BMS inondations : les plans ORSEC face à l’épreuve des eaux !
Les Bulletins Météo Spéciaux déclenchent les plans ORSEC, mais l'absence de préparation locale et de moyens transforme les alertes en drames récurrents chaque saison hivernale.
Les communes, premières responsables des secours d'urgence, manquent de plans actualisés, de personnel formé, de systèmes d'alerte et n'entretiennent pas les réseaux d'assainissement avant les pluies.
L'État doit garantir la coordination intersectorielle, doter les APC en équipements et créer un fichier central des ressources mobilisables face aux crises multi-wilayas.
Le dérèglement climatique amplifie les risques, mais ce sont l'insuffisance structurelle, le déficit de prévention et la gestion conjoncturelle qui transforment des pluies annoncées en catastrophes évitables.
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Le Quotidien d'Oran
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Face à des phénomènes météo de plus en plus violents, la publication des Bulletins Météo Spéciaux (BMS) va s’accélérer, mettant en état d’alerte maximale les dispositifs de secours.
Cette saison à venir, n’est plus seulement la saison des feuilles mortes, c’est désormais celle de l’angoisse du ciel. Alors que les sols surchauffés de l’été s’apprêtent à recevoir les premiers assauts des dépressions, la machine de crise administrative est déjà sous tension.
En coulisses, tout commence par un acronyme de trois lettres : le BMS !
Ce Bulletin Météo Spécial, lorsqu’il vire au rouge pour inondations, n’est pas une simple alerte, c’est le signal d’un compte à rebours implacable.
Il est le déclencheur d’une bascule immédiate vers l’ORSEC, ce plan d’organisation des secours conçu pour déployer, en quelques heures, des milliers d’hommes et de moyens logistiques face à la montée des eaux. Une mécanique de précision théorique qui, chaque année, se frotte à la réalité de plus en plus imprévisible des éléments.
Dès lors, une question centrale s’impose : à quoi servent les alertes météo si elles ne sont pas suivies d’actions concrètes sur le terrain ?
Car au-delà de l’information, l’enjeu majeur réside dans la capacité des institutions, en particulier des collectivités locales, à anticiper, à se préparer et à intervenir efficacement pour protéger les personnes et les biens.
Par le passé, ces intempéries n’ont pas été sans conséquences : inondations locales, routes coupées et risques accrus de glissements de terrain compliquent le quotidien des habitants.
Des quartiers entiers, des parkings, des routes et des tunnels, se sont retrouvés sous les eaux très rapidement, causant d’importants dégâts.
Aujourd’hui, force est de constater qu’en l’absence de toute stratégie d’intervention des communes à moyen et à long termes, les mêmes erreurs et les mêmes défaillances se reproduisent de manière cyclique, avec leur lot de drames humains et de dégâts matériels, à l’orée de chaque saison hivernale.
Mais, dans l’absolu, que peuvent faire ces collectivités locales devant le « dérèglement climatique » qui touche l’ensemble des pays du bassin méditerranéen ?
Anticiper pour le moins, les événements, alerter les populations, secourir les sinistrés, les reloger même provisoirement, car, c’est leur rôle !
A leur décharge, il faut dire aussi que les responsabiliser sur tout et rien, c’est quelque part aller vite en besogne au regard de la faiblesse des moyens mis à leur disposition !
Mais comme à chaque fois, la responsabilité est imputée à l’Office national de météorologie (ONM) !
On lui reproche de ne pas cibler les localités exactes qui seront affectées par les intempéries, alors que son rôle se limite à donner des alertes à travers la diffusion des BMS (Bulletin météorologique spécial) en temps réel.
Raisonnablement, la météo ne peut faire face aux intempéries et aux inondations, d’autres facteurs interviennent justement dans cette situation: les collectivités locales n’accordent pas beaucoup d’importance au curage des avaloirs et des regards de la voirie.
Ces travaux qui devraient être entrepris en été, auraient certainement permis d’éviter leur obstruction par les premières pluies automnales et le refoulement de ces eaux !
Quelle que soit l’importance des mesures préventives, il faut s’adapter pour faire face aux différents risques par la mise en œuvre de moyens humains et matériels appropriés.
