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L’inévitable rupture avec un État toxique

Par Cherif Lahdiri•4 min de lecture
Brifa
L’inévitable rupture avec un État toxique
Résumé IA

L'Algérie a annoncé jeudi la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis après avoir épuisé toutes les voies de dialogue face aux agissements hostiles d'Abou Dhabi.

Le ministère dénonce l'interventionnisme émirien en Libye, au Soudan et au Sahel, l'ouverture d'un consulat à Laâyoune et un axe toxique avec Rabat et Tel-Aviv menaçant la sécurité algérienne.

Des enquêtes du Financial Times et de l'ONU révèlent par ailleurs que les Émirats alimentent l'instabilité en Afrique via des réseaux de mercenaires et ont versé une rançon de 50 millions de dollars à des groupes liés à Al-Qaïda au Mali.

Alger précise que seule la relation diplomatique est suspendue, non les liens avec le peuple émirien, cette décision mesurée visant à préserver l'unité arabe tout en défendant la dignité nationale.

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L’Algérie a annoncé, ce jeudi, sa décision de rompre ses relations diplomatiques avec les Emirats arabes unis, après avoir épuisé toutes les voies de préservation des relations bilatérales. Une décision qu’il faut saluer comme l’aboutissement inéluctable d’années de retenue diplomatique et d’avertissements clairs demeurés sans réponse.

Le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères est sans ambiguïté : Alger n’a cessé d’attirer l’attention des Emirats et de les mettre en garde. Face à la multiplication des agissements provocateurs et hostiles, la rupture devient non pas un choix parmi d’autres, mais l’unique option compatible avec la dignité d’un Etat souverain. A l’origine de cette dégradation, il y a une contradiction structurelle entre les visées hégémoniques émiriennes et les intérêts stratégiques algériens. L’Algérie a toujours défendu le principe de non-ingérence. Les Emirats, à l’inverse, ont fait de l’interventionnisme déstabilisateur un instrument en Libye, au Soudan et dans le Sahel.

Le président Tebboune l’a résumé sans détour, en dénonçant l’«influence très négative» des Emirats, rappelant que «là où ils mettent les pieds, le sang coule». Plus grave encore, les Emirats ont franchi les lignes rouges de la sécurité nationale algérienne.

Sur le Sahara occidental, Abou Dhabi a été le premier pays arabe à ouvrir un consulat à Laâyoune, sous colonisation marocaine, prenant ouvertement fait et cause contre le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Plus préoccupant encore, les Emirats ont créé avec Rabat et Tel-Aviv un axe de plus en plus toxique (normalisation avec Israël dès 2020, coopération militaire, échanges de renseignements) qui constitue une menace directe. A cela s’ajoutent les accusations répétées d’Alger concernant les tentatives de déstabilisation de l’Algérie, menées par une guerre hybride sur les réseaux sociaux visant à semer la discorde.
Quand une puissance étrangère s’attaque à l’intégrité territoriale et à la stabilité interne d’un Etat, la relation diplomatique a perdu sa raison d’être.

Cette rupture dépasse d’ailleurs le seul contentieux bilatéral. Une enquête du Financial Times révèle que les Emirats alimentent activement l’instabilité dans plusieurs pays africains, via un réseau de mercenaires s’étendant de la Colombie à la Somalie, la Libye et le Soudan, avec en toile de fond, un pillage des gisements d’or soudanais, qualifiés des plus importants de l’histoire. Ces révélations font écho à un rapport d’experts de l’ONU, dévoilé par Reuters, faisant état d’une rançon de 50 millions de dollars versée à des groupes liés à Al Qaïda pour libérer un ressortissant émirati enlevé au Mali, rançon dont l’essentiel aurait profité à la coalition JNIM. L’Algérie, en rompant, ne règle donc pas seulement un différend national : elle désigne un acteur dont l’ingérence déstabilise toute une région.

Il faut souligner la mesure dont Alger a fait preuve : ce sont les relations diplomatiques qui sont suspendues, non les liens historiques avec le peuple émirien. La cible est la politique d’ingérence d’Abou Dhabi, non la fraternité arabe. Le communiqué précise d’ailleurs que le temps pris pour agir s’expliquait par la volonté de ne pas «aggraver la division du monde arabe». Ce contraste entre la retenue algérienne et les tentatives de déstabilisation entretenues par les Emirats est éloquent. A l’heure où le monde arabe a besoin d’unité et non de fractures, la décision d’Alger, aussi lourde soit-elle, est celle de la dignité nationale et de la justice régionale.

Par Cherif Lahdiri

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