aura beau affirmer être une démocratie avec l’armée la plus morale au monde, cette violence sera à chaque fois aisément réactivée de manière qui paraitra déconcertante mais qui au fond se trouve en droite ligne de Jabotinsky, Stern , Ben Gourian, Begin, Sharon, Netanyahu. Ce qui est très inquiétant aujourd’hui, c’est la démocratisation du terrorisme sioniste, pratiqué massivement par des groupes de colons incontrôlables qui opèrent sous l’œil bienveillant et protecteur des autorités militaires.(4)

«C’est la volonté de Dieu, écrira Theodor Herzl, que nous revenions sur la terre de nos pères, nous devrons, ce faisant, représenter la civilisation occidentale, et apporter l’hygiène, l’ordre et les coutumes pures de l’Occident dans ce bout d’Orient pestiféré et corrompu » (5) . Herzl était bien déterminé à en finir avec les Palestiniens, il écrira dans son journal intime le 12 juin 1895 : « Nous devrons essayer de faire disparaître la population sans le sou de l’autre côté de la frontière en lui procurant de l’emploi dans les pays de transit, tout en lui refusant tout emploi dans notre propre pays ». (6)

Affichant un mépris assumé à l’égard de l’ONU, dès 1937, David Ben Gourion, futur Premier ministre d’Israël, expliquait : « Après la formation d’une armée importante dans le cadre de l’établissement de l’État [juif], nous abolirons la partition et nous nous étendrons à l’ensemble de la Palestine. » (7) Quant à son alter égo Yossef Weitz, chef du département colonisation de l’Agence juive en 1940, il était mû par le même désir « Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Nous n’atteindrons pas notre but si les Arabes sont dans ce pays. Il n’y a pas d’autres possibilités que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins - tous. Pas un seul village, pas une seule tribu ne doit rester. » (8) Israël aura recours à un plan rigoureusement méthodique et global qui se développera au cours des événements toujours de manière plus élaborée et expéditive ( Expulsion et épuration ethnique, mystification de l’histoire sur la Nakba de 1948, instrumentalisation de la menace existentielle et de la Shoah, afforestation intensive et hébraïsation des lieux , invisibilisation du génocide , gestion machiavélique des territoires , démocratie de façade , recours à une justice d’exception, mobilisation constante de sa fameuse Hasbara, recours aux lobbys pro-israéliens , intimidations et menaces contre tous ceux qui remettent en cause sa politique)

Je m’excuse auprès des lecteurs d’avoir évoqué ces points de manière très concise,

Il est essentiel de préciser que l’Etat d’Israël n’aurait jamais vu le jour sans l’indéfectible intervention de certaines institutions mises en place avant la naissance même de l’Etat d’Israël : « The Palestine Land Development Company » ( 1909) , « The Jewish National Fund » (1901), « The Keren Hayessod » (1920), « The Palestine Jewish Coloniatior Association » (1924). Ces institutions se répartiront les tâches essentielles qui serviront à fabriquer Israël : Acheter les terres, organiser et financer l’opération d’immigration et d’installation des juifs, créer des colonies et avec le temps, comme ce sera le cas pour l’indétrônable « Fonds National Juif », devenir une organisation maffieuse qui se chargera des spéculations foncières les plus illégales et les plus méprisables.

Ces organismes travailleront en étroite collaboration avec les Services gouvernementaux (Ministère de l’Agriculture, de la Défense, de l’Immigration, de la Construction et de l’Aménagement…) dans la gestion et le développement des infrastructures de base (terre, eau, travaux publics, etc.) (9) Ces institutions sionistes se chargeront d’accomplir de basses besognes que le Gouvernement israélien essayera tantôt de cacher, de justifier ou de revendiquer haut et fort en dépit de l’aspect illégal voire criminel de cette entreprise coloniale de dépossession, d’occupation et de la colonisation des terres appartenant aux Palestiniens et d’accaparement des ressources naturelles . (10) Israël tirera sa force de cette cohésion et de cette synergie.

Le Pouvoir qui leur sera dévolu sera sans commune mesure. Au moyen d’Ordonnances successives (1948/1949) (11), ils géreront le foncier palestinien à leur guise. Ces Ordonnances militaires israéliennes serviront à autre chose qu’à neutraliser et sécuriser l’espace conquis, elles permettront à l’Etat de tirer profit et de fructifier par tous les moyens possibles les terres et biens immobiliers spoliés. Dans l’illégalité la plus complète, la colonisation israélienne sera gérée et organisée durant plusieurs années par des institutions aux prérogatives considérables : «The Custodian of Absentee Property », « The Development Authority » et le « Fonds National Juif ». Israël bricolera des lois pour légaliser toutes ces opérations de dépossession des terres palestiniennes. La loi de mars 1950,

« The Absentee Property Law » (Loi sur la propriété des absents) permettra à Israël de s’approprier et de gérer, par l’intermédiaire de ses différentes institutions, préalablement créées à cet effet, des milliers de biens meubles et immeubles palestiniens (des terres, des maisons, des actifs, des entreprises, etc.).

En 1953, le Knesset (Parlement israélien), adoptera une nouvelle loi « The Land Acquisition Law » (La loi sur l’acquisition de terres), Loi très importante qui allait clore définitivement la question juridique des biens palestiniens spoliés (terres, propriétés et autres biens abandonnés par les Palestiniens après les opérations militaires de 1948).