Cette organisation nécessite un partage équilibré des compétences entre l’État et les collectivités territoriales :
1. Le président d’APC est responsable de l’organisation des secours de première urgence en déclenchant le plan Orsec.
Ce plan, qui s’appuie sur les informations contenues dans le dossier d’information communal sur les risques majeurs, définit les mesures immédiates de sauvegarde et de protection des personnes, l’organisation nécessaire à la diffusion de l’alerte et les consignes de sécurité et enfin la mise en œuvre des dispositions d’accompagnement et de soutien à la population.
Sauf que le laisser-aller, l’absence parfois, de plans Orsec,ou des plans qui nécessitent une révision en profondeur ainsi que les interventions conjoncturelles d’un personnel non formé pour la circonstance aggravent la situation quand la catastrophe se produit. Les opérations d’entretien préventif, quand elles ont lieu, ne doivent pas, en principe, s’inscrire dans un calendrier saisonnier, dans la mesure où les calamités sont imprévisibles, n’ont cessé de répéter tous les spécialistes de la question. Il faut aussi reconnaître qu’en l’état, nos communes sont démunies devant ces périls : la plupart d’entre-elles ne disposent même pas d’un « système d’alerte et d’information de la population ». A cela, il faut ajouter le manque d’organisation des services de nettoyage et d’entretien ainsi que le laxisme de certains responsables locaux qui ne prennent pas les mesures d’anticipation qui s’imposent en cette basse saison et qui ne donnent même pas suite aux BMS spéciaux qui leur sont transmis !
2. Les pouvoirs publics ont le devoir, une fois l’évaluation des risques établie, d’organiser les moyens de secours nécessaires pour faire face aux crises, après avoir collecté toutes les informations concernant la consistance et l’état des moyens à mutualiser et à mobiliser à l’échelon national et aussi des ressources humaines à réquisitionner quand la catastrophe touche une ou plusieurs wilayas; un prérequis qui nécessite l’existence d’un fichier central informatisé.
En matière d’intervention, la coordination interministérielle doit revêtir, obligatoirement, un caractère intersectoriel, ce qui n’est pas souvent le cas et les résultats s’en ressentent.
Il faudrait penser à organiser des cycles de formations en matière de « gestion des risques» pour les présidents d’APC, les doter en moyens de réalisation et d’intervention (camions et engins de toutes sortes).
Ces efforts doivent être absolument poursuivis, si l’on souhaite mettre au premier plan l’intelligence et l’innovation économiques, sortir de la dépendance des hydrocarbures et vivre de ce que nous pourrons produire.
De ce qui précède , la problématique des inondations doit être, à l’orée de cette basse saison, une priorité pour le gouvernement de Ghrieb Sifi, car dans notre pays au climat semi-aride, voire aride dans la majeure partie, leur survenance ne peut-être qu’un paradoxe, mais quand cela se produit, l’impact est dramatique, autant sur les personnes que sur les biens !
En définitive, la récurrence des inondations en Algérie ne peut être imputée au seul « déchaînement des éléments ».
Si le dérèglement climatique amplifie les phénomènes extrêmes, les faiblesses structurelles, le manque d’anticipation et la gestion conjoncturelle des crises aggravent leurs conséquences. L’heure n’est plus aux constats ni aux effets d’annonce : il s’agit désormais d’ériger la gestion des risques majeurs en priorité nationale, en dotant les collectivités locales de moyens réels, en instaurant une culture de prévention et en renforçant la coordination intersectorielle. Car, dans un pays où l’eau est rare mais où les pluies se transforment en drames, chaque retard dans l’action coûte cher, en vies humaines comme en patrimoine collectif. Les alertes météorologiques ne sont ni de simples communiqués administratifs ni des formalités de routine : elles constituent un outil stratégique d’anticipation et de prévention, à condition qu’elles soient pleinement intégrées dans les dispositifs locaux et nationaux de gestion des risques.
Le dérèglement climatique est désormais une donnée structurelle avec laquelle il faut composer. Mais ce sont surtout l’insuffisance de la préparation, le déficit de coordination et l’absence de culture de prévention qui transforment des pluies annoncées en catastrophes évitables.
L’enjeu n’est donc plus de savoir quand la prochaine alerte sera émise, mais comment elle sera exploitée.
Transformer l’alerte en action, la prévision en décision et la vigilance en protection doit devenir un réflexe institutionnel à tous les niveaux.
*Ancien Chef de daïra