Actualités

Chatham House estime à 59,4 milliards de dollars les investissements émiratis en Afrique : Le capital comme instrument d’influence

Par M. F. Gaïdi•9 min de lecture
Brifa
Chatham House estime à 59,4 milliards de dollars les investissements émiratis en Afrique : Le capital comme instrument d’influence
Résumé IA

Chatham House estime les investissements émiratis en Afrique à 59,4 milliards de dollars sur dix ans, faisant des Émirats le premier investisseur du Golfe et le quatrième mondial sur le continent.

Cette stratégie cible les ports, la logistique, l'énergie, l'agriculture et les minerais critiques via DP World et AD Ports Group présents dans 13 pays africains, combinant poids financier, gestion d'infrastructures et partenariats sécuritaires.

En Algérie, les Émirats ont investi dans l'automobile (Mercedes-Benz), le tabac (Staem), la sidérurgie et les terminaux portuaires d'Alger et Djen Djen, mais le projet Emarat Dzayer Steel à El Hadjar reste non concrétisé huit ans après sa validation.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

L’influence d’Abou Dhabi ne se mesure plus seulement à ses capacités financières ou à ses ambitions diplomatiques. Elle se lit désormais dans la géographie des investissements.

Ports, terminaux, infrastructures logistiques, énergie, agriculture, mines, industrie lourde et chaînes d’approvisionnement sont devenus autant de points d’ancrage d’une stratégie qui permet aux Emirats arabes unis d’étendre leur influence économique bien au-delà de leurs frontières.

En Afrique, cette projection a pris une ampleur considérable. Une analyse publiée en juin 2026 par Chatham House estime à «59,4 milliards de dollars les investissements émiratis en Afrique sur la dernière décennie, faisant des Emirats le premier investisseur du Golfe et le quatrième investisseur étranger sur le continent». Surtout, cette présence se concentre sur des secteurs qui ne sont pas neutres sur le plan stratégique, dont les ports, la logistique, les systèmes alimentaires et les minerais critiques. L’enjeu n’est plus seulement de financer des projets.

Il consiste à prendre position sur les infrastructures et les ressources qui structurent les économies nationales. C’est ce qui explique la place centrale occupée par DP World dans cette stratégie. Le groupe opère ou développe des installations portuaires dans plusieurs pays africains, tandis qu’AD Ports Group étend lui aussi son empreinte sur les façades maritimes du continent. Selon l’ORF, DP World et AD Ports Group géraient ou développaient ensemble des installations portuaires dans 13 pays africains, avec une présence particulièrement importante dans les chaînes logistiques reliant l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Cette politique donne aux investissements une portée qui dépasse leur rendement financier immédiat. Contrôler ou gérer un port, développer un corridor logistique, sécuriser un approvisionnement minier ou agricole, c’est aussi peser sur les flux commerciaux, les chaînes d’approvisionnement et les accès aux marchés.

Des ports aux ressources, la géo-économie comme levier d’influence

La logique émiratie est particulièrement visible en Afrique orientale et autour de la mer Rouge. Le pays a développé des positions dans les infrastructures portuaires, l’énergie, l’agriculture et les ressources minières. Une étude d’Africa Center for Strategic Studies souligne l’ampleur et la diversité de cette présence, qui couvre notamment l’infrastructure, l’énergie, les mines, les ports, l’agriculture et la sécurité. Elle estime à «près de 47,4 milliards de dollars les investissements émiratis recensés en Afrique de l’Est, dont 21,9 milliards au Soudan».

Le chiffre est révélateur d’une méthode. L’investissement n’est pas conçu comme une opération isolée. Il s’insère dans des ensembles qui relient production, transport, stockage, exportation et financement. La maîtrise d’un maillon stratégique renforce la position sur les autres. Cette stratégie est particulièrement importante pour un Etat comme les Emirats, qui dépend largement des importations alimentaires et cherche à sécuriser ses approvisionnements à long terme. L’agriculture africaine, les terres, les infrastructures de stockage et les voies d’exportation deviennent ainsi des actifs économiques, mais aussi des instruments de sécurité alimentaire. Dans le secteur minier, la même logique se retrouve autour de l’or soudanais, des minerais critiques en République démocratique du Congo ou du cuivre en Zambie.

