Comment la stratégie émiratie redessine son influence néfaste

Alger a annoncé jeudi une rupture avec les Émirats arabes unis, alors qu'Abou Dhabi a transformé sa puissance financière en levier d'influence politique et sécuritaire à travers le Maghreb, le Sahel et la Corne de l'Afrique.
Au Maghreb, le rapprochement entre Abou Dhabi et Rabat, lié aux accords d'Abraham de 2020, s'est accompagné d'un alignement émirati sur la position marocaine sur le Sahara occidental et d'une coopération militaire renforcée entre Rabat et Tel-Aviv.
Au Tchad, les Émiratis ont développé une base près d'Amdjarass, accusée par l'ONU de servir au transit d'armes vers les RSF au Soudan, tandis que le port de Berbera, géré par DP World, ancre leur présence dans la Corne de l'Afrique.
La combinaison d'investissements, d'infrastructures portuaires, de réseaux logistiques, de coopération militaire et de soutien à des acteurs armés locaux confère à Abou Dhabi une capacité d'action dépassant largement son poids démographique.
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La rupture annoncée jeudi par Alger avec les Emirats arabes unis (EAU) intervient dans un environnement régional profondément recomposé, où Abou Dhabi a progressivement transformé sa puissance financière en instrument d’influence politique, sécuritaire et stratégique.
Au cours de la dernière décennie, les Emirats ont développé une stratégie qui associe investissements, infrastructures, coopération sécuritaire, projection militaire et soutien à des acteurs locaux. Du Maghreb à la Corne de l’Afrique, du Sahel à la mer Rouge, Abou Dhabi s’est constitué un réseau de points d’appui qui lui permet de peser sur plusieurs théâtres de crise.
Pour l’Algérie, cette évolution revêt une portée particulière. Son voisinage immédiat est aujourd’hui marqué par la tension au Maghreb, l’instabilité libyenne, la crise du Sahel et la guerre au Soudan. La présence d’un même acteur extérieur sur plusieurs de ces espaces ne peut être appréhendée comme une simple succession de partenariats bilatéraux. Au Maghreb, le rapprochement entre Abou Dhabi et Rabat s’inscrit dans la recomposition née des accords d’Abraham de 2020. La position émiratie sur le Sahara occidental s’est progressivement rapprochée de celle du Maroc, alors que les relations économiques et sécuritaires entre les deux pays se sont renforcées. Cette convergence prend une dimension supplémentaire avec le rapprochement militaire entre Rabat et Tel-Aviv.
Le Maroc et Israël ont conclu en janvier 2026 un nouveau plan de coopération militaire, portant notamment sur la modernisation des capacités de défense. Israël a également développé sa présence dans l’industrie de défense marocaine à travers des coopérations dans les drones, la cybersécurité, le renseignement et différents systèmes militaires. Pour Alger, l’enjeu dépasse la proximité entre deux capitales. Il réside dans la constitution progressive d’un environnement stratégique où se croisent Rabat, Tel-Aviv et Abou Dhabi, avec des convergences sur plusieurs dossiers régionaux. La question sahraouie, centrale dans la politique étrangère algérienne, donne à cette évolution une portée particulière. La projection émiratie s’étend également vers le Sahel et la Corne de l’Afrique.
Soutien d’acteurs armés
Au Tchad, les Emirats ont conclu un accord de coopération militaire en 2023 et développé une présence autour d’Amdjarass, dans l’est du pays. Cette plateforme, officiellement présentée par Abou Dhabi comme humanitaire, a été accusée récemment par des observateurs de l’ONU et des responsables occidentaux d’avoir servi au transit d’armes destinées aux Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan. Les Emirats démentent ces accusations malgré des preuves documentées. Le Sahel constitue le prolongement immédiat de la profondeur stratégique du Sud algérien.
Toute implantation durable d’acteurs extérieurs disposant de moyens financiers, militaires et logistiques importants modifie les équilibres dans cet espace. La même logique apparaît dans la Corne de l’Afrique, notamment en Somalie et au Somaliland, où Abou Dhabi a développé des infrastructures portuaires et des liens sécuritaires. Le port de Berbera, élaboré par DP World, constitue l’un des principaux points d’ancrage de cette présence.
La singularité de cette puissance tient précisément à la combinaison de plusieurs instruments. Le capital et les investissements se conjuguent aux infrastructures portuaires, aux réseaux logistiques, à la coopération militaire et, dans certains conflits, au soutien d’acteurs armés locaux.
Cette combinaison permet à Abou Dhabi de disposer d’une capacité d’action supérieure à son poids démographique et territorial. Pour l’Algérie, cette évolution intervient alors que plusieurs crises se développent simultanément autour de ses frontières. Au Maghreb, la question du Sahara occidental demeure un dossier central. Au sud, le Sahel connaît une recomposition sécuritaire majeure. A l’est, la Libye reste divisée et traverse une instabilité dont les ramifications dépassent largement ses frontières.
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