Alors que les houthis se sont emparés d’une île stratégique près de Bab El Mandeb : L’Arabie Saoudite et l’Iran tentent de désamorcer la crise

Les ministres des Affaires étrangères iranien et saoudien se sont entretenus par téléphone jeudi soir pour tenter de désamorcer l'escalade dans le Golfe, après la prise par les Houthis d'une île stratégique dans le détroit de Bab el-Mandeb.
Lors de cet échange, Abbas Araghchi et Faisal bin Farhan ont insisté sur la nécessité de poursuivre la coopération diplomatique pour empêcher la propagation de la crise et rétablir la stabilité régionale.
Téhéran a appelé à une reprise immédiate du dialogue au Yémen sur la base d'une feuille de route convenue, tout en réaffirmant son soutien à la souveraineté et à l'intégrité territoriale du pays.
Le contrôle de l'île de Perim par les Houthis pourrait renforcer l'emprise de l'Iran sur les voies maritimes mondiales et provoquer une flambée des prix du pétrole, selon Reuters.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Alors que le conflit dans le Golfe connaît une vive escalade, et que les Houthis pro-iraniens se sont lancés vigoureusement dans la guerre en ciblant particulièrement des intérêts saoudiens, les ministres des Affaires étrangères de l’Iran et de l’Arabie Saoudite se sont entretenus jeudi soir par téléphone pour essayer de faire baisser les tensions dans une région en ébullition.
«Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a évoqué, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue saoudien, Faisal bin Farhan, les relations bilatérales et les derniers développements régionaux», a rapporté hier l’agence officielle Irna. «Les deux parties ont constaté l’escalade des tensions et la montée de l’insécurité, et insisté sur la nécessité de poursuivre la coopération et les efforts diplomatiques afin d’empêcher la propagation de la crise et de rétablir la stabilité et la sécurité dans la région», ajoute l’agence iranienne. Les deux responsables ont par ailleurs abordé «l’insécurité imposée au détroit d’Ormuz par les actions agressives de Washington». Les dirigeants iraniens, poursuit la même source, «ont affirmé à plusieurs reprises qu’une sécurité durable en Asie occidentale ne pouvait être imposée de l’extérieur et que les pays de la région devaient eux-mêmes assumer la responsabilité d’empêcher l’aggravation des tensions».
Pour une reprise immédiate du dialogue au Yémen
Il convient de rappeler que Riyad et Téhéran «soutiennent chacun des camps opposés dans la guerre au Yémen», note l’AFP. «Téhéran soutient militairement, financièrement et politiquement les Houthis du Yémen, qui combattent les forces gouvernementales», signale l’agence de presse. De son côté, l’Arabie Saoudite est partie prenante dans le conflit au Yémen dans la mesure où elle «aide le gouvernement yéménite à repousser l’offensive des Houthis dans ce pays pauvre de la péninsule arabique», relève l’agence française. Dans un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères relayé par l’agence Irna, Téhéran estime que «les problèmes liés au Yémen ne peuvent être résolus par la poursuite du blocus et des alliances militaires», et a appelé «à une reprise immédiate du dialogue sur la base d’une feuille de route convenue». Le département de Abbas Araghchi a insisté sur le fait que l’Iran «réaffirme son soutien à l’indépendance, à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale du Yémen», soulignant que «la fin du la sécurité et la stabilité régionales en Asie occidentale et en mer Rouge ne pouvaient être assurées sans le respect des droits et de la dignité du peuple yéménite». Et de faire remarquer que «la situation actuelle au Yémen doit être replacée dans le contexte des événements survenus depuis plus d’une décennie». «Le peuple yéménite a le droit de vivre dans la dignité, sans pression, intimidation ni blocus», plaide Téhéran en se disant «prêt à offrir ses bons offices pour aider à la reprise du dialogue». Ces derniers jours, le groupe Ansar Allah a «mené de nombreuses frappes sur le sud de l’Arabie saoudite, entraînant des raids saoudiens sur leurs positions au Yémen», selon l’AFP. «Les Houthis contrôlent une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa, ainsi que la grande ville portuaire de Hodeida. Mais il ne tenaient jusque-là pas de secteurs donnant directement sur Bab el-Mandeb. Ce passage stratégique, qui relie l’Asie à l’Europe via la mer Rouge et le canal de Suez, a gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient avec le verrouillage par l’Iran du détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique», observe l’AFP.
Bab el Mandeb, un autre détroit à haut risque
Les Houthis se sont fait connaître en apportant un soutien plus que symbolique à la cause palestinienne lors du génocide contre la population de Ghaza, en harcelant par des frappes de roquettes et de drones les navires israéliens ou ceux appartenant à des pays qui soutiennent Israël, et qui traversent la mer Rouge. Dans le conflit qui oppose l’Iran aux États-Unis, les Houthis ont tardé à s’engager dans la guerre. Mais depuis le mois de juillet, ils orchestrent un blocus maritime contre les navires saoudiens. «Ils ont visé les navires pétroliers ainsi que des infrastructures du royaume, notamment une raffinerie», rappelle l’AFP.
Hier, les rebelles de Ansar Allah ont réussi à prendre le contrôle d’une île importante dans le détroit de Bab el Mandeb. «Les Houthis yéménites, proches de l›Iran, ont atteint vendredi l›île stratégique de Perim, dans le détroit de Bab el-Mandeb, ont déclaré à Reuters quatre sources gouvernementales yéménites, ce qui pourrait leur permettre de renforcer leur emprise sur l’une des voies maritimes les plus vitales au monde» a affirmé hier l’agence britannique. « Plus tôt, deux sources proches du gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite et reconnu par la communauté internationale, avaient indiqué que ses forces s’étaient retirées de Perim et que les Houthis s’étaient également emparés de la ville côtière de Dhubab, située sur le continent au bord de la mer Rouge, face à l’île», détaille Reuters. «Si les Houthis parvenaient à prendre le contrôle total du détroit de Bab el-Mandeb, situé à l’opposé de la péninsule arabique par rapport au détroit d’Ormuz, cela pourrait conférer à leur allié, l’Iran, un avantage décisif dans la guerre qui l’oppose aux États-Unis, en réduisant les approvisionnements via un deuxième corridor de transit majeur et en provoquant une flambée des prix du pétrole», décrypte Reuters, avant d’ajouter : «L’Arabie Saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, dépend de la route de la mer Rouge depuis que le conflit avec l’Iran a de fait fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième du pétrole mondial.» M.B.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler