La démocratie locale mise à l’épreuve
Le corps électoral a été officiellement convoqué pour les élections locales du 28 novembre 2026, lançant le compte à rebours pour le renouvellement des assemblées communales et de wilaya.
Les partis politiques sont appelés à privilégier la compétence, l'intégrité et l'expérience de gestion — ingénieurs, cadres, entrepreneurs, jeunes porteurs de projets — plutôt que les calculs claniques, tribaux ou familiaux qui ont plombé les mandats précédents.
Les citoyens, de leur côté, doivent sanctionner le vote de complaisance et n'accorder leur confiance qu'aux candidats capables de transformer les revendications en projets concrets et de rendre des comptes sur leur action.
Publié par
Le Quotidien d'Oran
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
le moment est opportun pour poser une question qui dépasse la simple préparation du scrutin: quels hommes et quelles femmes voulons-nous voir gérer nos communes et nos wilayas? Il n’ya plus de place pour la manœuvre ou l’attentisme. Avec la convocation officielle du corps électoral pour l’élection des membres des assemblées populaires communales et de wilayas le 28 Novembre 2026; le compte à rebours des élections locales a commencé. Les partis politiques n’ont plus d’autres choix que de faire face à la véritable question: que proposeront-ils aux communes et aux wilayas?
Et qui mettront-ils en avant? La question n’est pas aussi simple qu’il y parait, car les élections locales ne sont ni un concours de popularité, ni une occasion de distribuer des lots de consolation, ni une opportunité de recycler les mêmes personnes. Il s’agit, avant tout, d’une bataille portant sur la qualité de la gestion locale et sur la capacité de l’élu à traiter des dossiers tels que, le développement, l’urbanisme, l’environnement, la voirie, l’investissement, l’aménagement, les budgets, les services publics et les préoccupations quotidiennes des citoyens. C’est pourquoi le véritable premier test pour les partis ne sera pas le jour du scrutin, mais celui de l’élaboration des listes de candidats. Assez de la logique du «c’est l’un des nôtres». Les partis doivent faire preuve de franchise envers eux-mêmes et envers les citoyens: choisiront-ils leurs candidats en fonction de leurs compétences, de leurs intégrités et de leurs capacités à servir les citoyens ? Ou bien reviendront-il à la même logique: celui-ci appartient à telle famille, celui-là à tel clan, l’un dispose d’un réseau de relations et l’autre est capable de mobiliser des voix?
Si les listes électorales se réduisent à un simple calcul fondé sur le régionalisme, le tribalisme et des intérêts étroits, nous ne sommes plus face à un véritable choix démocratique, mais à la reproduction des mêmes problèmes de gestion dont les citoyens se plaignent au quotidien. Il n’y a rein de mal à ce qu’un élu soit connu dans sa région ou qu’il jouisse de la confiance de son entourage social. Le problème survient lorsque les appartenances sociales deviennent le critère unique et déterminant de la candidature. La commune n’appartient pas à une famille, l’assemblée populaire de wilayas n’est pas un conseil de clans et l’élection n’est pas l’occasion de consacrer les rapports de force sociaux. La commune est une institution publique, ses ressources sont des deniers publics et ses décisions concernent tous les citoyens sans exception. Le citoyen n’a pas besoin d’un «leader charismatique », mais d’un élu qui sait travailler, gérer et prendre en charge ses préoccupations. La nature des attentes des citoyens a changé. Aujourd’hui, le citoyen ne se contente pas d’un élu qui le reçoit et écoute ses condoléances; il attend une personne capable de transformer les revendications en projets, de suivre les dossiers, d’interagir avec l’administration, d’analyser le budget, de contrôler la mise en œuvre des projets et d’expliquer à la population ce qui est réalisable et ce qui ne l’est pas. En d’autres termes, l’élu local ne doit pas nécessairement jouir d’un prestige social particulier; il doit avant tout être un Homme de gestion et de service public. Dès lors, les partis sont appelés à rechercher des ingénieurs, des cadres administratifs, des avocats, des économistes, des médecins, des chefs d’entreprises, des jeunes porteurs de projets, des compétences ayant fait leurs preuves au sein de la société; ainsi que toute personne possédant une expérience réelle susceptible de constituer une valeur ajoutée au sein des assemblées populaires locales élues.