Une étude publiée en 2026 dans Politics & Policy relève que «les investissements émiratis dans les secteurs extractifs africains répondent à une volonté de diversification des revenus et de sécurisation de ressources stratégiques». Le phénomène est d’autant plus significatif que les Emirats ont réussi à combiner le rôle d’investisseur, de gestionnaire d’infrastructures et de partenaire sécuritaire. L’Institut international d’études stratégiques relevait déjà en 2024 que «les Emirats étaient devenus un partenaire de sécurité de plus de deux douzaines de pays africains, particulièrement en Afrique du Nord, dans le Sahel et en Afrique orientale».
Cette combinaison entre argent, infrastructures et sécurité constitue le véritable ressort de la puissance émiratie. Elle permet à Abou Dhabi de transformer le poids financier de ses fonds et de ses entreprises en influence politique. L’Algérie n’a pas échappé à cette offensive économique. Au cours des années 2010, les partenariats algéro-émiratis se sont multipliés dans plusieurs secteurs considérés comme stratégiques.

La présence émiratie s’est installée dans des domaines très différents, dont l’industrie automobile, tabac, sidérurgie et logistique portuaire. Dans le secteur automobile, le fonds émirati Aabar détenait 49% dans plusieurs sociétés constituées avec la partie algérienne et Daimler comme partenaire technologique. Le dispositif concernait notamment la production de véhicules Mercedes-Benz, avec une participation algérienne de 51%. Les données officielles reprises dans un bilan du partenariat public faisaient apparaître cette répartition du capital. Dans le secteur du tabac, la Société des tabacs algéro-émiratie (Staem) a également été constituée sur un schéma donnant 51% à une structure émiratie et 49% à la holding publique algérienne Madar.

Emarat Dzayer Steel, projet non concrétisé

Les documents financiers de Philip Morris International confirment aujourd’hui encore cette architecture capitalistique. La présence émiratie s’est également étendue à la logistique portuaire. DP World a obtenu en 2008 des concessions de 30 ans pour l’exploitation des terminaux des ports d’Alger et de Djen Djen, dans le cadre de sociétés communes avec les autorités portuaires algériennes. L’objectif affiché était de moderniser les infrastructures, d’accroître les capacités et de faire de Djen Djen une plateforme de transbordement en Méditerranée occidentale. DP World continue d’ailleurs à présenter aujourd’hui Djen Djen comme une porte d’entrée majeure vers les centres industriels de l’Est algérien, à proximité des zones minières, des cimenteries et des pôles manufacturiers.

Ces exemples montrent que la présence émiratie en Algérie ne s’est jamais limitée à un secteur particulier. Elle a touché à la production, à la distribution, à l’automobile, au tabac et aux infrastructures portuaires. Mais c’est à El Hadjar que cette politique d’implantation économique allait prendre une dimension particulièrement sensible. En effet, Le projet Emarat Dzayer Steel devait constituer l’un des plus importants partenariats industriels algéro-émiratis. Validé par le Conseil des participations de l’Etat (CPE), il devait permettre de développer de nouvelles capacités sidérurgiques sur le site du complexe Sider El Hadjar.

Le montage retenu était révélateur de l’importance accordée au projet. Le capital de la future société devait être réparti entre le groupe Sider à hauteur de 31%, Sider El Hadjar à 20% et Emarat Dzayer Group à 49%. Le projet devait notamment porter sur la production d’éponge de fer, de produits laminés, de tubes sans soudure et de profilés moyens et lourds. Les ambitions affichées étaient considérables. Le projet devait atteindre une capacité supérieure à 1,3 million de tonnes dans sa première phase et créer environ 1600 emplois directs.

Une première présentation faisait état d’un investissement de l’ordre de 1,6 milliard d’euros et d’une emprise de 120 hectares au sein du complexe d’El Hadjar. Le projet devait surtout contribuer à repositionner El Hadjar sur des productions à plus forte valeur industrielle, avec notamment des rails, des produits longs et des tubes destinés aux secteurs pétrolier et hydraulique. En 2026, huit ans après la validation du partenariat, le projet est toujours non concrétisé.

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source