Israël pouvait désormais gérer comme bon lui semblait cet immense patrimoine foncier palestinien. La loi sur l’acquisition de terres a été promulguée pour garantir la « légalité » de la confiscation des terres pendant et après 1948. Cette légalisation rétroactive permettra la saisie de terres sur la base des impératifs de « Sécurité» et de « Développement ».

Dès les premiers moments de l’occupation, Il était évident que Ben Gourian ne fera cas ni de la partition de l’ONU ni de l’opinion de la communauté internationale « Un Etat hébreu partiel n’est pas une fin, mais seulement un début. (…) Nous y ferons venir tous les Juifs qu’il sera possible d’y amener (…) et alors je suis certain qu’on ne nous empêchera pas de nous installer dans d’autres parties du pays, soit en accord avec nos voisins, soit par tout autre moyen». (12)

Il est très intéressant de lire certaines études faites par des spécialistes français (13) qui ont mis en lumière la stratégie sioniste coloniale d’appropriation du territoire. Une stratégie qui vise à rendre les espaces palestiniens complètement morcelés, éclatés, diffus, sans aucune continuité territoriale cohérente ; une politique démoniaque qui abolit tout projet de création d’un Etat palestinien. Cantonnés dans des sortes de réserves indiennes, les Palestiniens sont condamnés à une lente agonie, à disparaître d’une manière ou d’une autre.

Cette stratégie du « fait accompli », sera, avec un cynisme effarant, résumée par Ariel Sharon, en 1973, « Nous ferons d’eux un sandwich au pastrami. Nous insérerons une couche de colonies juives parmi eux, puis une autre couche de colonies, et encore une autre, si bien que dans 25 ans, ni les États-Unis, ni les Nations unies ne seront capables de les séparer les uns des autres.» (14)

Israël a presque atteint son objectif initial.

*Universitaire

Références

(1) Ahad ha-Am (Asher Ginzberg), « La vérité d’Eretz Israël » série d’articles publiés dans le quotidien hébreu Ha-Melitz (Saint-Pétersbourg) en 1891.

(2) Walid Khali, « Plan dalet: The Zionist Master Plan for the conquest of Palestine », Journal of Palestine Studies, 1961. Masalha Nur «Expulsion of the Palestinians : The Concept of «Transfer» in Zionist Political Thought,1882-1948 «, Washington, D.C: Institute for Palestine Studies, 1992. _ Masalha Nur, « The Palestine Nakba: Decolonising History, Narrating the Subaltern, Reclaiming Memory. « , London, UK & New York, NY: Zed Books Ltd, 2012.

(3) Simha Flapan, « The Birth of Israel : Myths and Realities «, New York, Pantheon, 1987, p. 8.

(4) Maher cherif ,»Aux origines du terrorisme sioniste», Institut des études palestiniennes , Points de vue politique , Numéro: 013 | 13 Déc. 2023.

(5) Theodor Herzl, « The Complete Diaries of Theodor Herzl », New York et London, Herzl Press and T. Yoseloff, 1960, I, p. 343

(6) Ibid.

(7) Simha Flapan, « The Birth of Israel, Myths and realities », Pantheon, New York, 1987. P.22.

(8) Benny Morris, «1948 and After, Israel and Palestiniens »,Oxford :Clarendon Press ; New York : Oxford University Press, 1990.

(9) Catherine, Lucas, « Palestine: La dernière colonie? » , Aden Diffusion. Paris, 2003.

(10) Lebrun Céline, et Julien Salingue, « Israël, un État d’apartheid? Enjeux juridiques et politiques,» L’Harmattan, Paris, 2013.

(11) « The Abandoned Areas Ordinance », « The Defence Regulations (security) », « The Emergency Regulations (security zones) », « The Emergency Regulations (cultivation of waste lands) ». Acquisition des terres en Palestine, Nations Unies, New york 1979 https://www.un.org/unispal

(12) Dominique Vidal , Le Monde diplomatique « David Ben Gourian , le père fondateur », Histoires d’Israel , « Manières de voir » , N°98 ,Avril-Mai 2008

(13) Alain Dieckhoff ,« Les trajectoires territoriales du sionisme »Vingtième siècle, n°21, janv-mars1989, p.40.

-Alain Dieckhoff , « Les espaces d’Israël , Essai sur la Stratégie territoriale israélienne » Fondation pour les études de défense nationale, Coll. Les 7 épées , Paris, 1987 - Debié, Frank, et Sylvie Fouet. 2001. «La paix en miettes : Israël – Palestine », I993-2000. Paris : Presses Universitaires de France, 448 p. - Jacques Fontaine ,« L’évolution territoriale de la Cisjordanie occupée : vers un spatiocide » publié dans l’ouvrage collectif « Israël, un État d’apartheid ? Enjeux juridiques et politiques » sous la direction de Céline Lebrun et Julien Salingue, Éditions L’Harmattan,2013.

(14) Adam Shatz et Roane Care, Pastrami et champagne « Three decades ago Winston Churchill’s grandson asked Ariel Sharon how Israel should deal with the Palestinians. «We’ll make a pastrami sandwich out of them,» he replied , the Nation , New-York , 22 Avril 2022.

Voir sur le site source