Il n’est pas exigé de chaque candidat qu’il soit expert en tout; ce qui est requis, en revanche, c’est qu’il possède un minimum d’intégrité et de compétence, ainsi que la volonté d’apprendre, de travailler et d’assumer des responsabilités. Ne faites pas des élections locales un «marché de compromis de complaisance». Le plus grand risque pour les partis est d’aborder l’élaboration des listes électorales selon une logique consistant à se dire: «donnons-lui la première place pour éviter qu’il ne se fâche». «Inscrivons un tel, car, il draine des voix», «impossible d’écarter telle famille» ou encore «il faut représenter telle région, même si nous n’y trouvons pas la compétence requise». De cette manière, la liste devient un mélange de calculs électoraux, plutôt qu’une équipe capable de gérer une collectivité locale.
Le résultat est connu: conflits internes, blocage au sein des assemblées, faiblesse dans la prise de décision et promesses électorales qui ne se concrétisent jamais. Les partis qui souhaitent réellement gagner la confiance des citoyens doivent avoir le courage de dire à leurs militants et à leurs partisans: quiconque est capable de recueillir des suffrages, n’est pas nécessairement apte à la gestion. Cette phrase à elle seule, pourrait marquer le début d’une véritable réforme de l’action politique locale. La crédibilité avant le nombre de voix. La crédibilité: une personne peut remporter une élection parce qu’elle est célèbre, issue d’une grande famille, ou dotée d’un vaste réseau de relations, toutefois, cela ne signifie pas nécessairement qu’elle sera un élu efficace. Le succès électoral est une chose, et la réussite dans la gestion en est une tout autre. L’élu local devra faire face à des dossiers lourds, à des citoyens en colère, à une administration complexe, à des budgets limités, à des projets au point mort et à des revendications croissantes.
Par conséquent, le critère de choix doit être le suivant: que pourra apporter cette personne une fois qu’elle siégera au sein de l’assemblée? La question ne devrait pas être: «combien de voix peut-il rapporter?» Bien plus: que pourra-t-il faire de ces voix lorsqu’il sera investi de responsabilités?». Les partis doivent ouvrir leurs portes aux compétences. L’enjeu aujourd’hui, n’est pas seulement de constituer des listes électorales, mais de réhabiliter l’idée d’une représentation politique fondée sur le mérité. Les partis doivent aller vers les citoyens et les personnes compétentes, plutôt, que d’attendre systématiquement des noms tout prêts au sein de leurs propres structures. Que de compétences avérées sont restées à l’écart de la vie politique pour avoir refusé de s’engager dans des luttes de loyauté ! Et que de jeunes gens porteurs d’idées et de projets, dotés de réelles capacités de communication et d’action, ne parviennent pas à accéder aux centres de décision, car les critères tacites de candidature n’ont rien à voir avec la compétence. Les élections locales sont une occasion de changer cette équation. Le citoyen, lui aussi, est confronté à une épreuve. Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur le parti. Le citoyen de son côté, est appelé à sortir de la logique du « vote pour le voisin» du «vote pour la famille» ou du «vote pour celui qui m’a promis un service personnel».La commune dont l’assemblée est élue sur la base de relations personnelles en paiera collectivement le prix. En revanche, lorsque les critères de vote deviennent la compétence, l’intégrité et le programme, l’élu comprend d’emblée que les citoyens le surveillent et le jugent sur son travail, et non sur son nom ou son appartenance. C’est ici que commence la véritable démocratie locale à laquelle aspire l’Algérie nouvelle et victorieuse.